Recyclage du béton 

Rien ne se perd...

d'Lëtzebuerger Land du 30.10.2015

La construction et la démolition de bâtiments exercent une forte pression sur l’environnement. En effet, près de la moitié des extractions totales de matières et plus d’un tiers de l’ensemble des déchets sont générés pas ce secteur à l’échelle de l’Union européenne. Le béton étant le matériau le plus utilisé dans les bâtiments, son recyclage constitue un enjeu crucial et pose des défis scientifiques, économiques et politiques.

Selon les dernières données publiées par Eurostat, le Luxembourg arrive en cinquième position pour la quantité de déchets par habitant. Ce résultat provient pour la majeure partie (84 pour cent) du secteur de la construction car, étant très dynamique, ce secteur génère une quantité importante de matières d’excavation, telles que la terre et la roche.

Toutefois, malgré ce niveau élevé de déchets, le Luxembourg a déjà atteint les objectifs fixés par l’Union européenne (Directive 2008/98/CE) en recyclant 70 pour cent de ses déchets de construction et de démolition.

Jusqu’à présent, le béton qui est recyclé provient essentiellement des activités de démolition, ce qui lui donne un caractère « impur ». Il est souvent mélangé avec d’autres éléments tels que des briques, des tuiles, de la terre, du bois, du métal, et cetera. Par conséquent, le béton actuellement recyclé au sein des plateformes régionales est de qualité moyenne. Il est surtout utilisé pour la construction des routes et des fondations.

Se pose dès lors la question : « Ne pourrait-on pas utiliser le béton recyclé pour la fabrication d’un nouveau béton ? » Cette question est au cœur des préoccupations des différents acteurs socio-économiques de la Grande Région.

En effet, de nombreux bâtiments ont été construits dans les années 1950 et ont désormais atteint la fin de leur durée de vie utile, ils doivent donc être détruits. En outre, le nombre de déchets issu de la construction et de la démolition ne cesse de croître. C’est pourquoi un groupe de travail a été créé en 2014 afin de collaborer étroitement et de trouver des solutions régionales au traitement de ses déchets dans une logique de développement durable.

À ce titre, un premier atelier a été organisé le 7 octobre 2014 à la Chambre de commerce du Luxembourg et a réuni plus de 120 participants de toute la Grande Région issus de la recherche, de l’industrie et du monde politique. Au cours de cette journée, l’élimination des obstacles réglementaires et le lancement de travaux de recherche dans le domaine du béton recyclé ont été plébiscités.

Suite à cet évènement, une collaboration a été entamée avec des partenaires publics et privés de la Grande Région pour travailler sur un projet commun. Le but de ce projet est de développer de nouvelles applications et produits en se basant sur le principe de l’économie circulaire. Celle-ci vise à limiter le gaspillage des ressources et l’impact environnemental tout au long du cycle de vie du produit, ce qui pourrait être résumé par la citation d’Antoine-Laurent de Lavoisier : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

La collaboration se matérialise sous la forme d’un projet de recherche régional qui sera présenté en novembre 2015 afin d’obtenir le soutien financier de l’Union européenne via le programme Interreg Grande Région. Il comportera trois phases : l’analyse de la démolition et du tri ; le développement de nouveaux produits et l’introduction de ces produits sur le marché.

La première phase est essentielle car, pour obtenir un béton recyclé de meilleure qualité, il faut que les processus de démolition et de tri soient optimisés. La réflexion peut même aller plus loin afin de prendre en compte la démolition avant même que le bâtiment soit construit ! La deuxième phase est le cœur du projet, avec la création de béton préfabriqué issu du béton recyclé. Le défi à relever est important car le produit obtenu doit être compétitif en termes de qualité et de prix pour être utilisé dans la fabrication du béton. La dernière phase permet de préparer le marché à l’arrivée du nouveau produit en prenant en compte, par exemple, les aspects logistiques.

À l’échelle nationale, l’Université du Luxembourg travaillera avec trois partenaires industriels : Entrapaulus, Cloos et Chaux de Contern. Ils sont très intéressés par ce projet, le premier par rapport à l’analyse du processus de démolition, le deuxième par rapport au tri et au concassage des matériaux et le troisième par rapport à la création de nouveaux produits.

Ce projet est un bel exemple des liens étroits qui existent entre le monde de la recherche académique et le monde industriel. Le béton a ainsi de belles perspectives d’avenir…

Danièle Waldmann est professeure en génie civil à l’Université du Luxembourg. Elle est responsable du Bachelor professionnel en ingénierie et du Laboratoire des constructions solides au sein de l’Unité de recherche en sciences de l’ingénierie.
Danièle Waldmann
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