Tour de France

Contre la montre. Tout simplement !

d'Lëtzebuerger Land vom 15.07.2010

Le Centre est très Hospitalier ces jours-ci pour nos cyclistes. En effet, « de Kirchen ass am Duerf bliwen », le jour où le Tour de France s’élança de Rotterdam et la pressequ’unanime du Luxembourg gardait un silence de plomb sur les circonstances présumées ou réelles du coma de Kim. Ce silence radio contrasta avec le tintamarre télévisuel qui accompagna le tigre qu’aurait mis Cancellara dans son moteur ou plutôt le moteur que le Suisse aurait mis dans son vélo. Pour détecter précocément le cancer du dopage mécanique, les médecins du Tour font désormais passer un scanner aux vélos à la recherche de cellules électriques, pardon ectopiques, qui auraient métastasé dans les engins. Cela évitera peut-être à certains de connaître le sort d’Armstrong et de Fignon. Saluons d’ailleurs au passage l’artiste pour ses paroles encore plus courageuses qu’enrouées.

Le prologue aura été particulièrement cruel pour nos frères siamois et si Sacha Guitry avait coutume de dire qu’il est contre les femmes, tout contre, les Schleck lui ont répondu ce jour-là qu’ils étaient contre la montre, tout simplement. Qui s’y frotte, s’y pique, ont-ils dû se dire, bien qu’ils ne dédaignent pas, c’est le moins qu’on puisse dire, de monter la petite reine en empruntant son mont de Venus qui est parfois touffu et boisé comme le Ballon d’Alsace, parfois chauve et rasé comme le Mont Ventoux, qui sent tantôt le déodorant bon marché et un peu vulgaire des supporters brandissant fièrement le Roude Léiw, tantôt la truffe et le sous-bois des comtesses de Pauillac qui accueilleront nos héros pour la pénultième journée du Tour.

Mais si le Trëllert de Fränk est tombé de haut à Rotterdam, il est tombé bien bas quelques jours plus tard sur le pavés, tant et si bien que l’enfer du Nord est devenu pour lui l’envers du décor dans lequel il s’est envoyé pour aller rejoindre son compatriote Kim sur les hauteurs de Strassen. Les larmes de son frère Andy, ce jour-là, étaient celles du crocodile d’Œdipe quand il a tué son père. Car si les deux frangins ont depuis longtemps, sinon tué, du moins dépassé le père Johny, le cadet trouvera peut-être enfin dans cette épreuve les moyens et le courage de se défaire de son aîné.

Et si les lecteurs pensent qu’Yvan a été un tantinet trop grivois et cochon dans sa chronique d’aujourd’hui, c’est qu’ils n’ont pas encore goûté la spécialité du principal sponsor du Tour : Cochonou qui s’en dédit !

Avez-vous remarqué d’ailleurs que plus on parle de dopage, plus ces sponsors s’en donnent à cœur joie ? Le Tour de France, en effet, est le royaume des petits tricheurs, des tricheurs d’en bas comme dirait Sarkozy. À l’heure où la fraude des gens d’en haut, des banquiers pour ne pas les citer, a mis le monde entier sur le chemin de la banqueroute, le petit peuple ne demande qu’à s’identifier à ces petits fraudeurs de tous les jours.

Yvan
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