Nouveaux lycées

La lenteur

d'Lëtzebuerger Land vom 28.06.2001

Aline Mayrisch n'est pas oublié(e). Lorsque les députés préparaient le débat en plénière sur la création du Lycée technique Josy Barthel à Mamer, le cinquième lycée sur le territoire de la ville hantait forcément les esprits. En effet, le lycée désormais chéri du Campus Geesseknäppchen restait vide durant toute une année scolaire, et ce bien que le chantier ait été terminé dans les délais et malgré la très grande pénurie actuelle en espace scolaire. La raison : il fut tout bêtement omis - période électorale et post-électorale de 1999 oblige - de déposer assez vite le projet de loi réglant son fonctionnement. 

Résultat : un désastre politique, le public ayant du mal à comprendre pourquoi 3 231 élèves devaient être enseignés dans des bâtiments préfabriqués, les célèbres « containers », alors qu'un bâtiment flambant neuf devait attendre ses élèves une année de plus. La mise à disposition de certaines salles de classe à des élèves d'autres établissements en mal d'espace n'arrangea pas seulement leurs directeurs mais aussi le monde politique. 

Si la mise en place du Lycée technique Josy Barthel de Mamer est nettement plus rapide (son ouverture est prévue pour la rentrée 2002/2003), il n'en reste pas moins que des réorientations feront dépasser le cadre - budgétaire surtout - initialement prévu. Car en 1998, Erna Hennicot-Schoepges (PCS) voulait encore y installer un lycée dédié aux nouvelles technologies, alors qu'Anne Brasseur a adapté le projet pour le cycle supérieur afin qu'il se spécialise dans les métiers du bâtiment et du génie civil. Une adaptation du plan de construction, devant alors prévoir e.a. des salles d'ateliers adéquates coûtera quelque 61 millions de francs ; d'autres modifications du projet voté par la loi du 3 août 1998 - installation d'une piste cyclable, de chemins pour piétons, d'un arrêt ferroviaire etc. - augmentent l'enveloppe budgétaire nécessaire de 230 millions de francs. Le gouvernement a déposé un amendement autorisant cette rallonge budgétaire au projet de loi 4759. 

La commission compétente de la Chambre des députés rappelle donc dans son avis - un avis qui, par ailleurs, consiste en un copier/coller du texte gouvernemental - que la ministre a annoncé que pour les constructions futures les deux projets de loi, celui définissant le bâtiment et celui réglant le futur fonctionnement d'un nouveau lycée, soient déposés et traités en même temps. 

Un traitement synchrone que le député vert Robert Garcia demande expressément dans une motion discutée hier et invitant le gouvernement « à veiller dans l'élaboration - parallèle à celle d'un projet de construction - d'un projet de loi sur le fonctionnement du futur lycée de Rédange à ce qu'un projet pédagogique original, tenant notamment compte des demandes spécifiques des communes et des forces vives de la région, soit conféré à ce nouvel établissement scolaire ». Car Rédange sera le prochain projet de lycée prévu, le gouvernement l'a déclaré prioritaire dans sa réunion en conseil du 5 avril dernier, durant lequel la marche à suivre pour le « plan sectoriel lycées » fut réorientée et adaptée. 

En effet, alors que la précédente ébauche présentée par Erna Hennicot en mars 1999 prévoyait encore un accroissement de la population lycéenne de 7 841 (sic !) nouveaux élèves d'ici 2010, les dernières estimations du ministère, au vu de la croissance démographique prévisible, se basent sur une augmentation de l'ordre de 11 000 élèves en dix ans. On ne parle donc plus de la construction de trois, mais carrément de six nouveaux lycées, le Premier ministre Jean-Claude Juncker l'a confirmé dans sa récente déclaration sur l'état de la Nation. 

Dans les orientations budgétaires déposées début juin, le ministère de l'Éducation nationale annonce les projets de Rédange, d'Esch-Belval et de Junglinster comme prioritaires dans une première phase. Jean Huberty, chef du service des constructions au ministère explique ces choix par le simple constat de « trous scolaires » dans ces régions, alors que la population y est en forte hausse, ce qui est particulièrement flagrant par exemple dans le rayon de Junglinster. Désormais, et ce depuis le lycée Aline Mayrisch, chaque nouveau bâtiment offrira un cycle inférieur complet, à savoir aussi bien l'enseignement dit classique que technique, y compris le préparatoire, alors que le cycle supérieur sera adapté aux besoins spécifiques de chaque région. « Nous avons beaucoup plus de besoins dans l'enseignement technique, » constate Jean Huberty. Le lycée de Rédange sera donc un lycée technique dans son cycle supérieur, comme celui de Mamer. 

Pour le nouveau plan sectoriel lycées, le pays a été découpé en quatre grands pôles - Nord, Centre, Est et Sud - qui, chacun, offrira l'ensemble des formations « qui ne sont pas soumises à des contraintes de rareté » (comme des spécialisations très pointues). L'idée de ce principe de « lycées de proximité » étant de désengorger non seulement les centres scolaires actuels - Limpertsberg, Geesseknäppchen, Esch, Echternach... - mais aussi de faciliter le transport scolaire. « Les élèves ne devraient pas devoir être à plus d'une demie heure de transport de leur domicile, » précise encore Jean Huberty. Si l'idée d'une « carte scolaire », obligeant les parents à inscrire leurs enfants dans le lycée le plus proche a été définitivement abandonnée pour être trop contraignante, le principe « d'inscription prioritaire » sera désormais appliqué : lors des inscriptions en cycle inférieur, les élèves domiciliés à proximité du lycée auront la priorité, les directeurs pouvant refuser à leur profit des inscriptions d'élèves venant de plus loin. 

Aujourd'hui, la conception d'un nouveau lycée dure en moyenne huit ans, de son idée, en passant par l'élaboration des plans, la recherche du site, les autorisations, les appels publics et ainsi de suite. La commission de l'Éducation de la Chambre des députés demande au gouvernement de revoir les procédures afin de pouvoir les accélérer. Or, ce sont souvent les hommes et femmes politiques eux-mêmes qui bloquent les choses. Les députés se transforment en matadors de la cause locale dès qu'il s'agit d'implanter des infrastructures dans une région. 

Des exemples ? Lydia Mutsch (POSL) veut savoir dans une question parlementaire ce qu'il en est des projets de nouveaux lycées à Esch - un nouveau lycée prévu à Esch-Belval, un nouveau bâtiment pour le lycée Hubert Clement annoncé pour le site de la lentille Terres-Rouges -, alors que son collègue de parti Georges Wohlfart revendique la construction d'un lycée à Clervaux - Anne Brasseur estimant, dans sa réponse du 13 novembre, que les 760 élèves actuellement demandeurs ne suffisent pas pour faire fonctionner un nouveau lycée. Nico Loes et Marco Schank, quant à eux, s'investissent dans la quête d'une solution pour le Lycée technique agricole à Ettelbruck - un lycée pour lequel un nouveau site devait être trouvé avant la fin de la dernière législature (voir d'Land 13/99), sans succès. 

Car la recherche d'un site pour un nouveau bâtiment semble moins fastidieuse que pour une délocalisation ou une reconstruction. Ainsi, le ministère de l'Éducation nationale est en train d'essayer de définir les besoins pour le nouveau Lycée technique Mathias Adam de Pétange, dont la construction est prévue Porte de Lamadelaine, à l'entrée du Pôle européen de développement, alors que la commission des Pétitions de la Chambre des députés analyse parallèlement la pétition des opposants à ce site, qui ont peur d'éventuelles pollutions et nuisances à l'entrée de ce qu'ils considèrent comme une zone industrielle. À Ettelbruck, la situation est similaire : le Lycée technique ainsi que le Lycée technique agricole et le Lycée technique des professions de santé sont tous à l'étroit boulevard Salentiny. Pour désengorger, on voulait tantôt délocaliser l'un, tantôt l'autre. Mais à Ettelbruck, la recherche d'un site s'avère particulièrement délicate, car beaucoup de terrains disponibles sont situés en zone à risques d'inondations. Il semble néanmoins désormais acquis que le Lycée technique agricole reste avec sa formation théorique dans son bâtiment actuel, alors que ses ateliers comme par exemple l'horticulture recherchent des terrains supplémentairspour leur pratique. Les deux autres lycées se verront construire de nouveaux bâtiments dès qu'un terrain adéquat sera trouvé. 

Mais on sait désormais que ce petit « dès que » peut durer des années. Comme par exemple aussi pour le Lycée technique de Bonnevoie, dont l'agrandissement est acquis, mais pour lequel il faut encore trouver un arrangement avec les propriétaire des terrains nécessaires. Les élèves resteront donc quelque temps encore dans les containers. Au vu de la vétusté de certains autres bâtiments - notamment celui du Mathias Adam à Pétange - ils ont presque l'air luxueux.

josée hansen
© 2019 d’Lëtzebuerger Land