Bauhärepräis 2012

L’exception toutes catégories

d'Lëtzebuerger Land du 22.06.2012

Ce sera le grand événement des professionnels de l’architecture et de l’ingénierie. Comme le prix n’est attribué que tous les quatre ans, on va se presser (la manifestation a lieu sous le haut patronage du grand-duc), pour entendre les allocuations du président de l’OAI, Bob Strotz et de la ministre des Classes moyennes et du Tourisme, Françoise Hetto-Gaasch (CSV), le tout animé par le journaliste Maurice Molitor et accompagné de reportages filmés sur les lauréats et de la publication d’un catalogue ainsi que de la remise des fameux trophées en forme – d’immeuble… transparent. Est-ce un acte inconscient ? L’architecture, même de verre, n’est jamais transparente.

Quoi qu’il en soit et comme il se doit lors de la remise de distinctions, il y aura mardi prochain au soir des heureux, des perdants et des plus ou moins jaloux. Car globalement, les prestations architecturales – sans oublier les aménagements intérieurs – et du domaine de l’ingénierie sont d’un très bon niveau chez nous. On rappellera ici que le guide 2012 de l’OAI (en vente 25 euros) répertorie 139 architectes, 43 bureaux d’ingénieurs conseils et, nouveauté, cinq architectes d’intérieur. Si donc il y a autant de professionnels du bâtiment dans notre pays, c’est qu’on fait beaucoup appel à eux. Cela tient aussi, bien sûr, à la qualité de la maîtrise d’ouvrage – souvent publique, rappelons-le – et, jusqu’au jour d’aujourd’hui, aux budget confortables, sinon considérables investis. Au grand-duché, on tient en effet beaucoup à ce qu’écoles, centres culturels ou sportifs et autres maisons des associations non seulement fonctionnent parfaitement, mais se présentent sous leurs meilleurs atours. Sans parler du domaine de l’habitat individuel qui plus que jamais – quand on en a les moyens – est un must luxembourgeois.

Aussi, la salle du Ratskeller est-elle bien exigüe pour recevoir les 224 panneaux qui présentent les projets prêts à concourir dans neuf catégories au total. Mais le public dores et déjà se presse. D’aucuns commentent la chose en professionnels (beaucoup de jeunes architectes dont bon nombre « ont gratté » sur les projets), des maîtres de l’ouvrage individuels (on n’a pas entendu de commentaires sur les relations de chantier pourtant souvent une phase difficile de la transposition du rêve à la réalité, sinon qu’on a noté qu’un des projets exposés porte en guise de satisfécit du propriétaire « J’habite une œuvre d’art » – pas moins !). D’autres encore, qui participent à l’aventure du côté de la maîtrise d’œuvre publique, sont venus vérifier si « leur » panneau présente bien. Bref, chacun y reconnaît le ou les siens, et ses efforts souvent de longue haleine, anxieux d’être au top dans le panorama de la construction au Luxembourg.

Qualitativement, il n’y a donc rien à redire. Ce qui bluffe d’ailleurs des architectes étrangers et non des moindres comme Christian de Portzamparc ou Dominique Perrault, qui savent de quoi ils parlent pour avoir eu la chance (et les moyens) de construire au grand-duché. La diversité, c’est bien sûr le large spectre des écritures propres aux auteurs des projets. On ne remettra pas cela en question, puisque cette qualité participe grandement au cadre de vie au quotidien. Mais au plan de l’individualisme, nous restons malheureusement encore des champions de l’ostentation au détriment, peut-être d’une sobriété mieux partagée. Si donc le développement durable, mot aujourd’hui sur toutes les lèvres et assurément justifié présidera de plus en plus au paysage construit du grand-duché, on verra dans quatre ans si le mieux vivre ensemble est devenu lui aussi un des dénominateurs commun du Bauhärepräis 2016…

L’auteure, chroniqueuse culturelle au Land, est par ailleurs architecte au Fonds d’urbanisation et d’aménagement du Plateau de Kirchberg.
Marianne Brausch
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