Anne Schroeder

Un regard nouveau

d'Lëtzebuerger Land vom 02.12.1999

C'est une rigolote, Anne Schroeder. Une grande curieuse. Pour cette touche-à-tout enthousiaste, tout se passe comme si la vie était faite de défis qu'il faut bien relever pour avancer. Curieuse comme Hänsel [&] Grethel qui suivaient le chemin dans la forêt, Anne Schroeder suit avec une certaine nonchalance ces défis. Le premier fut l'examen d'entrée à l'Insas, l'Institut national supérieur des arts du spectacle et techniques de diffusion à Bruxelles, qu'elle raconte comme une histoire drôle. Qu'elle voulait d'abord devenir journaliste (ce qu'elle fera d'ailleurs durant une année, en 1995, dans la rédaction culturelle du tageblatt), mais que cet été-là, elle venait d'emménager avec une copine juste en face de l'Insas, et les gens lui disaient qu'il était quasiment impossible d'y entrer tellement la sélection était dure. « Comme je ne savais pas quoi faire cet été-là, je me suis dit qu'il fallait que je l'essaie, ce fameux examen ! ». Elle a été retenue avec 34 autres étudiants parmi quelque 1 300 candidats. Lorsqu'elle sort de l'école, à 23 ans seulement, avec son diplôme de monteuse en poche, elle ne perd pas de temps. « Pia Dumont est moi étions alors les deux seules monteuses diplômées, dès le début nous avons eu beaucoup de travail. » Un an plus tard, elle fonde sa propre société de production, CinéquaSi, pour savoir comment ça marche, la production, mais aussi pour avoir plus de poids, si jamais elle réalisait ses propres films. 

Ce qui, d'ailleurs, n'allait pas tarder. En 1996, CinéquaSi produit High Flying de Tom Alesch, une année plus tard le deuxième film réalisé par Anne Schroeder, Carreaux de mine, un documentaire sur la fermeture des mines de fer. Son premier, un documentaire sur les services de la gendarmerie intitulé Wirion [&] Kompanie, était une commande du CNA. Mardi prochain, CinéquaSi présentera sa troisième et dernière production, en collaboration avec le CNA : Philippe Schneider, de Mann mat der Kamera de Tom Alesch, un documentaire sur un des premiers boulimiques de l'image au Luxembourg.

Comme si l'appétit venait en mangeant, comme si tout allait de fil en aiguille, comme si tout se répondait, les films promotionnels de Philippe Schneider étaient montrés, cet été, dans la grande exposition consacrée aux années 1950 au Musée d'histoire de la Ville de Luxembourg. Exposition pour laquelle Anne Schroeder avait monté quinze courts-métrages d'images d'archives sur différents aspects de la vie au Luxembourg à cette époque-là. 

Avant cela, en 1998, elle avait monté Vues sur mer, deux courts-métrages sur les vacances des Luxembourgeois à la mer, avec des images d'amateurs, une commande du ministère des Affaires étrangères pour le stand luxembourgeois à l'exposition mondiale de Lisbonne. « Lorsque je commençais ma recherche pour ces films, j'ai cherché dans l'ordinateur du CNA avec des termes pouvant correspondre à mon sujet, il m'a donné 13 000 références ! » Suite à l'appel lancé par le CNA aux cinéastes-amateurs de mettre leurs films privés à disposition des archives nationales de l'image, le CNA a collecté 5 000 heures de films. 

Depuis ses diverses recherches, Anne Schroeder a visionné des heures et des heures d'images amateurs, qui, en plus, ne sont pas vraiment bien tournées, pas bien cadrées, pas bien éclairées, qui sautillent et deviennent floues. Mais elle en est visiblement fascinée, tous les détails l'intéressent. « Il n'y a pas d'historiographie luxembourgeoise de la vie privée des gens », regrette-t-elle, que tout ce qu'elle a trouvé, ce sont les textes très officiels d'historiens comme Gilbert Trausch. 

C'est la passion du collectionneur qui l'a naturellement menée vers son nouveau projet : Histoires de jeunesses, qui parlera de la vie des jeunes durant les différentes décennies de ce siècle, se basant sur ces même films amateurs, en faisant intervenir des témoins d'époque. En ce moment, elle continue à visionner les images à Dudelange et a entamé la phase des repérages de témoins et de tournage des premiers entretiens (production du film : samsa / Claude Waringo, CNA et CinéquaSi ; plus d'informations sur www.samsa.lu/jeunesses). 

Il semble donc naturel qu'en tant que monteuse, elle aime le défi des documentaires, parce qu'elle y a une plus grande liberté créative. « J'ai toujours trouvé le montage d'un documentaire plus intéressant, parce qu'il se définit majoritairement au montage. Un film de fiction se monte selon le scénario prédéfini. Mais pour le montage d'un documentaire, je peux m'investir plus, collaborer avec le réalisateur. »

 

josée hansen
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