Recrutement dans l'enseignement postprimaire

Diversification en vue

d'Lëtzebuerger Land du 22.08.2002

Po-si-ti-ver. Pour la conférence de presse de présentation du plan de recrutement du ministère de l'Éducation nationale, de la Formation professionnelle et des Sports (Menfps) mercredi dernier, la ministre Anne Brasseur (PDL) voulait faire passer un message positif. «Désormais, nous ne gérons plus la pénurie mais les ressources humaines,» était en gros le message transmis aux médias en publiant quelques-uns de chiffres extraits du Rapport général de Planification des besoins en personnel enseignant de l'enseignement postprimaire pour les cinq années à venir, qui lui fut remis en juillet par la Commission permanente d'experts chargée d'évaluer les besoins actuels et d'anticiper leur évolution. Sur base de ce rapport, le gouvernement réuni en conseil confirma le 30 juillet dernier le plan de recrutement arrêté en juillet 2001 déjà. Ainsi, pour l'année scolaire 2002/2003, 170 postes furent déclarés vacants, puis chaque année cinq de plus jusqu'à arriver à 190 créations de postes d'enseignant en 2006/2007.

Ce chiffre devrait prendre en compte aussi bien les départs à la retraite que les besoins supplémentaires engendrés par la croissance exponentielle de la démographie scolaire, qui demanderait à elle seule une création de 65 postes par an. Or, si la ministre affiche sa satisfaction quant à cette augmentation sensible des possibilités d'embauche dans l'enseignement secondaire, le rapport de planification est nettement plus nuancé. Car le Menfps avait des retards énormes à résorber, aucune planification fiable n'ayant existé jusqu'au milieu des années 1990. 

Or, même si les services du ministère ont pu enregistrer une baisse notable des heures supplémentaires prestées en 2001/2002 par des enseignants titulaires par rapport à 2000/2001 (moins 962 leçons, soit une baisse de plus de 17 pour cent), il reste actuellement un besoin en personnel titularisé - c'est-à-dire ayant passé le stage pédagogique de trois, voire maintenant quatre ans - de 341 postes. Besoin qui s'explique en grande partie par un système généreux de décharges dans l'enseignement. Ces leçons sont actuellement assurées par des chargés de cours, des chargés d'enseignement et autres vacataires engagés à durée déterminée. Ainsi, la baisse des heures supplémentaires dont se réjouit la ministre est due en grande partie à l'engagement de 47 chargés d'éducation employés à durée déterminée. Durant l'année scolaire 2001/2002, moins de 70 pour cent des leçons purent être assurées par les enseignants titularisés. 

Ironie de l'histoire: la réforme du stage pédagogique, formation initiale pour l'enseignement secondaire, qui, à moyen et à long terme, doit garantir une meilleure formation des enseignants - et donc profiter aux élèves - pénalise fortement l'organisation des lycées à court terme. Ainsi, depuis l'année scolaire 1997/98, dernière du stage ancienne formule, le volume de décharges en relation avec le stage pédagogique a triplé pour atteindre plus de 3200 leçons, soit l'équivalent de 189 postes (p.7). Ces décharges concernent d'une part les patrons de stage et tuteurs qui accompagnent les stagiaires sur le terrain et de l'autre les stagiaires eux-mêmes, qui ne sont plus guère disponibles pour l'enseignement, à l'exception de quelques heures par semaine (six leçons en première, douze en deuxième année). En plus, la formation fut prolongée d'un an.Ce qui veut dire que les chargés d'éducation restent indispensables pour le fonctionnement de l'école publique. Or, depuis la victoire des chargés de cours devant le Tribunal administratif en 1997, garantissant un emploi à durée indéterminée à 228 chargés, les 330 chargés d'éducation engagés après cette date ne le sont plus qu'à durée déterminée - avec l'aval du ministre du Travail et de l'emploi, qui a fait ajouter une exception supplémentaire à la loi de 1989, permettant ainsi des renouvellements successifs des CDDs - donc précarisés.

Pourtant, et là réside le non-dit de la conférence de presse, même si le ministère réussissait à trouver les 170 à 190 stagiaires à embaucher par an d'ici 2006/2007, cela ne changerait guère la pénurie en personnel formé dans les lycées. Ainsi, le rapport de planification démontre que, en tablant sur une croissance de 700 à 1100 élèves par an et quelques années d'importants départs à la retraite (entre 63 et 115 personnes par an jusqu'en 2007) et malgré les recrutements relativement importants, les besoins restent plus ou moins stables, oscillant aux alentours de 340 postes à assurer par d'autres personnels. L'enseignement préparatoire, qui nécessiterait les meilleurs enseignants pour garantir un maximum de chances aux élèves les plus faibles, affiche les besoins les plus flagrants avec 61 postes vacants. 

«En d'autres termes, le plan de recrutement prévu (...) ne permet pas de résorber ni les leçons supplémentaires actuelles, ni les leçons assurées actuellement par les chargés d'éducation et les vacataires,» note la commission permanente d'experts dans son rapport (p.38) avant de recommander à la fois un recrutement plus important que celui arrêté par le conseil des ministres et «d'éviter toute réforme engendrant des décharges supplémentaires, entraînant une prolongation des études ou réduisant la tâche d'enseignement du personnel actuellement en place».

Outre un plan de recrutement ressenti notamment par les syndicats comme étant encore trop restrictif, le problème majeur du ministère est le taux d'échec important des candidats aux épreuves d'admission au stage pédagogique: 34 postes non occupés sur 125 possibles en 1999, 28 sur 140 en 2000 et 34 sur 141 en 2001… L'année écoulée furent pour la première fois organisées deux sessions d'examen, une en automne et une au printemps, ce qui a permis de recruter plus de candidats et de réduire le nombre de postes non-occupés à quinze sur un total de 145 possibles. 

Face à cette constante, le syndicat OGB-L/SEW réclame depuis des années la suspension de l'examen-concours, prioritairement dans les branches à pénurie (français, mathématiques, allemand et sciences économiques...), ce qui garantirait au moins une formation adéquate aux futurs enseignants, alors qu'actuellement, l'échec à cet examen réduit les candidats malchanceux au statut de chargé d'éducation sans aucun bagage pédagogique. Cette solution pourtant ne récolte guère l'adhésion des autres syndicats, la Féduse/CGFP par exemple ne cesse de s'y opposer.

Dans la lignée de l'actuelle réflexion sur la réforme de ce concours d'admission, la commission permanente d'experts esquisse une solution possible, à savoir de «prévoir un éventail plus large pour le recrutement des stagiaires. La création de nouvelles fonctions (professeur de langues ou professeur de sciences sociales de l'EST) (....) s'avère nécessaire». Or, le profil-type d'un enseignant nouvelle formule reste extrêmement flou - des journalistes, des économistes, des juristes... qui pourrait être éligible? - mais les syndicats craignent une nouvelle dévalorisation de leur statut. Une diversification supplémentaire des métiers de l'enseignement s'esquisse déjà.

 

 

 

 

josée hansen
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