Changement climatique et emploi

Des gagnants et des perdants

d'Lëtzebuerger Land du 10.07.2008

Les changements que subit le climat sont devenus une source d’inquiétude pour tout le monde. Or, quelles en sont les répercussions pour l’emploi ? Invité recemment à se prononcer sur la question lors d’une conférence à Luxembourg, Joël Décaillon de la Confédération européenne des syndicats (CES) considère que le réchauffement de la terre a le potentiel de créer de nouveaux emplois durables et même d’améliorer la compétitivité de l’industrie européenne. Mais cela ne sera seulement possible que si les gouvernements se décident à respecter les mesures de réduction des émissions de CO2, ce qui pourrait entraîner un nouveau réservoir d’emplois pour l’avenir. En d’autres termes, il faudra donc s’orienter vers de nouvelles technologies, voire aussi changer notre style de vie, afin de garantir la croissance économique et la création d’emploi.

Mais, le résultat final que prévoit le CES ne fera pas que des gagnants. En effet, une étude réalisée en 2007 par l’organisation syndicale européenne démontre qu’il y aura une migration des travailleurs des industries fortement consommatrices en énergie, comme la sidérurgie ou les transports, vers des secteurs intensifs en emplois, comme l’industrie des énergies renouvelables, la construction et les transports publics. Cependant, Joël Décaillon ne manque pas de remarquer que ces derniers secteurs sont souvent moins bien payés et offrent moins de sécurité. Le représenpant de la CES souligne aussi que les emplois gagnants et perdants ne sont pas totalement substituables. En effet, il est difficile de reconvertir les travail­leurs d’un jour à l’autre vers de nouvelles industries. De plus, ce transfert d’emplois vers les technologies vertes risque de renforcer la polarisation actuelle des qualifications dans le secteur environnemental. 

Bien que ce virement vers de nouveaux emplois s’avère difficile, il pourrait porter ses fruits à long terme. Il s’agit avant tout d’éviter le pire parce, si l’on croit les estimations faites par le principal économiste du gouvernement britannique, Sir Nicholas Stern, les coûts globaux du changement climatique représenteront entre 5 et 20 pour cent du PIB mondial chaque année, si rien n’est fait pour réduire les gaz à effet de serre. 

Dans tous les cas, et en ce qui concerne la création d’emploi, il va falloir trouver des solutions communes, englobant une multitude d’acteurs, comme les syndicats, les patrons de l’industrie et les pouvoirs publics. Ainsi, le président du OGBL, Jean-Claude Reding, a-t-il proposé, la semaine dernière, de réunir toutes les parties prenantes au Luxembourg pour voir quels secteurs sont les plus touchés par le changement climatique, afin de trouver des solutions pour l’avenir. Le ministre de l’Environnement et des Transports, Lucien Lux (LSAP), s’est montré favorable à cette idée. Il faudra donc observer les prochaines semaines, ou peut-être les prochains mois, pour voir ce que le gouvernement et les syndicats comptent faire pour attaquer le défi de la création d’emploi dans le contexte du changement climatique.

David Goebbels
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