Cinéma

L’avare

d'Lëtzebuerger Land du 05.01.2018

À son époque, il fut l’homme le plus riche au monde. John Paul Getty avait spéculé sur des terrains en Arabie Saoudite, qui finirent par lui fournir du pétrole en surabondance. Par ailleurs, il fut le premier à importer ces énormes quantités à l’aide de gigantesques pétroliers. En 1973, le milliardaire se rend pourtant tristement célèbre en refusant pendant plusieurs semaines de payer une rançon pour son petit-fils John Paul Getty III, enlevé à Rome par des membres de la Ndrangheta. Estimant qu’il s’agit d’une ruse montée par le jeune homme lui-même visant à le dépouiller, c’est finalement une oreille coupée de John Paul Getty III, envoyée par courrier, qui convaincra le patriarche à payer pour sa libération. Seul bémol : pour que le montant reste déductible des impôts, il ne veut pas débourser plus que 800 000 dollars sur les quatre millions demandés, et ceci sous forme d’un prêt à son fils, que celui-ci devra lui rembourser avec intérêts.

Dans All the money in the world, le réalisateur Ridley Scott revient sous forme de thriller sur les circonstances dramatiques autour de cet enlèvement. En amont de la sortie du film, ce fut pourtant le remplacement de Kevin Spacey dans le rôle de John Paul Getty qui suscita l’intérêt médiatique. Après les accusations de harcèlement sexuel à l’encontre de l’acteur, la production et le réalisateur ont décidé de le supprimer du montage final et de tourner à nouveau toutes ces séquences avec un autre comédien, Christopher Plummer. Malgré ses conséquences techniques et logistiques complexes, cette décision, prise début novembre, fut mise en œuvre dans une temps record, au point que la date initiale de sortie du film en décembre a pu être maintenue.

Les remaniements n’ont pas laissé de traces visibles dans la version finale. Les images du chef opérateur Dariusz Wolski sont de l’excellente qualité habituelle et le film fait preuve de la routine d’un grand réalisateur. Pourtant, c’est cette même routine qui semble empêcher Ridley Scott d’explorer les limites du genre, de chercher dans les profondeurs du sujet, voire d’établir un rapprochement avec l’actualité. Après une première demi-heure posant le large contexte de l’intrigue en mode rapide, les personnages n’évoluent plus de manière significative. On aura compris relativement vite que l’avarice de John Paul Getty est pathologique et sans limites.

Mark Wahlberg, dans le rôle de Fletcher Chase, le chef de sécurité de Getty senior, enquêtant pour le compte de la famille, ne dépasse pas son jeu habituel de dur à cuire et contraste fortement avec une Michelle Williams dont l’amplitude émotive dans le jeu est tellement plus large. Christopher Plummer est, lui, sans faille dans la peau du milliardaire imperturbable dont le manque d’empathie fait froid dans le dos. Dans la peau du ravisseur Cinquanta, Romain Duris fait ce qu’on attend de lui dans son premier rôle hollywoodien, mais semble un peu trop confiné dans les mécaniques de son personnage. Pour ceux qui s’attendait à un film plus original et complexe sur ce sujet, la série Trust avec le réalisateur Dany Boyle et le scénariste Simon Beaufoy aux manettes sera peut-être un réconfort l’année prochaine. John Paul Getty y sera interprété par Donald Sutherland.

Fränk Grotz
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