Tour de France

« Premier ne puis, second ne daigne, Andy suis »

d'Lëtzebuerger Land vom 05.08.2010

Eh Andy, ce con t’adore pas, c’est du moins ce qu’on avait cru comprendre l’autre jour quand il t’avait savonné les pentes dans le port de Valès, alors que t’étais en train de te dépêtrer avec ta chaîne. Il avait beau raconter alors des Contador-mir debout pour faire taire les qu’Andyra-t-on, c’était bien lui le raillé et toi le déraillé, comme le faisait remarquer malicieusement Frank, non pas ton frangin, mais mon ami le boulanger.

Et dimanche soir, si c’était l’Espagnol qui riait en jaune, c’est bien toi qui es désormais connu comme le loup, pardon le maillot blanc. Entre Bordeaux et Pauillac, le contre-la-montre fut en vin et, dans cette discipline, bien sûr, tu dois encore prendre un peu de bouteille, comme le constata en fin connaisseur Carlo qui, justement, pratique beaucoup le vélo en vin. Yvan ne doute pas que, comme le jus du Médoc, tu te bonifieras dans les années à venir et tes supportrices d’ailleurs ne s’y sont pas trompées. Sur la route des grands crûs, les Margaux et autres Comtesses avaient les yeux de Chimène pour le Cid, ou plutôt pour le Kid des Cimes, digne successeur de l’Ange de la Montagne. Nul ne doute que dès l’année prochaine tu imiteras l’exemple de Mouton-Rothschild, ce fameux vin de Pauillac qu’un certain Chirac éleva de deuxième en premier crû et qui changea dès lors sa devise en : « Premier je suis, second je fus, Mouton ne change ».

En attendant donc mieux, ce Tour 2010 fut pour le cadet des Schleck celui des duos et des duels : rivalité fraternelle et éphémère avec Frank d’abord (le tombé et le tombeur), l’animosité on ne sait trop pour-quoi de Laurent Fignon à son égard (l’enroué et le roué), la guéguerre enfin et bien sûr avec Contador (le con et le bon).

Mais pour ce dernier, la troisième victoire risque fort de ressembler à celle de Pyrrhus. S’il a gagné la bataille du podium, il a bel et bien perdu la guerre de l’image. À Andy le maillot blanc de l’innocence, du gentil garçon, du gendre idéal et polyglotte, à Alberto le jaune de l’urine suspect et de la fourberie. Souvenons-nous : pour une poignée de secondes, il priva d’abord son fidèle lieutenant Vinokourov d’une victoire d’étapes avant d’attaquer, deux jours plus tard, notre compatriote dans les conditions qu’on sait. Il y gagna 39 petites secondes, « thirty nine steps » vers le podium qui entacheront pour toujours sa carrière comme elles vont enluminer celle d’Andy.

Tout le monde se souvient que Charly Gaul a perdu le Tour d’Italie en 57 pour avoir fait pipi. Mais qui se rappelle encore du vainqueur ? De même ne se souviendra-t-on bientôt plus que Contador a bel et bien attendu les frères Schleck après leur chute en Belgique et qu’il n’a pas disputé le sprint en haut du Tourmalet.

Quoiqu’il en soit, la guerre des images et des réputations est injuste et elle se nourrit plus de sang et de larmes que de bons sentiments. En ce sens, nous aimerions voir en 2011 non plus des petites brouilles suivies d’hypocrites réconciliations, mais des luttes homériques avec de vraies trahisons, des batailles à roues tirées et des combats contre la montre, contre la montagne, contre l’adversaire qui ne doit plus être ni un faire-valoir, ni un partenaire, mais un ennemi. Alors Andy, c’est entendu, l’année prochaine il ne faut plus causer à Alberto, il faut le battre tant qu’il est chaud !

Yvan
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