Cinéma

Femme au foyer vs femme fatale

d'Lëtzebuerger Land du 05.10.2018

Paul Feig s’aventure sur des nouveaux chemins. Le spécialiste des grosses machines comiques comme The Heat (2013), Spy (2015) ou encore Ghostbusters: answer the call (2016), abandonne son actrice fétiche Melissa McCarthy et se lance dans le genre du thriller. A simple favor se veut un polar à tiroirs, doté d’une french touch : des robes vintage pour caractériser son héroïne, l’apparente femme au foyer modèle et vloggeuse de recettes, Stephanie Smothers (Anna Kendrick), mais aussi des chansons de Gainsbourg, Bardot et Dutronc pour caractériser le côté rebelle de sa nouvelle amie, la millionnaire excentrique Emily Nelson (Blake Lively) et une intrigue légèrement inspirée des Diaboliques réalisé par Henri-Georges Clouzot en 1954.

À part d’avoir leurs enfants dans la même classe, rien ne semble unir ces deux femmes. Leur amitié soudaine se base sur l’envie d’Emily de faire garder son fils et celle de Stephanie de partager l’attitude rockstar de sa nouvelle copine le temps d’une visite. Les nombreux martinis qu’elles écoulent dans l’après-midi diluent les langues et conduisent à un échange de confidences, donnant soudainement une nouvelle dimension à leur relation. Mais le jardin secret n’est pas de longue durée. Après avoir à nouveau demandé à Stephanie de faire la baby-sitter, Emily disparaît sans laisser de traces. Pendant ce temps, Stephanie, jeune veuve, continue à s’occuper des enfants, mais se découvre aussi une attirance pour Sean, le petit ami d’Emily. Tout en enquêtant sur la disparition de son amie, elle prend doucement la place de celle-ci, jusqu’à ce qu’un événement remette tout en question.

Les pointes comiques mènent bien en dérision l’emballage bonbon de son thriller et nous disent quelque chose sur les fausses apparences et la perception des femmes. Pourtant Paul Feig ne peut s’empêcher de dessiner trop souvent sa farce à gros traits. Une séquence symptomatique est celle où Stephanie découvre le dressing de son amie disparue et décide d’essayer des habits. Lorsqu’un policier sonne à la porte pour lui parler, elle n’arrive pas à rouvrir la fermeture et doit accueillir l’enquêteur dans un robe trop petite pour elle. Ne faisant pas confiance à l’expressivité et au symbolisme de la situation, le réalisateur laisse partir son excellente actrice principale Anna Kendrick dans un long numéro de slapstick pour bien faire comprendre au dernier spectateur que la situation pénible et la fait paraître suspecte.

La construction narrative avec des flash-backs qui viennent contredire les mensonges des personnages est amusante et rappelle la série Arrested development pour laquelle Paul Feig a également réalisé quelques épisodes. L’idée de transformer le vlog sur les recettes progressivement dans un vlog sur l’enquête de Stephanie fonctionne bien et aurait même mérité d’être développée davantage. Si le but n’était clairement pas de réaliser un film dans la veine sombre d’un Gone girl (David Fincher, 2014), une pointe de subtilité aurait certainement pu mener ce film plus loin, tout en lui préservant son second degré comique. Malgré cette hésitation à pousser ses propres qualités plus loin, A simple favor reste un mélange divertissant entre thriller et comédie noire, dont le jeu avec les clichés sociaux vaut le détour. Fränk Grotz

Fränk Grotz
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