Cinéma

Pareil, encore pareil

d'Lëtzebuerger Land du 14.09.2018

C’est une famille ordinaire, où l’on se retrouve aux enterrements, moment idéal pour balancer son fiel l’air de rien. Se rassemblent ici deux sœurs, Gabrielle (Vanessa Paradis) et Elsa (Camille Cottin), leur frère Mao (Pierre Deladonchamps) et leurs parents séparés de longue date, Claudine (Chantal Lauby) et Pierre (Jean-Pierre Bacri). C’est le père de ce dernier qui vient de mourir et la famille éclatée suit le cortège en soutenant mamie (Claudette Walker) qui commence à siphonner. Il est donc bientôt question de lui porter assistance et Elsa propose de prendre la vieille dame à tour de rôle.

Véto masculin, père et fils sont au moins d’accord sur une chose et passent leur tour. Mao, resté au stade de l’adolescence, n’est pas spécialement proche de ses sœurs, ayant été élevé loin d’elles après le divorce des parents, pas bien méchants mais peu portés sur l’esprit de famille. Si Gabrielle s’en est accommodé, en apparence, Elsa verbalise clairement son souhait de voir la fratrie réunie à Saint Julien, le village de la grand-mère, où elle répète à l’envie qu’elle y poussera son dernier soupir et où ils se réunissaient enfants. La famille va donc tenter de se réunir autour de valeurs alors encore inconnues, solidarité, partage et empathie.

Sur le papier, Photo de famille, le second long-métrage de Cécilia Rouaud (Je me suis fait tout petit, 2012) a tout pour plaire aux cinéphiles amateurs de films français où l’on cause famille devant un bon ragoût. La bande-annonce, elle, promet une avalanche d’émotions, une balade sentimentale entre rires et larmes avec, ne boudons pas notre plaisir, Cat Stevens en fond sonore pour rehausser le jeu d’un casting hautement désirable. Pourtant, l’auteure-­réalisatrice signe un film ultra-convenu, bien trop calibré pour toucher. On comprend la démarche, mêlant à la fois sociologie, universalisme et réflexe affectif, mais l’écriture est trop clairement visible, programmée pour fonctionner schématiquement, sans surprises et sans liberté dramaturgique, un comble.

Visiblement très préoccupée de tenir le psychodrame à distance, Cécilia Rouaud inverse sans cesse la vapeur, ne s’attarde jamais sur un état, quel qu’il soit et quelque soit le personnage. La psychanalyse de Mao, par exemple, est sans cesse ridiculisée et le personnage stéréotypé. Il en sera de même pour la crainte de l’attachement dont souffre Gabrielle ou pour l’obsession d’Elsa pour la maternité. Figures plutôt que personnages, les membres de la famille remplissent leurs rôles attribués en prétendant évoluer pour le bien de l’aïeule : suivent alors des scènes carrément gênantes, comme le faux suicide de Mao ou la visite au musée d’art contemporain. Le détail apporté aux costumes et aux décors traduit la même sensation de fonction, de superficialité. Niveau émotions, l’agacement ne passe que par le trépignement ou le cabotinage et toute tentative de sincérité est violemment réprimée par une bonne blague annoncée en fanfare. Car donc on doit rire aussi, rien n’est grave, martèle Cécilia Rouaud, écoutons les bons mots tomber dans des bouches sarcastiques, admirons cette complicité retrouvée dans une pirouette narrative et stylistique pleines de bonnes intentions.

Evidemment, tout film de famille n’a pas à ressembler à Festen (Thomas Vinterberg, 1998), mais ce traitement doux-amer aurait mérité un peu plus de consistance et de profondeur. Cette photo de famille se contente de peu et risque de jaunir bien vite.

Marylène Andrin-Grotz
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