Rentrée académique

Un marché comme un autre

d'Lëtzebuerger Land du 13.09.2007

La rentrée académique 2007/2008 est celle de l’introduction d’une logique de concurrence dans un secteur qui, jusque-là,
semblait plutôt protégé au Luxembourg. Concurrence de politique politicienne d’abord, les Villes de Luxembourg et d’Eschsur-
Alzette semblant avoir ouvert un concours de beauté pouravoir les faveurs de ces quelque 3 000 étudiants de l’Université du Luxembourg. Ce qui est d’autant plus pittoresque qu’avant la loi de 2003, quasi tous les partis politiques, aussi ceux au pouvoir
dans ces deux villes, étaient plus que réticents quant au bien fondé de la création d’une université nationale. Aujourd’hui, les
deux villes tentent d’attirer l’attention publique à coups de plans d’action, de conférences de presse et de constructions de
logements étudiants, bien conscients que l’Université est devenue synonyme de modernité et d’investissement dans le futur des
jeunes.

Le Fonds Belval vient de lancer le concours d’architecture pour ladeuxième « maison », celle des sciences humaines, à Esch-Belval ;le projet de loi faisant suite au premier concours est en voie definalisation. Lors de leur conférence de presse pour la rentréeacadémique, mardi, le ministre François Biltgen (CSV) et lasecrétaire d’État Octavie Modert (CSV), se montrèrent extrêmementoptimistes sur l’évolution des statistiques : alors qu’en 2000/2001,le ministère attribuait un peu plus de 5 000 aides financières (correspondant, selon leurs estimations, à 90 pour cent du nombre total d’étudiants), ce chiffre a augmenté à plus de 7 200 en 2006/2007. Une bonne nouvelle pour eux, car le Luxembourgse situe régulièrement en queue des benchmarkings européens sur le nombre de détenteurs de diplômes universitaires, avec seulement 25 pour cent de bac plus.

Mais le ministre François Biltgen se disait aussi inquiet pour la carrière professionnelle de ces futurs diplômés : en effet, en 2006/2007, 485 jeunes étaient en formation artistique (dans le sens large), alors que seuls 414 poursuivaient des études de droit et 292 des études d’ingénieurs. Le marché pourtant est surtout demandeurd’ingénieurs, alors que très peu de postes se créent en culture – les années fastes y semblent définitivement révolues. Cette année, par exemple, l’Éducation nationale a cinq postes d’éducation artistique à pourvoir, 43 personnes ont déposé une candidature. 

La logique de la concurrence – pour l’emploi dans ce cas – vaut aussi pour les étudiants. L’Université du Luxembourg organise, les prochaines semaines, des Welcome Days avec stands d’information place d’Armes et, le 14 octobre, des actions d’accueil privé. Et rappelle que les inscriptions se terminent le 21 septembre. Luxembourg reste largement en tête du hit-parade des villes universitaires choisies par les étudiants résidents luxembourgeois, un millier des boursiers ayant choisi l’Uni.lu, avant Bruxelles (706), Strasbourg (503), Trèves (341) et Paris (246). Dans une logique de concurrence, l’Université doit elle aussi travailler sur la qualité desétudes, des enseignants, de la recherche et de l’accueil pour rester attractive sur le plan international. C’est pourquoi des évaluations internes et externes sont lancées cet automne, comme le demande le processus de Bologne, évaluations qui fourniront à l’Université et au gouvernement des instruments de mesure et de pilotage.  

François Biltgen a également annoncé deux grands chantierspolitiques pour cette année académique : d’une part, les formations courtes des BTS (brevet de technicien supérieur) seront réformées pour pouvoir être comptabilisées en points ECTS. Et de l’autre, le gouvernement veut réformer le droit d’établissement des institutions publiques et privées d’enseignement supérieur. Car comme tout marché, celui de l’enseignement supérieur attire aussi son lot de charlatans et d’établissements douteux ; le ministère serait régulièrement saisi de cas où de telles sociétés affirmeraient délivrer des « diplômes universitaires luxembourgeois ». Un projet de loi, qui devrait être déposé en octobre, instaurera une commission de contrôle qui délivrera alors des accréditations aux établissements de formation. Une des premières demandes émane du Conservatoire national des arts et métiers de Paris, attiré par le site de Belval. L’enseignement supérieur est définitivement devenu un enjeu politique, c’est un pas de géant.

josée hansen
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