Évolution économique

Conjoncture et prévisions : le point sur une question d'actualité

d'Lëtzebuerger Land du 07.11.2002

Le Statec a été amplement critiqué pour avoir révisé plusieurs fois de suite et à la baisse les chiffres de croissance du PIB se rapportant à l’année 2001. D’une prévision initiale de 4 pour cent, portée momentanément à 5 pour cent, les premiers comptes nationaux ne font aujourd’hui état que d’une croissance de 1 pour cent, après les 3.5 pour cent annoncés en mai. Examinons six critiques.
Le Statec a été mis au pilori pour une soi-disante erreur statistique («Statistische Fehlleistung»). Il y aurait des erreurs dans les «calculs» des chiffres prévisionnels et des estimations. L’envergure de la révision serait trop importante.
Remarquons de prime abord qu’il ne faut pas confondre prévisions économiques et statistiques plus ou moins définitives des comptes nationaux. Les prévisions sont basées sur des hypothèses et des simulations de modèles, éventuellement sur quel-ques trimestres récents d’observations de données conjoncturelles. Il s’agit de prévoir l’évolution future ou tout au plus celle de l’année en cours. Les comptes nationaux plus ou moins définitifs par contre se basent sur des statistiques observées dont la qualité, la quantité et la couverture s’améliorent au fil du temps et permettent d’affiner progressivement les résultats. Le PIB est l’indicateur synthétique de référence. Commençons par analyser l’incertitude statistique pour parler ensuite de la qualité des prévisions.
L’établissement de comptes nationaux est une opération extrêmement complexe. En effet, il s’agit de concilier un vaste ensemble d’informations statistiques de base ou primaires pour construire l’ensemble des comptes de la nation qui représentent les actions économiques qui ont été effectuées au courant d’un exercice sur le territoire national.
Parmi une multitude de sources, il s’agit de choisir la meilleure pour mesurer des phénomènes tels que l’activité dans une branche ou le comportement d’investissement, par  exemple. Le défi réside dans la conciliation d’informations souvent contradictoires. La difficulté, mais aussi la beauté de l’exercice se traduit par le fait que l’ensemble des flux économiques et financiers recensés doivent être cohérents, compatibles et en équilibre: tout ce qui est produit doit être utilisé sur le territoire ou exporté, tout ce qui est consommé doit provenir d’entreprises résidentes ou doit en revanche être importé. Chaque opération a une contrepartie: le processus de production génère les biens et services consommés ou investis mais aussi les revenus qui servent à acheter lesdits biens et services.
Le PIB représente la somme des «richesses» créées au cours d’une année. Imaginer qu’il serait observé sans erreur est illusoire. Même pour un pays disposant d’un appareil statistique très performant, le PIB d’il y a dix ans, qui est censé ne plus bouger, est affecté d’une marge d'erreur. En fait, toute grandeur statistique est entachée d’une incertitude, d’un écart-type ou d’une variance. Pour certaines séries, il est possible d’établir cet écart-type et d’évaluer donc l’incertitude. En pratique, c’est impossible pour le PIB ou la plupart des autres agrégats des comptes nationaux.
Le seul élément pour évaluer le degré d’incertitude entourant le PIB, ce sont les valeurs successives obtenues au cours du temps pour une année de référence. Les observateurs intéressés à l’actualité économique récente auront remarqué les révisions parfois importantes auxquelles le Statec a procédé ces dernières années à propos de la croissance du PIB. Mais ils avaient une bonne raison de ne pas être inquiets: les indications se situaient toujours dans une fourchette confortablement supérieure à zéro.
Deux particularités de l’économie luxembourgeoise, à savoir le degré d’ouverture et la petite taille, font que les grandeurs statistiques des comptes nationaux sont entachées d’une incertitude ou marge d’erreur plus grande que dans les pays voisins. En effet, le Luxembourg importe une très grande partie des biens et services, tout comme il exporte une très large part de sa production. Ainsi, la somme de toutes les importations de biens et services équivaut à environ 150 pour cent de la valeur du PIB – il en est à peu près de même pour les exportations. Pour les autres pays européens, ces taux sont plutôt compris entre 20 et 70 pour cent.
Imaginons que le comptable national se soit trompé d’un pour cent à la hausse sur les exportations: celles-ci seraient dans une version révisée de 1 pour cent inférieurs à la version précédente. Une marge d’erreur de 1 pour cent peut être admise comme étant très petite. Il se serait de même trompé de 1 pour cent à la baisse sur les importations. Or, du fait de leur très forte pondération dans le PIB, ces chiffres génèrent une erreur cumulée de 2.9 pour cent sur le PIB! Voilà un élément qui aide à expliquer la révision à la baisse de la croissance du PIB entre mai et octobre, comme le Statec l’avait noté dans son communiqué de presse.
Le Statec a été critiqué pour avoir mal évalué la détérioration de la situation économique («Trendwende verpennt») et notamment l’inflexion des tendances conjoncturelles et le fait que le Luxembourg était «en crise».
Constater que le Luxembourg se trouve en crise ou en récession est une chose; dire que le Statec n’aurait pas reconnu le changement de tendance est une affirmation bien différente. Est-ce le rôle de l’institut statistique de lancer des mots aussi chargés que «crise» ou «récession», surtout s’ils se rapportent à un secteur aussi important et aussi sensible que celui des finances? Oui, si les statistiques sous-tendent cette affirmation. Une chose est pourtant sûre: le Statec n’a pas failli à sa mission de relever le fait que l’économie était en train de quitter son sentier de croissance très élevée.
En juillet 2001, le Statec divulguait pour la première fois des chiffres prévisionnels de croissance pour les années 2001-2002. Pour l’année 2000 en revanche, il avançait alors une croissance du PIB en volume de 8.5 pour cent. Ce chiffre s’est avéré plus tard être très proche de la réalité documentée par un +8.9. Après les +8.5 pour 2000, le Statec prévoyait une hausse du PIB de 3.9 en 2001 et de 5.3 en 2002. Il annonçait ainsi clairement un changement de tendance. En effet, pour les années 2001 et 2002, la croissance moyenne ne devait être plus que de quelque 4.5 pour cent, soit inférieure à la fois à la moyenne de long terme (5 pour cent de 1985 à 2001) et nettement plus faible que celle des années fastes (7 pour cent de 1996 à 2000).
Qui plus est, le Statec réduisait nettement ses prévisions pour le secteur financier: il ne voyait augmenter les exportations de commissions financières que de 7 en 2001 et de 10 pour cent en 2002, soit des taux représentant environ la moitié de ceux des années fastes. À ce moment, on misait encore «sur la poursuite du développement du secteur financier». Mais on n’avait pas su ou pu reconnaître ni prévoir à ce moment les graves problèmes, suite à la forte baisse des marchés boursiers à partir de septembre 2001. Aussi se fiait-on aux prévisions des organisations internationales, qui, bien que notant le ralentissement de la conjoncture mondiale, anticipaient une reprise de la croissance en Europe à des taux proches du potentiel de long terme, soit entre 2.5 et 3 pour cent pour les années 2001 et 2002. Quelles options le Statec avait-il, sinon de suivre ces indications?
La Note de conjoncture no. 3-2001 était en voie d’élaboration lors des évènements du 11 septembre. Cueilli à froid, le Statec renvoyait à sa prochaine note. Néanmoins, on évoquait déjà  un «ralentissement brutal et généralisé de l’économie mondiale». Pour le Luxembourg, on décelait «un ralentissement dans la majorité des branches économiques». Mais ralentissement ne signifie pas arrêt de croissance. Comme les chiffres le confirment aujourd’hui, l’économie a bien continué de croître en 2001 à un rythme  élevé, proche de 4 pour cent pour le «hors-finances». L’erreur, c’est d’avoir mal chiffré la situation dans le secteur financier. Néanmoins, on faisait déjà clairement état des baisses de revenus nominaux dans le secteur financier, notamment la chute de 10 pour cent des revenus nets sur commissions.
En janvier 2002, le Statec avançait un nouveau chiffre de croissance pour 2001, à savoir quelque 5 pour cent. C’était un mélange de prévision basée sur des simulations de modèles et d’observations conjoncturelles portant sur  les trois trimestres 2001. Il serait vain de discuter du niveau de croissance avancé alors ou précédemment. Il semble toutefois clair que les conjoncturistes se soient trompés sur deux points, l’un excusable, l’autre un peu moins. C’est peu excusable qu’ils aient revu à la hausse la croissance pour l’année 2001 alors que c’était une année de récession aux USA et de faible croissance en Europe. Mieux aurait valu attendre les premières estimations des comptes nationaux et maintenir le chiffre de 4 pour cent qui s’est avéré ex post très proche de la croissance du non-financier. Ensuite, ils se sont trompés sur l’impact de la baisse des marchés boursiers sur la production et la valeur ajoutée en volume du secteur financier dans les comptes nationaux.
Le comptable national et le conjoncturiste s’intéressent en premier lieu à l’évolution en volume des agrégats des comptes nationaux dont le PIB. Leur évolution traduit la progression de l’activité hors variations de prix. En 2001, on observait donc une baisse des résultats dans le secteur financier d’un point de vue nominal, tenant donc compte de l’évolution des prix. En fait, la baisse était liée pour une grande partie à la chute des prix, en l’occurrence la valeur des titres boursiers qui déterminent en grande partie les commissions perçues par les banques. Or, si on veut connaître l’évolution réelle, il convient de neutraliser l’évolution des prix. Si le chiffre d’affaires ou les résultats baissent parallèlement avec les prix, il y a des raisons d’admettre que l’activité réelle a peut-être stagné ou en tous cas baissé moins que l’activité nominale. Tel était le défi du conjoncturiste fin 2001: établir de quelle façon la baisse des titres sur les bourses aurait affecté l’évolution réelle dans le secteur financier. L’erreur a été engendrée et amplifiée par les fortes fluctuations des cours boursiers et par l’impossibilité de prévoir leur évolution. Les premiers comptes nationaux pour 2001, publiés en mai 2002, nous ont appris que l’activité réelle aurait bel et bien baissé dans le secteur financier dans son ensemble en 2001…
En janvier 2002, les organisations internationales misaient sur une reprise de la conjoncture internationale dès le deuxième semestre. La Commission européenne tablait sur 1.5 pour cent de croissance en Europe en 2002 et sur 3 pour cent en 2003. Le Statec s’était basé sur ces hypothèses pour élaborer ses propres prévisions de printemps en admettant une forte recrudescence de la demande internationale en 2003. Pour le secteur financier, après la quasi-stagnation des exportations de commissions financières en 2001, les conjoncturistes prévoyaient à nouveau une hausse «modérée» (dans une perspective de long terme) de ce poste en 2002 (+6 pour cent) et en 2003 (+10 pour cent). Ceci engendrait une croissance du PIB légèrement inférieure à 3 pour cent en 2002, soit une révision à la baisse par rapport aux dernières prévisions. Pour 2003, on tablait à nouveau sur une croissance du PIB supérieure à 6 pour cent. Ce chiffre aurait été en conformité avec un secteur financier en expansion modérée et une conjoncture mondiale très dynamique. Lorsque les marchés boursiers ont chuté fortement au courant de la deuxième moitié de juillet, il était clair que ces perspectives étaient devenues intenables – mais il était impossible d’improviser de nouvelles prévisions en quelques jours alors que le Gouvernement était en train de finaliser le projet de budget 2003.
Ces exemples chiffrés montrent deux choses: le Statec a bien anticipé le ralentissement conjoncturel dans le secteur financier et dans l’économie dans son ensemble. Le ralentissement de l’emploi et la hausse concomitante du chômage, qu’il avait prévus, le montrent..
Venons-en maintenant à la manière dont nous pouvons ou devons commenter la situation économique. D’aucuns se rappellent peut-être encore la gifle verbale du Premier ministre au Statec, alors que ce dernier avait parlé en 2000 d’un taux de chômage approchant un niveau «incompressible». En fait, le Premier ministre avait ainsi implicitement reproché au Statec d’avoir commenté la politique économique du Gouvernement. De façon plus générale, il avait critiqué l’absence de neutralité de ces commentaires. Est-ce que le Statec est neutre lorsqu’il déclare l’économie en récession alors que la base statistique n’existe pas? A-t-il le droit de poser cette question? Ne suffit-il pas d’exprimer une crainte en économie pour la voir se réaliser? Ensuite, évoquer une crise éventuelle dans un secteur qui est potentiellement sensible aux rumeurs, est-ce opportun alors que les données statistiques solides font défaut? On observe aujourd’hui que les syndicats refusent encore quelque peu d’admettre la gravité de la situation alors que le patronat prétend l’avoir su depuis toujours! Dans tout cela, le Statec doit balancer et peser ses mots, car aussi longtemps que nous ne disposons pas de l’évidence statistique nécessaire, nous ne saurions affirmer  raisonablement que l’économie a été ou est en récession.
On nous invite à améliorer  nos prévisions, en s’interrogeant  sur leur valeur, alors qu’elles sont fortement corrigées… Implicitement, on nous reproche donc de réaliser de «fausses» prévisions.
Quiconque s’intéresse aux prévisions économiques ferait bien de lire l’article «Klar, präzise und fast immer falsch», Die Zeit (24.10.). L’auteur y fait la part des choses en accusant d'un côté les conjoncturistes de faire croire à une précision illusoire des chiffres et de trop bien cacher les «notices d’utilisation»: il s’agit des commentaires éclairés et nuancés et de l’ensemble des hypothèses sur lesquelles on s’est fondé pour faire les prévisions. D’autre part, les hommes politiques et les journalistes auraient tendance à lire dans les chiffres plus qu’ils ne sauraient donner – il serait futile d’y vouloir lire davantage qu’une tendance fondamentale ou un revirement de conjoncture.
L’interprétation des chiffres prévisionnels demande donc une lecture avisée et prudente. Le Statec s’efforce depuis plusieurs années à améliorer les chiffres mêmes. Il mène à cet effet des recherches avec la Cellule de recherche en économie appliquée (CREA) du Centre Universitaire. Les résultats lui ont permis de mettre sur pied et de développer son modèle économétrique modux  qui améliore utilement les prévisions. Mais un modèle économétrique a deux points faibles. D’abord, il n’est pas capable de prédire les cassures structurelles. Il se base sur 15 à 25 années d’observations économiques et projette dans le futur ces mêmes relations de long terme entre les variables. Ensuite, les résultats prévisionnels du modèle dépendent des hypothèses sous-jacentes aux variables exogènes: si le modèle est nourri avec une demande internationale trop forte, il génère des exportations trop élevées, ce qui donne alors trop de croissance du PIB.
Les conjoncturistes du Statec se sont efforcés ces dernières années à établir des prévisions de plus en plus réalistes. Les quelques 6.5 pour cent de croissance du PIB prévus pour 2003 en sont la preuve: en quelque sorte, ces chiffres n’auraient pas manqué de se réaliser si l’environnement international s’était rétabli aussi vite que prévu et si le secteur financier n’avait pas connu des problèmes structurels de plus en plus aigus dus à la baisse des marchés boursiers. Trop de «si», malheureusement, mais tel est le fardeau du prévisionniste.
Une meilleure prévision passe par une meilleure observation conjoncturelle. Alors que l’appareil des statistiques conjoncturelles s’est amélioré ces dernières années par la prise en compte des déclarations de chiffres d’affaires des entreprises de services collectées par l’Administration de l’Enregistrement, on a surtout connu une nette amélioration des comptes nationaux. Paradoxalement, cette amélioration est à la base des critiques adressées au Statec. Jamais les comptes nationaux n’avaient été publiés aussi rapidement  (quatre mois après la fin de l'exercice) et avec une aussi bonne qualité pour l’ensemble des années sous revue. De même, le conjoncturiste peut réagir plus vite à un changement de situation changée. Au courant de 2003, le Statec publiera pour la première fois des comptes nationaux trimestriels qui lui permettront alors de suivre encore de plus près l’évolution conjoncturelle au Luxembourg.
Une partie des critiques notent qu’on aurait pu établir des comptes nationaux exacts dès le printemps 2001, vu que la plupart des secteurs – dont le financier – avaient communiqué leurs résultats.
Il s’agit de la critique peut-être la moins fondée: le Statec aurait déjà dû tout savoir au printemps. Ne parlons plus de la complexité inhérente à la confection de comptes nationaux. Faisons le point des données disponibles au printemps, en nous limitant aux plus grandes branches. L’industrie et la construction sont les branches les mieux couvertes par des enquêtes conjoncturelles. Elles comptent pour un peu moins de 20 pour cent du PIB. Seul problème: les résultats des enquêtes annuelles, disponibles plusieurs trimestres plus tard, ne confirment pas toujours les enquêtes conjoncturelles. Mais au moins dispose-t-on d’une base statistique rapidement disponible.
Le secteur financier est couvert du point de vue statistique à des fins de surveillance prudentielle par la CSSF et la Banque Centrale. Ces chiffres sont mis à disposition du Statec pour l’établissement des comptes nationaux. L’opération de neutralisation des effets prix doit être effectuée pour toutes les branches et tous les produits si l’on veut obtenir une croissance du PIB à prix constants ou en volume. Toutefois, elle est très délicate pour les services et davantage encore pour les services financiers. Ensuite, si les banques sont bien couvertes par des statistiques administratives, tel n’est pas le cas pour les OPC. Leurs résultats n’étaient pas disponibles au printemps dernier et ont dû être estimés. Ce fût une des raisons de la révision des chiffres en automne.
Voilà pour les secteurs les mieux couverts. Certes, les administrations publiques sont connues à travers le Budget et les comptes de l’État, de la Sécurité sociale et des communes. Pour les autres branches de services, il faut se baser sur les indications données par les chiffres d’affaires, l’emploi ou les salaires. Certaines grandes entreprises des services sont traitées spécifiquement. D’autre part, l’on dispose de données sur les exportations et importations de biens et de services. Pour les autres postes de l’optique dépenses du PIB, consommation privée et formation brute de capital fixe, des informations plus fragmentaires sont disponibles à court terme.
Est-ce que le Statec a été trop ambitieux d’avoir voulu établir des comptes nationaux quatre mois après la fin de l’année, connaissant mieux que quiconque la fragilité de la base statistique? Oui, sans doute, si on exige que les comptes soient invariants par la suite, mais cette question ne se pose même pas puisque la réglementation européenne y oblige. Remarquons toutefois que cela a permis d’avertir le public du revirement des tendances conjoncturelles six mois plus tôt que lors des années précédentes! Hélas, on n’aura pas suffisamment averti le même public du caractère provisoire des résultats.
D’aucuns trouvent à redire quant au choix de la date de publication des résultats. On aurait «retenu» des chiffres pour une raison politique ou autre.
Rappelons que les dates de publication des chiffres des Comptes nationaux sont dictées par les échéances auxquelles il faut les faire parvenir à Eurostat, en l’occurrence les 1er mai et 1er octobre de chaque année. Les règlements communautaires acceptent par ailleurs des révisions de chiffres: au printemps 2002, la dernière révision a pu être apportée aux chiffres de 1998. Il faut ainsi 40 mois de recul pour que les chiffres deviennent définitifs pour une année. Cette réglementation vaut pour l’ensemble des Etats membres.
Le Statec assure un service public. En toute indépendance scientifique et en vertu des règlements en vigueur, il est responsable pour l’établissement de statistiques et de comptes nationaux en particulier. Il est en cela obligé par les règles européennes de diffuser l’information statistique de manière simultanée à toutes les personnes et institutions. Aucun privilège, même à l’égard du Gouvernement, n’est permis. Au vu des premières réactions de certains membres du Gouvernement et de M. le Ministre de l’Économie au lendemain de la publication du fameux «+1pour cent» pour 2001, tout un chacun doit se rendre à l’évidence que tel a effectivement été le cas. Ceci montre aussi les désagréments auxquels le Statec expose les responsables politiques de par la stricte observation de cette règle de non-discrimination.
On reproche au Statec une mauvaise politique de communication. Il n’aurait pas souligné suffisamment le caractère provisoire des chiffres du printemps. Par ailleurs, il aurait annoncé les chiffres «avec une nonchalance incroyable».
Nous pouvons partiellement acquiescer à cette critique. Il existe cependant un danger à trop vouloir expliquer les chiffres: on pourrait alors imaginer que nous voulons  relever ou cacher l’un ou l’autre élément. Trop insister sur la robustesse de la croissance des branches autres que financières aurait été potentiellement aussi contreproductif que mettre en avant la situation plus délicate des entreprises financières. Certains aspects méthodologiques peuvent aboutir à avancer que la croissance a plutôt été de 2 au lieu de 1 pour cent en 2001. Si on s’était réfugié dans une telle argumentation méthodologique, est-ce que le tollé aurait alors été aussi fort ou est-ce qu’on aurait accusé le Statec de vouloir obnubiler l’opinion publique quant à la situation de l’économie?
Le Statec est obligé de produire des chiffres et surtout des chiffres! Le commentaire de l’actualité économique ne peut qu’être une tentative de synthèse, de mise en relation de faits chiffrés et d’observations économiques. Pour que chacun puisse faire son analyse et son interprétation, l’ensemble de la documentation et des chiffres est mis à disposition de manière simultanée via Internet (www.statec.lu).

L'auteur est conseiller économique au Statec. Les vues exprimées dans cet article sont les siennes et n'engagent pas nécessairement le Statec.

 

Ferdy Adam
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