La Grande-Bretagne et l’UE

100 000 euros pour « Brexit »

d'Lëtzebuerger Land vom 26.07.2013

C’est de l’humour « british » et /ou un gros « coup » de lobbying. L’Institut des affaires économiques (IEA), think-tank (laboratoire d’idées) britannique ultra-libéral a offert, le 16 juillet dernier, 100 000 euros à toute personne ou entité qui proposera le meilleur scénario de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Cet appel à suggestion pour le moins surprenant a été baptisé « Brexit » – mot-valise pour « british exit », qui signifie justement le retour du Royaume-Uni à son « indépendance » au regard des politiques communautaires. L’IEA a justifié l’initiative par la nécessité de s’appuyer sur un projet solide, au cas où les britanniques se prononcerait en faveur d’une sortie de l’UE lors d’un référendum promis par le Premier ministre David Cameron à l’horizon 2017. « Il est indispensable que cette décision soit précédée d’un débat argumenté », a déclaré Nigel Lawson, ancien ministre des Finances britannique et membre du jury.

« Le jury (de l’IAE, ndlr) considère qu’une sortie de l’Union européenne devrait conduire vers une Grande-Bretagne ouverte sur l’extérieur, adepte du libre échange (…) », explique Philip Booth, président du think-tank. La démarche de l’IEA vise certes à « examiner le processus de retrait », mais surtout à déterminer « comment le Royaume-Uni pourrait s’adapter au renouveau du paysage géopolitique et économique qui suivra sa sortie ».

Un bouleversement politique qui serait, selon le think-tank, comparable à la chute du mur de Berlin et à l’effondrement de l’Empire soviétique ainsi qu’à la réunification de l’Allemagne qui en ont été la conséquence. « Nous espérons que les participants comprendront que nous souhaitons un plan Brexit qui promouvra les échanges et la prospérité pour le Royaume-Uni, mais qui aura aussi des avantages pour ce qui restera de l’Union européenne », ajoute Philip Booth. Et fin du fin, offrir, pour une telle démarche, une récompense en euro – la monnaie unique que Londres se refuse à adopter – « est symbolique », continue t-il.

Les candidats sont appelés à résumer leur projet en 2 000 mots, d’ici le 16 septembre. Seuls 20 d’entre eux seront appelés à approfondir leur copie. Le jury compte d’éminents économistes, notamment, Roger Bootle, Ruth Lea et Gisela Stuart. Les résultats du concours seront dévoilés en 2014 : ils devraient coïncider avec les élections au Parlement européen.

La sortie d’une UE ébranlée par la crise, qui a de plus en plus de mal à défendre son modèle politique, est une perspective qu’envisagent sérieusement bon nombre de Britanniques. Pour preuve, la poussée plus marquée encore qu’auparavant de l’euroscepticisme. Le parti qui prône cette indépendance UKIP (United Kingdom Independance Party), mené par l’eurodéputé Nigel Farage, a d’ailleurs fait un score de 23 pour cent aux municipales partielles du 2 mai. Ce qui le propulse au troisième rang des groupes politiques du pays. Selon un sondage ICM publié le mois dernier, 35 pour cent des Britanniques sont favorables à l’organisation immédiate d’un référendum et 43 pour cent disent qu’ils voteraient, le cas échéant, pour une sortie de l’UE.

Les députés britanniques ont voté, le 5 juillet, en première lecture en faveur d’une proposition de loi introduite par les eurosceptiques avec la bénédiction de David Cameron, destinée à garantir l’organisation d’un référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE. Pour endiguer cette monté de l’anti-européanisme, le Premier ministre avait en effet, annoncé en janvier qu’il voulait renégocier les termes de l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE et organiser ensuite, s’il était réélu en 2015, un référendum sur le sujet d’ici à 2017 dont la question posée sera : « Pensez-vous que le Royaume-Uni doit être membre de l’Union européenne ? » Les 304 députés présents, sur les 650 que compte la Chambre des Communes, presque tous conservateurs, ont approuvé à l’unanimité ce texte. Néanmoins, l’issue de ce référendum demeure incertaine, car les travaillistes et les libéraux-démocrates y sont opposés.

Le président du Conseil italien, Enrico Letta a estimé mardi à la veille de rencontrer son homologue britannique qu’il existait un « énorme risque » de voir la Grande-Bretagne sortir de l’Union européenne dans les prochaines années et a appelé les autres pays de l’UE à se mobiliser pour limiter ce risque. « Nous sommes convaincus qu’au sein des pays de l’Union européenne, nous sous-estimons le risque de voir le Royaume-Uni sortir de l’Europe. De mon point de vue, ce risque est énorme », a t-il déclaré. « Nous devons être très prudents et nous devons préparer le dialogue pour tenter de prévenir ce risque. Nous allons travailler ensemble pour offrir de bonnes raisons afin que le Royaume-Uni envisage son avenir dans une Union européenne réformée », a-t-il ajouté. Le chef du gouvernement italien a souligné la nécessité d’un allègement de la réglementation, d’une plus grande intégration du marché unique et de nouveaux accords internationaux comme autant d’arguments pour convaincre les Britanniques.

Sophie Mosca
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