Voxmobile

Qui prendra Vox ?

d'Lëtzebuerger Land vom 01.02.2007

La fuite est venue d’un des dirigeants de Belgacom, obligeant l’opérateur Voxmobile à confirmer ses intentions d’ouvrir son capital, tout ou en partie, en s’adossant à un « partenaire stratégique », i.e. en se vendant à l’opérateur européen le plus offrant.

Qui ne s’appellera pas forcément Belgacom d’ailleurs, puisque tout ce que l’Europe compte comme opérateurs importants dans la téléphonie ont été contactés par la banque d’affaires parisienne chargée d’accompagner les réflexions des actionnaires de Vox sur son avenir. Orange est donc également dans le coup. L’opérateur avait montré pas mal d’intérêt pour le marché luxembourgeois au moment de l’attribution des licences de troisième génération de mobile. Puis y renonça finalement, offrant ainsi un tremplin au développement fulgurant de… Voxmobile, qui détient aujourd’hui 20 pour cent du marché de la mobilophonie au Grand-Duché, avec une forte présence sur le créneau de la clientèle business, la plus rentable pour les opérateurs de ce secteur.

Les jeux sont donc loin d’être faits, comme le signale lui-même au Land Jean-Claude Bintz, le patron de Voxmobile. « Tous les opérateurs du secteur des télécommunications ont été approchés et ils sont nombreux à avoir montré de l’intérêt pour nous, » dit-il en refusant évidemment de livrer des noms. La direction de Belgacom a en tout cas refusé mercredi de commenter ses intentions dans Voxmobile, affirmant que les rumeurs relevaient de la « spéculation ». Selon la presse économique belge, le dossier devrait tout de même être à l’ordre du jour d’un conseil d’administration fixé au début du mois de mars.

La banque d’affaires Compagnie financière Rothschild a donc été mandatée l’année dernière par les actionnaires de Voxmobile pour « les accompagner dans leurs réflexions pouvant mener, le cas échéant, à une ouverture du capital ou à un adossement à un partenaire stratégique ». Cette annonce faite mercredi par le troisième opérateur de téléphonie mobile au Luxembourg sonne comme une consécration, un peu plus de deux ans après son lancement commercial.

Dans le monde des affaires, dominé par les considérations purement financières, c’est un passage obligé dans le développement d’une entreprise. D’autant que les sociétés d’investissement cotées en Bourse de Luxembourg qui en contrôlent le capital actuellement (BIP Investment Partners et Audiolux avec chacun une participation de 37,5 pour cent, le reste du capital étant aux mains du management de la société) ont pour vocation de gagner de l’argent pour en faire gagner à leurs actionnaires. Sur le plan opérationnel aussi, la recherche d’un partenaire répond à la logique du marché où les investissements pèsent de plus en plus lourd pour rester technologiquement dans le train de tête. L’épée de Damoclès nommée « proposition » de la commissaire européenne Viviane Reding sur le roaming international a sans doute été également déterminante dans la décision de ne plus jouer en solo. Le business de l’itinérance assure jusqu’à trente pour cent du chiffre d’affaires des opérateurs luxembourgeois.

Voxmobile va donc passer à la vitesse supérieure en mettant notamment le turbo sur la convergence entre le mobile, le fixe et l’Internet à haut débit, connue sous l’appellation des offres triple play. La question est de savoir comment. L’introduction en bourse de son capital a été exclue d’office par ses actionnaires fondateurs. Trop risquée, peu relevante sur un plan stratégique. Les temps ne s’y prêtent pas non plus. On voit mal ensuite comment une ouverture du capital au public constituerait un avantage stratégique et accélérerait le développement de l’entreprise qui n’est pas exclusivement en quête d’argent frais. Ses actionnaires historiques ont de toute façon toujours appuyé son développement en ouvrant leur porte- monnaie, alors que le succès de la société n’était pas acquis d’avance et qu’il lui a fallu deux ans pour arriver à un Ebitda, c’est-à-dire un résultat opérationnel positif.

Pure spéculation ou pas, la rumeur selon laquelle Belgacom ferait son entrée dans le capital de Voxmobile a été plutôt applaudie par les marchés financiers mercredi. Le département Equity Research du Crédit Suisse indiquait que cette acquisition, si elle se concrétisait, n’affecterait pas ses résultats financiers. Un analyste financier de KBC Securities jugeait même que cette alliance ferait du sens en raison des importantes synergies que dégageraient les deux opérateurs. Belgacom est déjà présent au Luxembourg sur le marché du business to business à travers la société informatique Telindus. « La reprise d’un opérateur tel que Voxmobile revêtirait un intérêt évident puisque cela lui permettrait d’élargir sa gamme de produits et services localement à la téléphonie mobile et fixe ainsi qu’à l’Internet, » commentait la presse belge.

Les analystes, dans leur enthousiasme, ont valorisé Voxmobile entre 150 et 200 millions d’euros, ce qui ferait un sacré pactole à BIP et à Audiolux si la vente, totale ou partielle, se réalisait. Cette valorisation semble toutefois un peu exagérée puisqu’elle se fonde sur une valorisation entre 1 300 et 1 600 euros pour chaque client actif. La valeur raisonnable de Voxmobile, à 1 000 euros le client actif, tournerait plutôt autour de cent millions d’euros avec ses 91 000 abonnés.

Quel que soit le scénario ou le candidat qui sera retenu, l’entrée d’un partenaire stratégique est une bonne nouvelle pour l’entreprise et une mauvaise pour ses deux concurrents, LuxGSM et Tango/Tele2. Sursaturé, le marché des télécommunications est à cran depuis plusieurs mois, alors que le chiffre d’affaires de la téléphonie mobile a dépassé celui du téléphone fixe et que de nouveaux enjeux se dessinent dans l’Internet haut débit, où l’offre reste encore trop chère  du Luxembourg. La venue d’un opérateur international pourrait changer la donne et contribuer à une baisse des prix.

Véronique Poujol
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