Université du Luxembourg

Fiat UniLux

d'Lëtzebuerger Land vom 10.07.2003

Dans une perspective historique, c'est peut-être un détail, mais pour les nouveaux bacheliers, la question peut être essentielle: comment faire pour s'inscrire dans une des facultés de la future Université du Luxembourg (UdL)? Lorsque la Chambre des députés adoptera la semaine prochaine, juste avant les vacances d'été, le projet de loi n°5059 «portant création de l'Université du Luxembourg», il abolira par le même acte les quatre instituts actuels qu'elle remplacera, à savoir le Centre universitaire (Cunlux), l'Institut supérieur d'études et de recherches pédagogiques (Iserp), l'Institut d'études éducatives et sociales (IEES) ainsi que l'Institut supérieur de technologie (IST). 

Joint par téléphone, Germain Dondelinger, coordinateur du département Enseignement supérieur au ministère en charge, responsable de l'UdL et auteur du projet de loi, explique: «Nous avons besoin d'une année pour la mise en place des nouvelles structures. Durant cette année-là, les enseignements fonctionnent selon les principes actuels, donc les étudiants peuvent s'inscrire tout à fait normalement dans les instituts de leur choix.» Selon les amendements de la Commission parlementaire, qui devrait adopter aujourd'hui même un texte coordonné de la loi ainsi que son rapport, il sera ajouté à la fin de l'article 1er que: «L'Université est le successeur juridique des établissements qu'elle remplace. Elle en assume les obligations et elle exerce les droits dont bénéficiaient ces établissements.»

Le projet de l'Université du Luxembourg entre sur sa dernière ligne droite, la volonté politique de la ministre Erna Hennicot-Schoepges (PCS) surtout demande impérativement un vote avant l'été pour que les nouvelles structures puissent commencer à travailler à la mise en place concrète dès la rentrée académique 2003-2004 - la dernière avant la fin de la législature. La quête d'un recteur est lancée, des annonces d'offre d'emploi seront publiées dès le vote de la loi, les bruits de couloirs veulent qu'un head-hunter soit déjà à la recherche du candidat idéal. Selon la fiche financière qui a été déposée lundi en addendum à la loi, son salaire se situera dans une fourchette allant de 110500 à 172000 euros par an. 

Côté finances, les prévisions du ministère tablent sur une croissance de quelque douze pour cent par an, qui serait comparable à la croissance du budget des instituts d'enseignement supérieur cette année 2003. Les trois instituts, Cunlux, IST et Iserp disposent cette année de quelque 30 millions d'euros, 0,46 pour cent du budget de l'État. Les «nouveaux développements», soit la «mise en place de nouveaux cours et de nouvelles formations», l'ont fait grimper de trois millions d'euros. Et la fiche financière de prévoir: «En nous basant sur la progression pour 2003, nous pouvons prévoir une progression de douze pour cent par année sur une période de sept ans, ce qui équivaut à la mise en place de quatre nouveaux enseignements par année. Cette progression permet la définition de priorités dans huit disciplines.» Le coût total par an serait alors de 74,5 millions d'euros. Un programme d'autant plus ambitieux que le ministre du Budget, Luc Frieden, annonce plutôt des restrictions budgétaires; ainsi la progression du budget de l'État pour 2004 resterait en dessous de sept pour cent (LW du 9 juillet). 

Optimiste, la fiche financière table sur un financement à 60 pour cent seulement par la dotation de l'État, vingt pour cent seraient payés par les frais d'inscription des étudiants et les vingt derniers pour cent par d'«autres ressources». En outre, «le coût du programme de construction pour les besoins de l'Université» (Cité des sciences, logements étudiants, etc.) est estimé à près de 288 millions d'euros. 

«Avec cette loi-cadre, nous allons adopter une pochette surprise, la semaine prochaine,» estime Mady Delvaux, députée socialiste et membre de la commission de l'enseignement supérieur, qui regrette qu'il n'ait pas été discuté davantage des contenus de la future Université du Luxembourg et de son orientation. Et de s'inquiéter avant tout pour la troisième faculté, celle «des lettres, des sciences humaines, des arts et des sciences de l'éducation», à être installée à Walferdange et qui regroupera des formations professionnalisantes comme celle de l'instituteur (actuellement Iserp) ou de l'éducateur (IEES), et des formations académiques en lettres ou sciences humaines, actuellement assurées au Cunlux, «un vrai salmigondis» juge la députée. Qui pourtant défend la création de cette université, malgré les nombreuses imprécisions dans le texte, et malgré le fait que son autonomie ne soit plus que «fictive». 

Car le Conseil d'État a, pour des raisons de droit constitutionnel (articles 23 et 36 de la Constitution), et à la lecture de la récente jurisprudence de la Cour constitutionnelle sur le champ d'application des lois, des règlements grand-ducaux et des règlements ministériels d'application, itérativement demandé au ministère, lors d'une entrevue préparative, que les enseignements qui pourront être proférés à l'UdL soient plus clairement définis dans la loi. Donc, le nouvel article 4 sur l'enseignement stipulera désormais que «l'Université peut organiser des enseignements en chimie, biologie, physique, mathématiques, médecine, technologie, sciences de l'ingénieur, informatique, communication, droit, sciences économiques, sciences financières, gestion, administration, management, sciences humaines, lettres, sciences du langage, sciences de l'éducation et dans les disciplines artistiques.» Dans son avis du 1er juillet, le Conseil d'État s'étonne d'ailleurs de l'absence de la philosophie dans cette énumération. 

«Cette 'étatisation' n'est peut-être pas vraiment un tort,» spécule le député vert Robert Garcia, qui ne s'est lassé durant tout le débat à la Chambre de mettre en garde devant l'omnipotence du recteur prévue dans le projet initial. Le Conseil d'État s'est visiblement fait les mêmes soucis. L'organisation des compétences du recteur est une de ses critiques majeures : «La responsabilité collégiale est la seule forme décisionnelle actuellement admise pour la gouvernance des grandes entités publiques ou privées. (...) Le principe dit 'des quatre yeux' constitue la meilleure mesure préventive de décisions arbitraires voire de dysfonctionnements graves, notamment en matière de gestion financière» (p.8). Et de proposer qu'une majorité de compétences incombe au rectorat, composé du recteur et de deux vice-recteurs, plutôt qu'à une seule personne. En quelque sorte, il a aboli la monarchie absolutiste sans pour autant proclamer la république.

«Je suis persuadé que cela va uniquement compliquer les choses et rendre la prise de décision plus longue et fastidieuse,» affirme pour sa part le député socialiste Ben Fayot, également membre de la commission parlementaire. Comme les Verts - car «mieux vaut faire un pas en avant imparfait que de faire du surplace parfait» selon Robert Garcia - , il assure que les socialistes vont voter pour la loi. «Toutefois, ce sera un 'oui mais',» continue le député socialiste, qui, tout en se félicitant du fait que le monde politique reconnaisse enfin l'importance de la vie intellectuelle, regrette la méthode de forcing avec laquelle le projet est pressé de passer les instances politiques. 

Et de voir avant tout les problèmes pratiques: l'année 2004 sera une année électorale, avec tout ce que cela implique comme ralentissement de l'activité aux ministères. Pour les questions sur l'organisation en trois sites de l'UdL (Luxembourg, Esch-sur-Alzette, Walferdange), ceux du logement, du transport, de la restauration, des bibliothèques, de l'accueil et de la sécurité sociale pour étudiants étrangers, de la rémunération des étudiants qui travaillent à l'UdL, Ben Fayot ne voit pas l'ombre d'une ébauche de solution. 

Xavier Bettel, député libéral et étudiant de l'UdL (cours complémentaire pour juristes) jusqu'à très récemment, est par contre plutôt satisfait des adaptations du projet de loi durant les discussions de la commission parlementaire. Il s'est fait le défenseur des droits des étudiants et estime avoir réussi à inscrire des structures plus démocratiques dans le texte: les étudiants seront désormais largement représentés. À tel point que le Conseil d'État demande de revenir à des «proportions plus raisonnables» dans la composition du conseil universitaire (organe consultatif du rectorat): dans la mouture du texte déposé au CE, 18 des trente membres du conseil universitaire auraient été des étudiants. «Je suis intimement convaincu qu'une université est une institution démocratique qui doit vivre!» se réjouit Xavier Bettel, qui toutefois accepte aussi la réduction du nombre d'étudiants proposée par le CE. En outre, il salue aussi le fait que les étudiants soient obligés à la mobilité et de passer une période de leurs études à une université à l'étranger. Pour des raisons pratiques, un seul séjour à l'étranger est désormais prévu en cinq ans, et non un par cycle, comme initialement inscrit dans le projet.

Pour contourner une nouvelle fois des problèmes de constitutionnalité - l'article 23 de la Constitution dit que «Tout Luxembourgeois est libre de faire ses études dans le Grand-Duché ou à l'étranger et de fréquenter les universités de son choix» -, l'UdL ne pouvant donc forcer personne de partir, elle passera par le biais d'une charte que l'étudiant signera lors de son inscription et dans laquelle il s'engagera contractuellement à un passage à l'étranger. Les débats publics autour de l'UdL sont hantés par la crainte de voir les étudiants luxembourgeois devenir des abrutis finis si leur horizon n'était pas élargi par un passage à une université étrangère. Comme si Metz, Trèves, Nancy ou Strasbourg étaient le monde... 

Or, peut-être que cela marche aussi dans l'autre sens, peut-être qu'une université spécialisée, de haut niveau, mais néanmoins accessible à tous (donc aussi à ceux qui n'ont pas les moyens de se payer un séjour de quatre ou cinq ans à l'étranger) peut contribuer à sensiblement augmenter le niveau de formation de la main d'oeuvre luxembourgeoise et donc la compétitivité de l'économie. «Avec ce projet, nous allons nous situer dans un contexte économique et intellectuel extrêmement concurrentiel,» remarque le député PCS Claude Wiseler. Après de longues réticences face à la création d'une université, le PCS a changé d'avis, probablement grâce aussi au travail de persuasion de son ex-présidente Erna Hennicot. «L'université a changé, la société a évolué et nous avons alors naturellement adapté notre position,» explique Claude Wiseler. Nelly Stein (PCS), la présidente de la commission parlementaire et rapportrice du projet, passera quelques beaux jours à coordonner le texte du projet de loi aux nombreux amendements parlementaires et du Conseil d'État avant le débat à la Chambre des députés, au milieu de la semaine prochaine. Où son adoption ne fait plus guère de doute.

josée hansen
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