Die gesammelten verloren geglaubten Werke von Samuel Beckett

Samuel dans tous ses états

d'Lëtzebuerger Land vom 26.10.2006

Samuel B. Beckett, Serge O. Tonnar et Mike Tock réunis sur une scène de théâtre luxembourgeoise, ça ne promet rien de bon… se sont certainement dits les centaines de férus de théâtre luxembourgeois absents lors de la deuxième représentation de la pièce Die gesammelten verloren geglaubten Werke von Samuel Beckett dimanche soir à l’Abbaye de Neumünster. S'ils avaient tort? Probablement, oui. La pièce en soi déjà promettait pour tout fan et antifan de Beckett plein de bonnes choses. Au lieu des pièces tardives chiantissimes de l'auteur franco-irlandais qu'on nous a servies tout au long de la célébration de son 100e anniversaire, on allait se foutre un peu de l'existentialiste refoulé. Prendre son formalisme, son minimalisme, ses sujets fétiches les secouer dans tous les sens. Amuser la galerie, oui certainement, mais en même temps donner envie de Beckett. Sauf que, n'est pas Beckett qui veut. Le pitch de Die gesammelten verloren geglaubten Werke von Samuel Beckett (qui, pour des raisons de simplification et de traduction évidentes ne sera appelée ci-après plus que «la pièce»)? Les trois acteurs, notre Mike Tock national donc, mais aussi et surtout l'Autrichien Remi Brandner et le germano-italien Valter Rado ont trouvé une enveloppe dans une poubelle à Paris. L'enveloppe, à moitié brûlée, portait la mention: «Achtung! Darf niemals aufgeführt werden. Nur über meine Leiche! Nie! Niemals! Noch aus dem Grabe heraus mach ich Euch fertig»; et contenait des textes présumablement écrits par Beckett. De sa première pièce Das ach so glückliche Häschen besucht die ach so traurige Eule rédigée à l'âge de sept ans jusqu'à celle – posthume – de 1992 Fuss fällt flach, les trois acteurs ont récupéré sept inédits de Beckett et tentent maintenant de les jouer dans la salle Robert Krieps. Les avocats de Beckett ainsi que l'auteur lui-même interrompent néanmoins sans cesse le spectacle via courriers et faxs afin d'obtenir de la troupe qu'ils arrêtent leur production. La lecture de ces missives, ainsi que les intermezzi musicaux du trio de musique live sur scène, Serge Tonnar, Marc Demuth et Max Thommes (la vraie bonne idée de la mise en scène) rythment le spectacle et permettent de faire le lien entre les différents sketches, c'est de cela qu'il s'agit au final: d'une juxtaposition de gags, plus ou moins drôles, plutôt répétitifs présentant des liens plus ou moins étroits avec Beckett. Le hit de la soirée? Probablement If. Valter Rado, une longue robe bleue passée sur son costume, perruque grise sur la tête s'installe dans un rocking-chair et écoute le titre If du groupe soft-rock seventies Bread. Il bascule de plus en plus fermement aux sons du très insupportable «If a picture paints a thousand words». Déjà le premier passage est une torture, mais Rado ne s'arrête pas là. À la fin de la chanson son «Nochmal» résonne comme la pire des punitions dans toute oreille censée, mais il nous la refait deux fois, trois fois, quatre fois, enfin j'ai arrêté de compter... Le pire moment? Il y a en eu plusieurs. La pièce ayant surtout le défaut de ne pas savoir s'arrêter quand c'est drôle. Mais le sketch entre le lapin et la chouette atteint des sommets de bêtise. Rado et Brandner ont chacun enfilé un costume de bête, Tock fait le décor et le texte, peu mémorable. Beckettien? Hmmmm. La bonne surprise? Mike T. justement. Sa première intervention en solo – dans le noir – s'annonce décevante, sa voix d'animateur radio pourtant sexe, n'accroche pas au texte, l'accent luxembourgeois prend le dessus et on se dit Tock va encore faire son Tock. Mais finalement, par un coup de baguette magique musicale – Serge Tonnar qui accompagne son ex-batteur sur la guitare – et par un effet de lumière plutôt réussi, l'ex Zap Zoo fait son Mini Play Back Show en premier de la classe avec ses deux acolytes acteurs en Blues Brothers, c'est plutôt étonnant et réussi. Il a donc d'autres cordes dans son répertoire que ceux qu'il balade habituellement. Donc oui, la pièce est fraîche et divertissante, même si, loin d'être éblouissante et mérite bien mieux que la mini-délégation d'aficionados qui s'est déplacée jusqu'à présent.

Die gesammelten verloren geglaubten Werke von Samuel Beckett… de Greg Allen, Ben Schneider et Danny Thompson; mise en scène: Johannnes C. Hoflehner; avec : Remi Brandner, Valter Rado et Mike Tock ; musique: Serge Tonnar, Marc Demuth et Max Thommes, sera encore joué deux fois au Luxembourg, à savoir ce soir 27 et demain 28 octobre à 20 heures à la Salle Robert Krieps de l'Abbaye de Neumünster. Réservations : www.luxembourgticket.lu ou par téléphone : 47 08 95 1 ; tickets : 17 euros. Pour plus d'informations : www.maskenada.lu.

 

Sam Tanson
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