Smartphones

iPhone ou santé, il faut choisir

d'Lëtzebuerger Land vom 10.03.2017

Défendant la réforme du système d’assurance-santé étatsunien dévoilée cette semaine par les Républicains, le représentant de l’Utah Jason Chaffetz a suggéré que les Américains pour lesquels cette réforme se traduirait par une augmentation de leurs cotisations n’auraient qu’à se priver du nouveau modèle d’iPhone. « Les Américains ont le choix et ils doivent choisir. Et donc, peut-être qu’au lieu d’acheter ce nouvel iPhone qu’ils aiment tant et pour lequel ils veulent dépenser des centaines de dollars, ils devraient investir dans leurs propres soins de santé », a-t-il lancé sur CNN.
L’intention de l’élu conservateur, connu pour ses sorties incendiaires, était sans doute de faire de l’iPhone le symbole de l’accessoire luxueux et superflu. Mal lui en a pris. Sa remarque, qui n’est pas sans rappeler la bourde du candidat à la primaire du parti Les Républicains Jean-François Copé sur le prix du pain au chocolat, en octobre dernier, a été perçue comme révélant le niveau de sa déconnexion des réalités auxquelles sont confrontées les citoyens. Certains commentateurs l’ont affublé du surnom Antoinette (« qu’ils mangent de la brioche »).
« Un jour et demi à l’hôpital pour un problème cardiaque coûte 13 700 dollars. Mon Android état gratuit avec un plan à 45 dollars. En quoi est-ce que cela va payer ma facture ? », s’est exclamé « Unloveable Me » sur Twitter. « Un iphone 7 coûte 27 dollars par mois sur 24 mois. Un plan de santé basique vaut 200 dollars par mois. Si je n’achète pas l’iPhone, je ne peux toujours pas m’acheter une assurance santé. Ce gars est déconnecté de la réalité », a commenté Ginny McLeaod sur le site de la chaîne ABC.
Face aux réactions négatives, dont une bonne partie émanaient de son propre camp, Chaffetz a tenté de faire marche arrière sur Fox News. Mais au-delà de l’insensibilité flagrante dont il a fait preuve à l’égard des Américains les plus défavorisés, l’élu aura aussi réussi à proférer une ineptie monumentale quant au rôle que jouent désormais les téléphones portables, toutes marques confondues, dans la vie quotidienne des citoyens, y compris dans le domaine de la santé.
Sur Wired, la journaliste Emily Dreyfuss s’est attachée à démontrer à quel point il s’était fourvoyé. « Le smartphone est devenu l’oxygène de la vie et de l’ascension sociales. Les gens de toutes les couches sociales les utilisent pour rester en contact. En outre, les smartphones sont devenus le moteur de la gig economy, qui emploie un travailleur américain sur trois aujourd’hui », a-t-elle fait valoir. Pour beaucoup d’Américains pauvres n’ayant ni ordinateur ni haut-débit chez eux, le smartphone est souvent le seul moyen d’accéder à Internet, avec par exemple un Android à moins de cent dollars et en se connectant via les hotspots WiFi. Les iPhones plus anciens, éventuellement reconditionnés, ne sont pas nécessairement beaucoup plus chers. Des coûts à mettre en regard du prix d’un plan de santé moyen de 9 990 dollars par personne et par an en 2015, selon un centre de recherche gouvernemental cité par Wired.
Que les téléphones portables peuvent sauver des vies en situation d’urgence est une évidence. Mais l’apport de ces « gadgets » à la santé peut aller plus loin. Emily Dreyfuss cite l’exemple d’un programme mené en 2014 par la Commission fédérale des communications et l’Université de Mississippi consistant à équiper 85 patients souffrant de diabète chronique d’un appareil mobile surveillant leur niveau de sucre. En six mois, ce programme a permis aux participants de se rendre moins souvent à l’hôpital et de mieux contrôler leur maladie, avec à la clé une économie de près de 340 000 dollars en consultations d’urgence pour l’hôpital. « Loin d’être un luxe, un smartphone peut rendre les soins de santé plus abordables pour tout le monde », conclut-elle.

Jean Lasar
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