Vox Mobile

Une nouvelle danse

d'Lëtzebuerger Land du 06.05.2004

« Je leur souhaite bonne chance, mais je suis plutôt pessimiste, » souffle un acteur de la téléphonie mobile luxembourgeoise au sujet de Vox Mobile. Être le troisième acteur sur un marché peut-être pas saturé, mais au moins mature, n’est pas nécessairement une situation enviable. Mais les yeux de tout le secteur sont néanmoins rivés sur Bertrange, où, sauf imprévus, Vox Mobile devrait lancer ses activités ce week-end. Car même si on ne sait pas trop à quoi s’attendre, personne n’ose sous-estimer le duo Jean-Claude Bintz, le commercial, et Pascal Koster, l’ingénieur. Beaucoup s’attendent sans doute à une sorte de Tango numéro deux. Il y a six ans, en mai 1998, Jean-Claude Bintz, alors directeur général du réseau GSM du groupe Tele2, a été le moteur dans la véritable explosion de la téléphonie mobile au Luxembourg. Presque l’ensemble de l’équipe dirigeante de Vox a été débauchée du groupe suédois. Mais Bintz aussi sait que les temps ont changé, que pour obtenir des parts de marché il faut soudoyer des clients à la concurrence plutôt qu’espérer d’en attirer de nouveaux vers le GSM. À entendre Jean-Claude Bintz et Pascal Koster, les deux administrateurs-délégués de Vox Mobile (anc. Luxcommunications), on a l’impression qu’ils veulent en fait lancer un « anti-Tango ». Bintz, qui pendant des années a joué au papa Noël dans les pubs de fin d’année, parle ainsi de « sobriété » pour décrire la campagne publicitaire en noir et blanc de sa nouvelle société. Koster insiste sur les services et applications que Vox Mobile offrira à côté de la téléphonie standardisée. Même l’hypothèse que Vox devra être meilleur marché que les acteurs en place est rejetée. « Nous ne serons pas bon marché à tout prix, s’offusque Jean-Claude Bintz, nous devons être différents. » En attendant la levée du voile qui couvre jusqu’au dernier moment la tarification de Vox Mobile, on peut s’attendre à un produit d’appel très attractif. Cette offre sera sans doute complétée par des formules plus larges offrant des services novateurs. « Il s’agira d’offrir le juste prix pour le bon produit, » précise Pascal Koster. Et pourtant, les premiers clients de Vox Mobile verront le nom LuxGSM affiché sur leurs téléphones. La société coopère avec les P[&]T. Dans une première phase, Vox Mobile disposera d’un accès au réseau GSM de l’entreprise publique. Par après Vox prendra en service son propre réseau UMTS, en partageant toutefois certaines infrastructures avec les P[&]T. Maudit soit toutefois celui qui ose prétendre que Vox Mobile n’est, en attendant, qu’un revendeur Lux-GSM. « Ça m’énerve d’entendre ça, s’emporte Pascal Koster. Nous ne vendons pas LuxGSM. Nous avons simplement un roaming national. Le réseau de base, tout ce qui se trouve en amont du commutateur, est à nous. Les services, les applications, tout sauf la couverture radio diffère entre nous et LuxGSM. Nous disposons d’infrastructures propres et le client le ressentira au niveau du service. » Que ce soit la messagerie vocale, l’envoi de SMS ou de MMS, le déchargement de contenu sur son GSM ou l’interface Internet lié à son abonnement, tous ces éléments sont dès le premier jour spécifiques à Vox Mobile. Jean-Claude Bintz mise surtout sur l'attrait des services – sonneries, jeux, etc. – que Vox veut offrir. « Au Luxembourg, il n’y avait pas jusqu’ici assez d’offre dans ce domaine, explique-t-il. La demande ne suivra certes pas d’un jour à l’autre. Mais je suis convaincu qu’elle se développera peu à peu. » Vox Mobile mise pour beaucoup sur le simple fait qu’étant le dernier opérateur arrivé sur le marché, la société dispose des équipements et plate-formes techniques les plus modernes et, grâce aux avancées vertigineuses de la technologie, les plus performants du marché. Le lancement de Vox Mobile ne crée pas pour autant le même « hype » que celui de Tango en 1998 – un peu à la déception de Jean-Claude Bintz. La téléphonie mobile est tombée entre-temps au statut de « commodity » : un produit standardisé, utilisé par tout le monde, sans grande différence entre les concurrents. Vox Mobile a pourtant su créer plusieurs surprises. D’abord la coopération avec les P[&]T (lire ci-contre), puis la coopération avec les supermarchés Cactus pour la distribution. Il s’agit en fait d’un déjà-vu : Bintz s’était lié au même partenaire avec Tango. Il a refait le coup. Cactus a même pris une participation de 50 pour cent dans Topline Distributions, la filiale de distribution de Vox Mobile. « Nous avons été séduits par cet opérateur luxembourgeois qui, comme Cactus, se veut être ‘E Stéck Lëtzebuerg’, » expliquait la semaine dernière Laurent Schonckert, directeur général de Cactus. Des points de vente seront installés dans les malls des principaux centres commerciaux du groupe. Tango gardera néanmoins ses shops-in-the-shop dans les supermarchés Cactus. Seul le temps dira si cette cohabitation sera maintenue à terme. Vox Mobile disposera au lancement au total de onze points de vente, dont trois en stand-alone et trois intégrés dans les magasins Electro Hauser. L’ambition est d’offrir un service inégalé. « Nous voulons aller plus loin, car un GSM offre d’autres possibilités que téléphoner, explique Jean-Claude Bintz. Le client sortira de nos points de vente avec un téléphone complètement configuré, et c’est vrai pour tous nos shops. » Derrière le discours des promoteurs de Vox Mobile, on découvre cependant surtout un intérêt particulier pour la clientèle professionnelle et les entreprises. Une filiale à créer de la société, qui sera baptisée Topline Systems, se spécialisera ainsi dans les services techniques liés aux télécommunications. Il s’agira, par exemple, de la mise en place de services qui intègrent la téléphonie mobile dans le réseau interne d’une entreprise via le « Voice over IP ». Une chose n’a pas changé depuis les temps chez Tango. La croyance inébranlable de Jean-Claude Bintz et Pascal Koster que « the world is mobile ». Quand on leur parle de rentabilité et de break-even, plutôt que de citer des objectifs de parts de marché, ils parlent d’Arpu, c’est à dire le revenu moyen par client. Plus que le nombre absolu d’abonnés, ce serait leur qualité qui compte. L’expérience à l’étranger montrerait qu’avec des services bien faits, faciles d’utilisation, il serait possible d’augmenter considérablement le budget consacré par les clients à la téléphonie mobile. « Nous n’avons pas besoin de 100 000 clients pour être rentables, » expliquait Pascal Koster en février. Vox Mobile compte 58 salariés. Leur nombre est supposé augmenter assez rapidement d’au moins une dizaine de personnes. Vox Mobile compte cependant aussi un premier raté dans sa jeune histoire. La société avait en effet annoncé que son préfixe sera le « 061 » deux jours avant que les procédures administratives soient clôturées. Avant même d’avoir lancé ses services, Vox Mobile a donc eu droit à un blâme en bonne et due forme par l’ILR, l’Institut luxembourgeois de régulation.  

Jean-Lou Siweck
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