La nouvelle coalition DP-CSV dans la capitale devrait présenter ce vendredi les sept membres du conseil échevinal – quatre DP et trois CSV – et un programme qui se situe dans la continuité du travail réalisé avec les Verts depuis 2005

Questions de confiance

Lydie Polfer
Photo: Sven Becker
d'Lëtzebuerger Land du 10.11.2017

Sëch verdroën – bien s’entendre, est une des premières conditions pour faire de la politique ensemble, Lydie Polfer en est convaincue. « Parce qu’on trouve assez facilement un consensus sur un programme de coalition, mais je sais d’expérience que beaucoup de choses imprévisibles peuvent arriver en cours de route, des choses qu’on n’a peut-être pas vu venir. On doit alors maîtriser ces situations ensemble, en tant qu’équipe, et c’est pour cela qu’il faut créer une confiance de base dès les négociations de coalition », explique la bourgmestre libérale de la capitale. Elle sait de quoi elle parle, elle est dans le métier depuis 35 ans et a survécu à beaucoup de ces situations difficiles. Notamment en 1999, lorsque, sur le plan national, après une campagne électorale assez agressive contre le CSV et sa politique d’éducation, il a fallu tenter de faire oublier ces reproches et ces attaques parfois très personnelles et essayer de s’entendre pour une coalition CSV/DP, avec Lydie Polfer en tant que vice-Première ministre, aux côtés de Jean-Claude Juncker. Il a fallu des mois, voire des années pour que les blessures guérissent.

Cette mauvaise expérience est une des raisons qui expliquent sa communication positive dans le cadre des négociations de coalition actuelles avec le CSV dans la capitale : tout va bien, on avance sans problèmes, il n’y a ni couacs ni incompatibilités entre nous ou nos programmes… Même son de cloche du côté de Serge Wilmes, jeune chef de file des chrétiens-sociaux : nous nous étions donné un mois, parce qu’il fallait que nous nous informions largement sur la situation de la Ville et de son administration, mais on pourra probablement présenter l’accord de coalition ce vendredi 10 novembre. Avec alors aussi une annonce du nombre de mandataires au conseil échevinal par parti – quatre pour le DP, neuf élus au conseil communal et trente pour cent des suffrages, et trois pour le CSV, sept élus au conseil communal et 25 pour cent des suffrages le 8 octobre. Ce serait un échevin de plus que jusqu’à présent, ce que la loi permet au vu du nombre d’habitants de la capitale, mais le ministre de l’Intérieur devra donner son accord. Ce serait alors aussi un échevin de plus pour le CSV que n’en avaient les Verts depuis 2005. Le rapport de force était différent aussi.

Novices Les Verts, justement, n’en reviennent toujours pas d’avoir été si « inélégamment » (leur terme) évincés, alors même qu’ils avaient non seulement réussi à garder leur score de 2011, mais l’avaient même encore amélioré de 0,8 points de pour cent et que le DP a perdu presque quatre pour cent et un siège. « Nous avons toujours été un partenaire de coalition loyal et honnête », insista l’élue écolo Claudie Reyland lors d’une conférence de presse lundi. « Bien sûr qu’ils ont toujours été corrects, confirme Lydie Polfer vis-à-vis du Land, mais nous l’avons aussi été ! Nous avons toujours pris toutes les décisions ensemble, bien que les libéraux aient eu le double de leurs sièges au conseil communal… » La même Lydie Polfer réfute d’ailleurs catégoriquement le « mythe » selon lequel elle n’aurait pas parlé aux Verts après les élections, affirmant qu’elle a parlé à Sam Tanson, à François Benoy et à François Bausch dès le dimanche soir, puis expliqué dès le lundi matin à sa première échevine Sam Tanson qu’il fallait qu’elle discute prioritairement avec le CSV, parce qu’il avait gagné deux sièges, ce qui faisait du parti le gagnant de ces élections dans la capitale.

François Bausch, le ministre du Développement durable et des Infrastructures et prédécesseur de Sam Tanson au conseil échevinal, aurait, entend-on, fait un scandale lors du premier conseil de gouvernement après les communales, reprochant au DP un manque de loyauté au sein de la coalition. Quel fut le rôle des centrales des partis le 8 octobre ? « Bien sûr qu’il y a eu des appels à gauche et à droite », confirma le président national du CSV Marc Spautz, mais que ce n’était jamais pour donner des instructions aux sections locales, « qui sont autonomes », juste pour porter conseil quant à l’attitude à prendre. Au DP, on dément également être intervenu dans un sens ou dans l’autre. Serge Wilmes insiste vis-à-vis du Land que pour lui, ce n’était que naturel de respecter le résultat des urnes, soit de discuter avec le parti le plus fort en premier, au lieu d’essayer une coalition brinquebalante à trois, avec les Verts et le LSAP.

Sujets incontournables Pour les Verts, l’expérience est peut-être aussi douloureuse parce que c’est la première fois qu’ils doivent quitter le pouvoir après y avoir pris goût. Lundi, les cinq élus écologistes se montraient toutefois à nouveau plus optimistes, prêts à surveiller les grands chantiers qui leur sont chers – la mobilité (avec une priorité accordée au tram et à la mobilité douce), le logement, l’éducation et la garde des enfants, ou des sujets proprement verts comme l’instauration de jardins communautaires. « Il y a des choix à faire dans tous ces domaines », insista Sam Tanson devant la presse, qu’on ne peut pas à la fois développer la voiture individuelle et les transports en commun par exemple. Pour Lydie Polfer, la mobilité, le logement, l’enfance et le vivre-ensemble restent effectivement les sujets prioritaires pour la nouvelle majorité aussi, mais elle ne voit pas de grandes différences entre les programmes des deux partis, beaucoup des grands projets d’infrastructures ou d’urbanisme ayant de toute façon toujours été adoptés à la très grande majorité au conseil communal.

Les questions qui fâchent sont donc uniquement personnelles : qui aura un poste d’échevin et quel portefeuille ? Sur cela, motus et bouche cousue. Sauf les évidences au DP : normalement, Lydie Polfer sera épaulée par les trois prochains élus libéraux, Simone Beissel, Patrick Goldschmidt et Colette Mart – donc exactement la même composition qu’actuellement. Au CSV, les choses sont moins claires : les premiers élus y sont Serge Wilmes, Isabel Wiseler-Santos Lima (l’épouse de Claude Wiseler) et Maurice Bauer. Or, ce dernier s’était porté candidat pour le poste de président de la section de la capitale du CSV il y a plus d’un an, contre Wilmes, ce que ce dernier a très mal pris. Depuis lors, la section du CSV Stad ferait tout pour l’évincer, lui reprochant d’avoir fait cavalier seul lors de la campagne par exemple. Mais aussi, ce n’est pas le moindre aspect, pour hisser Laurent Mosar, quatrième élu, à un poste d’échevin (ce que ce dernier fut déjà entre 2000 et 2005, alors aux côtés de Paul Helminger). On devrait en savoir plus lors d’une conférence de presse qui doit se tenir aujourd’hui pour la présentation de l’accord de coalition. La déclaration échevinale ne se ferait que plus tard, en janvier peut-être, après l’assermentation des nouveaux élus d’ici la fin du mois, à une date convenant au ministre de l’Intérieur Dan Kersch (LSAP) et une première réunion du conseil communal probablement le 4 décembre.

josée hansen
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