Le Tango de Rashevsky

Danse Intime

d'Lëtzebuerger Land du 25.09.2003

On tourne l'un autour de l'autre, on change brusquement de direction, on se laisse tomber en arrière, mais on se tient toujours dans les bras et on finit par retrouver l'équilibre. Ainsi pourrait-on décrire un tango et c'est aussi la façon dont on pourrait résumer l'histoire des Rachevsky, famille juive vivant en Belgique, qui après la mort de leur grand-mère Rosa (Laurence Masliah) se retrouve fortement déstabilisée. Cette dernière tenait la famille en équilibre et sa disparition oblige tout le monde de se remettre en question. David (Daniel Mesguich), son fils, et Nina (Tania Garbarski), sa petite-fille, redécouvrent le judaïsme et y recherchent identification et reconfort. Simon (Michel Jonasz) le deuxième fils perd la confiance en lui-même et les problèmes dans son mariage s'accentuent davantage, tandis que son fils Jonathan (Jonathan Zaccaï) combat son chagrin à l'alcool. Ric (Rudi Rosenberg), le frère de Jonathan est rejeté par sa copine parce qu'il est juif et Nina refuse de sortir avec Antoine (Hippolyte Girardot) parce qu'il ne l'est pas.

 

Ce film, made in Luxembourg (co-production Samsa Film tournée en grande partie au Grand-Duché), avance au rythme lent du tango et de la mélancolie, ce qui accentue son caractère intime et permet au spectateur de se retrouver parmi les personnages. Décors intérieurs et gros plans prédominent afin de pénétrer la psychologie des personnages et de développer leurs conflits. Ceux-ci sont majoritairement d'ordre religieux. Car dans Le Tango des Rashevsky le réalisateur Sam Garbarski s'est surtout intéressé au thèmes et questions qui gravitent autour du judaïsme et des réligions en général.

 

D'une névrose familiale, essentiellement due à l'incertitude et à un manque de communication, le réalisteur passe au détail, pour traiter les questions engendrées par les différents conflits. Ainsi après un aperçu général assez long, la mise en scène se concentre plus sur le couple de Nina et Antoine.

 

Est-ce qu'on peut prétendre appartenir à une communauté religieuse sans pratiquer cette religion con-s-tamment? Est-ce qu'on peut aimer ou marier quelqu'un d'une confession différente? Tels sont les questions qui préoccupent les personnages et auxquels le réalisateur donne une réponse positive, même si la conversion d'Antoine au judaïsme, dans le seul but de pouvoir marier Nina contredit les convictions assez strictes de celle-ci et constitue une solution paradoxale dans le scénario. De manière plus spécifique, Sam Garbarsky évoque également le conflit israelo-arabe avec les souvenirs inexprimables de Ric en tant que soldat, mais aussi dans la relation de celui-ci avec une fille d'origine arabe. 

Ces sujets sérieux et d'actualité sont allégés de manière effective par un humour subtil, généré surtout par le personnage du tonton Dolfo (Natan Cogan) homme âgé et bon vivant qui donne au reste de la famille le modèle de vie qu'ils cherchent sans que ceux-ci s'en aperçoivent. 

 

Mais le tango que la grand-mère leur avait appris pour surmonter les temps de chagrin, n'a pas perdu son effet. Et finalement le déclic a lieu et tous les membres de la famille se rendent compte qu'il suffisait de vaincre sa fierté et de faire preuve de tolérance pour réunir ceux qui leur paraissaient incompatibles. Notamment dans la dernière partie Sam Garbarski mise beaucoup sur la sentimentalité pour atteindre le spectateur et reste trop figé au niveau des images. Néanmoins les bons acteurs font des Rashevskys des personnages crédibles et le scénario, que le réalisateur a écrit en collaboration avec Philippe Blasband (Un honnête commerçant, 2002), évoque une multitude de questions pertinentes, résultant dans un film touchant, présenté la semaine passée en avant-première au Ciné Utopia, en présence du réalisateur.

 

Fränk Grotz
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