Soirées Open Screen

Movies, moments and more

d'Lëtzebuerger Land du 29.07.2004

C'était une de ces soirées dans une arrière-salle enfumée (celle d'Elevator, route de Hollerich), où on pouvait s'asseoir dans un canapé usé ou par terre et regarder des images, des courts-métrages durant quatre heures, entrée gratuite, et se dire «ah, c'est quand même bien que ça bouge enfin, dans ce pays !» Mardi dernier avait lieu la deuxième édition d'Open Screen, projet lancé par la vidéaste, monteuse et scénographe Tanja Frank avec le caméraman et producteur Carlo Thiel, inspiré du cinéma Nova bruxellois. Le succès de la première soirée, fin juin, les avait impressionnés. Mardi, malgré les vacances scolaires, la salle était comble, un deuxième écran dans la première salle permettait de décongestionner un peu. L'idée de la soirée est simple : «On produit plein de films dans ce pays, et des vidéos plus ou moins bricolées, plus ou moins achevées, mais les lieux de diffusion du cinéma 'alternatif' manquent? Inventons-les!» pourrait être leur devise. Tanja Frank et Carlo Thiel acceptent tous les formats, l'unique critère de sélection est lié au minutage, seuls seront montrés les courts-métrages faisant entre cinq secondes et vingt minutes. Ils font le transcodage sur un format compatible et présentent les films dans plusieurs blocs volontairement éclectiques. Il s'agit d'une entreprise cent pour cent anti-commerciale, gratuite pour les cinéastes, gratuite pour le public. Qui, au passage, se réjouira aussi de voir des films low-fi, un peu moins formatés, un peu moins mainstream que dans les multiplexes. Alors mardi, on aura vu des films bidouillés comme la série Red Bananas des «Echternach boys», visiblement une bande de copains, élèves en section artistique au lycée d'Echternach, saynètes pleines de moments absurdes, délirantes et joyeusement chaotiques. Formellement plus aboutis, les films de Jeff Desom, membre de la très prolifique asbl Filmreakter sont plus narratifs aussi, baignés dans une atmosphère fantastique et étrange qui doit beaucoup à l'emploi de la musique. La bande sonore déconstructiviste d'Alekc est aussi le point fort de Ladyboy de Tanja Frank elle-même (sous le pseudonyme Imogen) - film dans lequel le roi de l'électro subversive incarne par ailleurs aussi le rôle-titre. Laura Schroeder montra The long way, ballade poétique désincarnée dans Paris sur une chanson de Kevin Bechdom, qu'elle avait produit pour le Ladyfest d'Ekzema à la Kulturfabrik. Andrei von Kamarowsky a visiblement eu de grands moyens pour réaliser son film mélancolique un peu pathétique sur la fin d'une relation amoureuse - «la tristesse anéantit la beauté des petites choses...» -, car il a même pu tourner dans la coulisse vénitienne de Delux à Esch. Tom Alesch, cinéaste déjà confirmé, présenta des oeuvres plus anciennes: Tape it!, petit sketch sur l'entreprise aussi périlleuse qu'absurde qu'est l'appropriation d'un petit espace pour garer sa mini, ainsi qu'un très court portrait plutôt touchant d'Albert Dumont, photographe et apiculteur presque centenaire. Le point commun de tous les films montrés mardi soir était leur côté très narratif, leur linéarité aussi. Peu d'expérimentations formelles, peu de vrais bricolages, peu de véritables démontages de la structure d'un film. Alors les deux animations humouristiques de la soirée - Il était une fois dans le désert et Oeuf ou pomme - d'Olivier Pesch (le premier avec Jarvis Foivier) - faisaient forcément figure de boutades, d'interludes bienvenus. Les «anciens» du Ciné-Club 80, actuels maîtres des cinémas Utopia, Joy Hoffmann et Nico Simon notamment, se plaignaient toujours que la «relève» de cinéphiles manqua. La petite scène qui se crée autour de ces soirées Open Screen est faite d'une autre génération de cinéphiles, ceux qui estiment - avec Nike -, qu'il suffit d'un Just do it! pour faire avancer le schmilblick. Grâce à la démocratisation des moyens techniques, la production de films est devenue beaucoup plus facile, les films montrés revendiquent leur droit à l'erreur - «this would be the right time to apologise for the bad technical quality of our film, but in fact, we don't care!» avouent les «Echternach boys». Mais la frustration de ne pas pouvoir les montrer doit n'avoir d'identique que celle du public de ne pas les voir. L'ambition des soirées Open Screen n'est autre que de combler ces deux manques, sans prise de tête. Et c'est tant mieux.

La prochaine soirée Open Screen - bring your own movie aura lieu le 31 août, toujours au même endroit, à l'Elevator, route de Hollerich. On peut y déposer ses films d'une longueur entre cinq secondes et vingt minutes jusqu'au 29 août. Pour plus d'informations, appeler Tanja Frank: 091 798 341.

 

josée hansen
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