Heute abend: Lola Blau

"Ich wär so gern ein Sex-Appeal"

d'Lëtzebuerger Land vom 21.09.2000

Connaissez-vous Sascha Ley, Claude Mangen et Tony Schuster ? La formidable équipe de Lola Blau, direz-vous. Et qu'en est-il du formidable café-théâtre-concert L'Inouï à Redange ? Un peu moins connu peut-être, encore. Il n'en reste pas moins que ce lieu culturel, situé dans une région jusque-là un peu sous-développée à cet égard, s'est déjà forgé une solide réputation. Aménagé dans un espace qui n'est pas sans évoquer l'ancien café qui y était abrité il y a quelques décennies de cela, L'Inouï est l'endroit rêvé pour tout ce qui relève de formes dites mineures du théâtre : improvisation, cabaret etc.

C'est ainsi que l'équipe autour de Sacha Ley - cette fois, Claude Mangen n'a pas assuré la mise en scène, mais le rôle de l'acteur-chanteur lui-même - a eu la bonne idée d'aller jouer son programme Dumme, dumme Liebe, pas si nouveau que cela, à Redange. Attablés, concentrés et un petit peu conquis d'avance par la distribution prestigieuse, nous avons pu constater que... l'amour n'est pas un. Femmes et hommes, femmes et femmes, hommes et hommes, toutes les variations sont présentées par ces trois-là. Et en l'occurrence, cela se reflète en quelque sorte aussi au niveau du jeu théâtral : Sascha Ley et Claude Mangen jouent tout autant le sexe opposé que le leur propre.

L'amour, ça peut même être l'amour d'un manteau poussé à son paroxysme - de façon qu'une soirée passée dans un restaurant peut devenir un véritable cauchemar. Sortant apparemment de la logique de ce programme, le numéro Der Überzieher ne fait pourtant qu'élargir la dimension du titre choisi Die dumme, dumme Liebe. L'amour du matérialisme, l'amour de futilités en quelque sorte, on aurait vraiment aimé voir davantage de numéros de ce calibre-là. Un tel élargissement aurait en effet pu amoindrir l'effet de l'impression « Trop, c'est trop », vu qu'à notre sens, il y avait un peu trop de variations infimes autour de la seule frivolité en amour.

Mais, et c'est un grand mais, il y avait les acteurs-chanteurs. Sascha Ley, en tout premier lieu. Mesurons-nous donc seulement, centimètre par centimètre, notre chance qu'on ne se l'arrache pas encore sur les grandes scènes à l'étranger ? Oui, « sie ist a herrliches Weib », tous les désavantages cités par Georg Kreisler en moins. Difficile donc d'évoluer aux côtés de notre Ute Lemper à nous. Mais même si Claude Mangen ne chante pas à proprement « parler », il est touchant ou alors dégoûtant à l'envi. Le jeu au piano de Tony Schuster est efficace et discret comme toujours, avec, en plus, son sourire qui en a vu d'autres. De façon à ce que, vraiment, on est en face d'une équipe soudée qui s'amuse à ce cabaret frivole et mondain sans prétention. 

Sans grande prétention peut-être, mais pas sans surprises. Outre le numéro déjà cité, on pense ainsi à la  transition fort réussie entre les numéros huit et neuf. La cruauté du Surabaya Johnny y était précédée par la femme de Fais-moi mal, Johnny de Vian, qui elle ne faisait qu'en redemander, de la cruauté virile... mais seulement jusqu'à un certain point. Et quand juste avant le pause, le numéro Stroganoff donnait une explication hilaro-frivole du filet du même nom, on était par là même, pourquoi pas, comme invités à prendre un petit quelque chose, préparé par les soins de la maison. « Liebe geht durch den Magen », non ?

 

Tessy Leyers
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