Licences Wimax

Trois candidats pour quatre licences

d'Lëtzebuerger Land vom 14.06.2007

Ce ne fut pas la bousculade au portillon pour les candidats à une licence pour l’exploitation de réseaux publics sans fil à bande large dans la bande de fréquence 3,5 GHz au Luxembourg (Wimax). L’Institut luxembourgeois de régulation (ILR) a discrétement publié, lundi 11 juin, le résultat de l’appel à candidature lancé deux mois plus tôt. Trois entreprises ont présenté un dossier : Cegecom, l’Entreprise des Postes et Télécommunications et une société en constitution détenue à 50/50 par Broadcasting Center Europe (RTL Group) et Luxembourg Online. Ni Voxmobile ni Tango/Tele2 n’ont postulé. Preuve peut-être que le Wimax, autrefois adulé comme la technologie, n’est pas adapté aux attentes des opérateurs de téléphonie mobile, faute surtout de terminaux. On attendait en outre des acteurs comme Telindus, Belgacom ou même Clearwire, qui est l’unique opérateur Wimax à Bruxelles. Ils ont fait eux aussi défection.

La candidature de Cegecom est logique puisqu’il s’agit pour l’opérateur de remplacer son réseau WLR par le Wimax, bien plus stable. La candidature de l’EPT est sans doute plus motivée par le souci de mettre la main sur les fréquences. LuxembourgOnline, associé à BCE, a pour sa part besoin de développer ses applications mobiles haut débit, même si la bande de fréquence 3,5GHz est moins favorable que celles de l’UMTS. LOL avait été le candidat malheureux à la quatrième licence UMTS1 et pourrait trouver un Ersatz dans Wimax. Le coût annuel élevé d’une telle licence (près de 70 000 euros si tout le spectre de la fréquence est utilisé) justifie sans doute l’alliance peubanale avec la filiale de RTL Group.

La défection des opérateurs privés de mobile n’étonne personne au Luxembourg. « Voxmobile n’a pas postulé car nous estimons que ça n’en valait pas la peine. Le business case ne fonctionne pas aujourd’hui parce que les applications end-to-end ne sont pas là », affirme Jean-Claude Bintz, l’un des dirigeants de la société. Si Voxmobile a boudé, c’est aussi que l’entreprise ne jure plus, pour les applications haut débit mobile, que par le standard du réseau HSDPA, commercialisé depuis le début du mois sur l’ensemble de son réseau UMTS. Concrétement, le HSDPA, qui est la génération avancée du 3G (d’où son appellation 3G+), permet de télécharger par exemple une présentation de un Mbyte sur un ordinateur portable depuis l’intranet d’une entreprise ou depuis la messagerie en moins de quatre minutes. C’est entre six et dix fois plus qu’avec la troisième génération du mobile. De son côté, Wimax offre une capacité cinq fois supérieure à celle du 3G actuel. Des vitesses comparables et surtout plus que suffisantes pour les travailleurs « nomades » qui baladent leurs ordinateurs portables partout avec eux. D’autant que la couverture du Wimax dans les maisons est encore loin d’être optimale. Ce qui en fait, à l’heure actuelle du moins, une alternative peu fiable de l’ADSL, l’Internet haut débit « domestique » classique.

Une autre considération ne joue pas en faveur de la bande de fréquence 3,5 GHz : celui des terminaux qui ne sont pas prêts. Intel prévoit de remplacer les puces des laptop avec des processeurs compatibles avec les standards actuels (WLAN) et Wimax à partir de l’année prochaine. Compte tenu de la durée de vie de trois ans d’un PC portable, on estime que la moitié du parc sera entièrement adapté au standardWimax en 2010 seulement. Dans l’autre camp, une carte PC compatible 3G+, qui coûte encore aujourd’hui 50 euros, devrait voir ses prix considérablement réduits d’ici deux ou trois ans.

Pour l’ILR et les trois candidats à la licence Wimax, la prochaine étape interviendra la semaine prochaine après l’examen de la conformité des dossiers par l’institut. L’octroi des licences devrait se faire en juillet à l’issue d’un concours de beauté sans forcément que les candidats aient à se parer de leurs plus beaux atours. En 2006, les revenus du marché du Wimax dans le monde se sont élevés à 549,2 millions de dollars, en hausse de 286 pour cent par rapport à 2005.

1L’attribution de la quatrième licence UMTS à Astralis (joint-venture entre Cegecom et SES Astra) par le ministre des Communications Jean-Louis Schiltz en mai 2006 a été annulée vendredi 20 avril par le tribunal administratif suite à un recours de LOL. Le dossier a été renvoyé pour réexamen au ministre CSV.

Véronique Poujol
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