Schwamm driwwer

La coiffure de Lydie Polfer, le retour

d'Lëtzebuerger Land du 17.11.2005

Ils ont gardé raison. Dans leur dernier programme, il y a presque deux ans, les Cabarenert avaient prévu – ou rêvé ? – le naufrage du DP aux élections législatives de juin 2004. Dans leur programme de cette année, Schwamm driwwer, il recensent les dégâts : un survivant avait réussi à s’accrocher à l’épave du vaisseau de guerre que le gouvernement CSV-DP a acheté – la faute colossale de n’en avoir acheté qu’une moitié ne se révéla qu’à ce moment-là aux libéraux... Seul Henri Grethen a survécu, relax, ce naufrage en haute mer en nageant... sur le dos. Hilarité dans la salle. Heureusement, le DP n'est pas rancunier: il va payer deux représentations du programme de cabaret à ses membres. Ils verront alors aussi une délicieuse scène de Lydie Polfer voulant se faire faire une nouvelle tête après la débâcle qu'elle a connue aux élections communales de cet automne. La coiffeuse, une frontalière allemande blondasse à souhait (Marianne Pettinger, toujours aussi excellente), s'interroge sur les raisons de cet échec: et si, au XXIe siècle, les gens préféraient les boucles? Au fond de la scène, un personnage de dos avec un seau sur sa perruque bouclée fait figure de spectre qui hante les nuits de l'ancienne ministre. Si dans les deux derniers programmes, les auteurs du Cabarenert, Roland Gelhausen et Jay Schiltz, cherchaient un peu leur voie, ce phénomène se ressent tout aussi fortement durant la première moitié de ce spectacle 2005-2006. On ne sait pas exactement où ils veulent en venir, quelle est leur position politique. Et pour cause: tous les ministres CSV y sont déjà passés, et peu de choses ont bougé depuis que la troupe existe. Le Premier ministre, Jean-Claude Juncker, domine toujours autant, même s'il n'est pas directement présent sur scène. «A mir behaalen de Juncker!» – et nous, on doit garder Juncker! soupirent-ils dans le sketch sur le référendum sur la constitution européenne. Alors, si le CSV est ennuyeux à mourir pour un auteur de cabaret, que les Verts ne sont pas encore assez connus, l'ADR ni fréquentable ni rigolo et que les libéraux en prennent déjà bien assez pour leur grade, reste le LSAP. Or, Cabarenert est réputé être une troupe de gauche – au moins un peu plus à gauche que la Lëtzebuerger Revue, même si cette distinction ne leur réussit pas toujours, que, comme la Revue, ils glissent par moments vers le banal, le grossier ou le vulgaire, que des sketchs sur les fonctionnaires paresseux, on en a vus plus qu'assez –, il leur reste néanmoins un grand dilemme à résoudre: comment attaquer élégamment et gentiment les socialistes, si fraîchement arrivés au pouvoir? La réponse se trouve dans la deuxième moitié du spectacle: le sketch Mäi léiwe Jang géi net a China vaut à lui seul le détour. Jay Schiltz (auteur) et Roland Gelhausen (acteur) y dépeignent le ministre des Affaires étrangères comme le gars sympa de Steinfort toujours un peu dépassé par les événements qui lui arrivent, et qui, tout en inaugurant le grand magasin Ikea à Grasse, téléphone dans un anglais approximatif avec «Condy» («yes, yes, God bless you!») et il est à se plier de rire. «Ce n'est pas parce que nous sommes plus petits que les États-Unis que nous sommes forcément moins bêtes!» Ces imitations sont ce qui sauve le programme Schwamm driwwer. Car, si certains des 17 sketchs sont trop accusateurs au premier degré, trop «pédagogiques» (comme la chanson sur les inondations en Amérique), parfois même au bord de l'ennui, les quatre acteurs et actrices Roland Gelhausen, Pascal Granicz, Monique Melsen et Marianne Pettinger se surpassent dans les imitations et les parodies de politiciens et personnages publics existants. Les observations sont pertinentes, le ton juste et les gestes directement identifiables. Monique Melsen commence à devenir familière en grande-duchesse insatiable, qui veut toujours plus de glamour, plus de proximité avec son peuple, plus de pouvoir. Pascal Granicz ne se retient pas dans son imitation de l'avocat Gaston Vogel, et est super en tant que ministre nain de jardin de la culture, en duo avec sa collègue ingénue de la Moselle, si fière d'être enfin au pouvoir, et qui sont tous les deux rattrapés par la sorcière blonde venant de Strasbourg sur son balai. Même Tom Graas, le présentateur de RTL Télé Lëtzebuerg, est directement identifiable à sa seule intonation. Les imitations ont aussi fait le succès à long terme des Guignols de l'info sur Canal ++. Et comme la bêtise humaine ne tarit jamais, les Cabarener ont donc eux aussi encore de beaux jours devant eux.

Schwamm driwwer, le programme 2005-2006 de la troupe Cabarenert, avec des textes de Roland Gelhausen et Jay Schiltz et dans la mise en scène de Conny Scheel, avec Monique Melsen, Marianne Pettinger, Roland Gelhausen a Pascal Granicz, sera encore joué jusqu'à la mi-décembre au Sang a Klang au Pfaffenthal; réservations par téléphone au : 061 199128. Comme ces représentations se jouent toutes à guichets fermés, mieux vaut essayer de les voir en tournée à travers le pays, les dates et lieux sont annoncés sur www.cabarenert.lu

 

 

josée hansen
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