Schmitt, Anne : Je reviens de la plage

Errances

d'Lëtzebuerger Land du 11.10.2013
Je reviens de la plage est un livre qui fait visuellement envie. De par son titre, son format – petit, mince, maniable – et ses couleurs gaies – la couverture extérieure est bleu-vert, la couverture intérieure bleu nuit et ici et là, telles des marque-pages, des reproductions de peintures de Moritz Ney, très colorées à la manière des Fauves. L’auteure, Anne Schmitt, n’en est d’ailleurs pas à sa première collaboration avec Moritz Ney ; il y eut Shampooings et chagrins (1996) et Rêves vus et corps érigés (2011). Je reviens de la plage est donc plein de promesses. Dont celle de prolonger les vacances, celle de laisser ses Prozac de côté, celle de continuer à s’adonner à la lecture malgré la rentrée qui a sonné, celle de repousser les premiers frimas, etc. À l’intérieur, cinq nouvelles. De longueur disparate. La plus brève tient sur une page tandis que la plus longue s’étend sur 65. La première s’intitule Katerkarlo. Il y est question d’un chat, vous l’aurez compris, ou plutôt du chat, du compagnon, le seul et l’unique. Comme Colette, Anne Schmitt pense certainement qu’« à fréquenter le chat, on ne risque que de s’enrichir ». Sauf que ce « risque » ne s’applique malheureusement pas au lecteur. Le récit dérange et ennuie. À la fois trop intime et fait de riens, l’on en reste loin, observateur. Tout comme à la lecture de Surf. L’impression laissée par Le parc des dryades n’est pas meilleure ; l’imagination, empêtrée dans des lourdeurs de style, ne parvient pas à se mettre en route, ni à visualiser, ni à pénétrer, planer, déborder. Idem pour Marie-Louise est fâchée dont le sujet, les tribulations d’une « assistante de navigation personnelle », est pourtant truculent. Une question nous taraude. Ce livre, auto-édité, aurait-il été écrit pour l’auteure elle-même ? Et puis, ouf, arrive Les murmures du diable bleu. Réconfortante, jubilatoire même, quoique drue et labyrinthique. À mi-chemin entre une histoire d’amour sadomasochiste à la Je t’aime… moi non plus et un périple en Asie, elle réunit une verve et une imagerie incontestablement riches et « frappadingues » à la Albert Cohen ou Boris Vian. Irrésumable, elle se lit et se relit, et s’entend chaque fois différemment. Le petit bijou au milieu de verreries de pacotille. Une question restera néanmoins sans réponse, celle du choix du titre du recueil.
Anne Schmitt : Je reviens de la plage ; avec des illustrations de Moritz Ney ; Luxembourg, 2013 ; ISBN 978-99959-0-032-8.
Lore Bacon
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