Fixfeier

Appelons donc dieu sur son portable

d'Lëtzebuerger Land du 22.11.2001

Cette voix. Elle me dit quelque chose, cette voix féminine. Il y en a une plus rauque, l'autre plus claire. . . Ah oui !, c'est tous les matins, avant les infos, quelques publicités radiophoniques dans la joie et la bonne humeur. Et ce visage, cette imitation du Premier ministre éternellement de mauvaise humeur et mégalomane, on a soudain l'impression de l'avoir vue souvent. Zut,  oui ! il s'agit de la publicité pour le magazine Revue à la télé. 

Ah, et ces deux visages de femmes, puis cet autre gars, il nous paraissent si familiers sur scène... parce qu'ils firent partie des premières émissions de Kueb TV, la nouvelle chaîne ringarde par câble. Décidément, on ne peut plus regarder les sketches de la troupe des Cabarenert comme avant. Une surcommercialisation, due notamment à l'énorme succès du programme de l'année dernière Endstatioun Geenzucht leur a coûté une part de spontanéité. 

Or, de ces promiscuités, autant en rire. Jay Schiltz a écrit un nouveau sketch sur la mégalomanie du Premier ministre (interprété à nouveau par Roland Gelhausen) et les jeux télévisés ; Marianne Pettinger y incarne une animatrice un peu bêta... de Kueb TV. Autant d'autodérision épate et fait au moins autant rire que son interprétation fabuleuse. Quelques dizaines de minutes plus tôt, Marianne Pettinger avait déjà joué avec un égal brio une péripatéticienne de la rue d'Alsace intrépide, mâchant son chewing gum avec délice et vantant ses services par son t-shirt (« je sus », sic !). Déplacées de leur tapin habituel, les filles y côtoient les témoins de Jéhovah, dont Pascal Granicz constitue ce soir-là un exemplaire magnifique de naïveté, arborant fièrement son magazine Wachturm. Roland Gelhausen s'est donné à coeur joie à écrire ce sketch plein de quiproquos - extrait : le témoin de J. : « mais madame, je ne suis ici que pour apporter un peu de soulagement aux hommes », elle : « mais moi aussi ! ». Par sa qualité propre, mais aussi par son emplacement stratégique entre deux chansons (Houereblues I et II), ce sketch constitue un des meilleurs passages de ce programme par ailleurs bien trop long (trois heures !).

D'autant plus que quelques sketchs sont complètement superflus car ils n'ont rien de satirique. Josy Braun notamment laisse la pauvre Monique Melsen chanter une chanson pour Sanja Ivekovic qui est tout simplement pathétique et accuse ailleurs des injustices bien trop primairement (D'Eier vum Déier), glissant dans un ton moralisateur bien chiant.

Restent bien sûr les parodies et les imitations de personnages de la vie publique, notamment les hommes et les femmes politiques, qui constituent la grande spécialité des acteurs. Monique Melsen et Pascal Granicz y excellent, ayant visiblement observé de près Anne Brasseur, Vic Reuter, Marc Thoma, Lydie Polfer, le couple grand-ducal et, bien sûr, Carlo Wagener pour les ridiculiser comme il faut. 

Que quelques ficelles soient trop grosses, que le style et la langue ne fassent pas toujours dans la dentelle, c'est la loi du genre. Or, plus politique encore que l'année dernière, plus féroce aussi, le programme Cabarenert 2001 est néanmoins pacifiste, féministe et courageux, met en garde contre tous les obscurantismes et appelle les spectateurs à toujours garder leurs réflexes critiques envers le pouvoir et tous ceux qui le détiennent. C'est déjà énorme. 

Fixfeier, le nouveau programme de Cabarenert - écrit par Josy Braun, Roland Gelhausen et Jay Schiltz et interprété par Monique Melsen, Marianne Pettinger, Roland Gelhausen et Pascal Granicz, ainsi que Fernand Neumann aux claviers - sera joué jusqu'en février 2002 au Café-théâtre Albert Mousel à Luxembourg ; téléphone pour réservations : 46 03 03 (entre 14 et 18 heures ; puis la troupe partira en tournée ; pour les dates actuelles, consulter le site web www.cabarenert.lu.

josée hansen
© 2017 d’Lëtzebuerger Land