Antennes de téléphones mobiles

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d'Lëtzebuerger Land du 19.06.2003

La question si l'homme a besoin de pouvoir appeler en voiture alors qu'il roule de Wiltz vers Esch/Alzette est purement philosophique, elle peut être discutée mais jamais résolue. La question si l'homme peut téléphoner sans interruption de Wiltz à Esch/Alzette est dès lors plus intéressante, puisqu'elle peut être attaquée de manière scientifique. 

L'ILR, le régulateur du marché des télécommunications, avait fait cet exercice après la mise en service de Tango pour constater officiellement que et Tango et LuxGSM remplissaient les critères fixés dans leurs licences. Malgré la possibilité offerte par la loi à l'ILR d'informer le publique, l'Institut était resté à cette information sommaire. 

À l'époque le réseau Tango était bien plus performant que celui de LuxGSM, freiné dans son développement par les décideurs de l'époque. Peu convaincu par le succès potentiel d'une téléphonie mobile lors de la naissance de LuxGSM il y a dix ans, les sites d'antennes étaient plus définis par la disponibilité de terrain étatique que par les besoins imposés par la physique à un réseau de mobilophonie. 

Au contraire, le réseau de Tango jouissait lui et d'une expérience accumulée dans le déploiement de réseaux mobiles (n'oublions pas que l'EPT devait gérer et bâtir sur un « ancien réseau », datant de 92) et d'une étude préalable. 

Néanmoins, les EPT ont su profiter de la nouvelle situation. Le succès de Tango en nombre d'abonnés a convaincu le dernier des critiques, et l'opérateur historique a enfin investi de manière réfléchie dans son réseau, approchant peu à peu sa qualité à celle du nouvel entrant. Seul différence entre les deux opérateurs : l'EPT, en tant qu'opérateur fixe, n'a jamais portée une attention particulière à la couverture indoor alors que Tango vise la substitution du fixe par le mobile et veille donc à une couverture indoor maximale.

À ce point nous parlons théorie. Réflexions voire même intuitions, quoique logiques, ces assertions n'ont aucune base scientifique. En 2002, le bureau d'étude LuxConsult a cependant réalisé une étude scientifique afin de quantifier la qualité de service des réseaux « 2G » en vu de l'évolution vers le « 3G ». 

À la lecture des conclusions de l'étude, les observations se confirment. Les deux réseaux ont ­ en règle générale et vu sur 2002 ­ une qualité comparable. Tango prend l'avantage sur les régions urbaines alors que l'EPT prime le long des routes nationales. Les deux réseaux ont des déficits notamment au niveau du nombre d'antennes utilisées. Ainsi l'étude fait sortir 69 « drop-calls » (l'interruption de la communication) pour Tango et 81 pour l'EPT. Cette situation en doit cependant plus à une jurisprudence rendant impossible toute nouvelle construction d'antennes qu'à la mauvaise volonté des deux opérateurs. 

Mais revenons à une situation de test réelle et mesurée dans des conditions comparables. Deux utilisateurs équipés avec exactement le même matériel partent pour faire un tour dans le pays. Assis dans deux voitures différentes, ils ont décidé de se raconter des histoires tout au long du parcours. (Enfin, ils ont tous les deux un chauffeur et n'entrent donc pas en conflit avec la loi). Le départ se fait à Luxembourg. À Dommeldange, l'utilisateur LuxGSM perd le contact, enfin il est rétabli de suite. Le trajet se poursuit à travers Bereldange, Lorentzweiler, Mersch, Ettelbruck en direction de Hosingen où LuxGSM s'excuse au Schinker une deuxième fois pour la perte de la communication. Le voyage continue dans le Nord du pays à travers Fischbach, Weiswampach pour toucher la pointe du pays à la Wemperhardt. À Dinklange, LuxGSM affiche une nouvelle perte de communication, alors que Tango coupe a Emershbach. Entre Derenbach et Erpeldange, les deux réseaux prennent le relais avec plusieurs coupures. Près du lac de la Haute Sûre, c'est Tango qui lâche le plus souvent avec des coupures à Wiltz et Esch/Sûre. Si le manque de masse critique côté utilisateur peut (du point de vue  de l'opérateur) excuser les défaillances dans cette région, les coupures à Ettelbruck (LuxGSM) et Diekirch (Tango) donnent matière à réfléchir. 

Au retour sur Luxembourg, sur la route alternative Mersch, Schoenfels, Kopstal, les coupures se relayent entre Tango et LuxGSM. À Luxembourg, Tango largue à la place de l'Étoile alors que l'EPT semble avoir des problèmes à Merl.

La situation est comparable dans toutes les directions, les opérateurs ont de part et d'autres des problèmes de capacité où de couverture (ce qui dans certaines situations revient pour l'utilisateur au même, il ne sait pas téléphoner).

Ce qui devrait amener à réflexion est le fait que même dans des régions à population élevée, les réseaux montrent des déficits. Dans d'autres pays nous avons pu constater, de manière tout à fait subjective, une couverture plus cohérente. 

 

Pascal Tesch
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