Après la tuerie de Norvège

Un tueur et des complices

d'Lëtzebuerger Land du 05.08.2011

Aussi cynique que cela puisse paraître, la tuerie de Norvège a engendré au moins un bénéfice collatéral, celui de faire définitivement tomber les masques des partis fachos d’extrême-droite qu’ils s’appellent Vlaams Belang, Front National ou encore ADR. Les chefaillons de ce dernier ont d’ailleurs été bien embarrassés de se distancer des louanges que leur a tressées le sinistre Breivik, beaucoup plus en tout cas que leur compère Le Pen qui n’arrête pas de savonner la planche de salut (de « Heil ») sur laquelle surfe sa fille en ce moment. L’expert en gégène ne s’est pas gêné pour expliquer l’« accident » d’Oslo par l’islamisation et le multiculturalisme qui contamineraient l’Occident. Faisons fi alors du politiquement correct et, plutôt que de leur chercher de doctes excuses, n’ayons plus peur de dire que les électeurs de ces partis sont borgnes, cons et méchants ! Dis-moi quels sont tes amis, et je te dirai qui tu es.

Mais qui est-il alors, ce bel Aryen bon à rien, qui a annoncé sa haine et son acte dans un document plus abracadabrantesque que véritablement délirant ? Un mégalomane paranoïaque admirateur de Hitler dont il a copié pour ainsi dire mot pour mot Mein Kampf. Il suffit en effet, pour avoir le remake du sinistre ouvrage, de remplacer le Juif par l’Arabe qu’il faudra lui aussi « déporter » et qui devra prouver sur plusieurs générations sa conversion aux « valeurs occidentales ».

Mais si Breivik est assurément fou, il n’en est pas psychotique pour autant, pas plus en tout cas que Hitler ou Karadzic. Car si le langage populaire appelle fou tout être qui sort des normes, qui n’est pas comme nous et qui, fait rassurant, ne peut donc pas nous tendre le miroir, le psychiatre ne désigne, lui, comme fous et psychotiques que les humains qui se sont égarés des chemins qui balisent le monde réel. Le monstre d’Oslo est parfaitement apte à distinguer entre le bien et le mal, bien qu’il n’ait sûrement pas les mêmes notions de ces deux mots que ses victimes et ses juges. Il est, en plus, capable de faire la différence entre le permis et l’interdit, entre le licite et l’illicite. Il est donc coupable et responsable d’avoir enfreint les lois et la Loi, à la différence de son mentor Hitler qui avait tout simplement changé les lois pour ne pas avoir à les transgresser, et cela avec la complicité de (presque) tout un peuple. Il n’en transgressait pas moins la Loi éthique et morale qui fait que nous ne sommes pas des bêtes. Et pour que cela ne se reproduise plus, nous renvoyons au début de notre papier, au bénéfice collatéral de l’ignoble acte.

Yvan
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