Star Wars bis

À bout de force

d'Lëtzebuerger Land du 04.12.2015

D’habitude, au Luxembourg, on boit du Luxlait. On est assurés chez Lalux. On voyage sur Luxair. On communique avec LuxGSM. On achète sa voiture chez AutoLux (ou Luxauto) et son logement chez ImmoLux (ou Luximmo). Mais en décembre, cette année, cela s’annonce différemment : on va boire de l’eau Star Wars. Manger des hamburgers Star Wars. Jouer aux jeux vidéo Star Wars, au Monopoly Star Wars ou aux légos Star Wars. S’habiller Star Wars. S’endormir Star Wars et se réveiller Star Wars (ce n’est pas le réveil de la force, c’est la force du réveil). Et, à force, la force, ça rend fou.

Les visiteurs du marché de Noël, auront pu déjà s’équiper d’emporte-pièces pour préparer des petits sablés en forme de R2-D2 ou de Darth Vader. Les parents les plus généreux vont offrir à leurs enfants des répliques du Millenium Falcon à 200 euros, pour enfin soigner leur frustration de ne pas avoir reçu ce genre de cadeau il y a trente ans. Les collectionneurs de figurines peuvent finir de remplir leur garage, avec des boîtes qu’il ne faudra surtout pas ouvrir pour qu’elles continuent à prendre de la valeur. Et, tout ça, alors qu’il reste encore deux semaines avant de découvrir le film. Deux semaines, c’est juste assez pour réviser les épisodes précédents. Ou les faire découvrir aux plus jeunes, pour lesquels on suppose que le niveau des cauchemars générés par les guerres intergalactiques ne devrait pas être trop insupportable comparé à de récentes histoires de sauvages tirant à l’aveuglette sur des gens attablés dans des restaurants ou écoutant de la musique. Les principes de l’histoire ont beau rester simples, comme dans tout opéra, il n’est pas forcément évident de savoir qui est gentil et qui est méchant. Chewbacca, malgré sa pilosité débordante et son caractère soupe-au-lait, n’a rien à voir avec un intégriste religieux. Han Solo est un peu rustre mais a un bon fond. Pour ce qui est d’Anakin Skywalker, enfin, on peut raisonnablement imaginer que plus personne n’aura maintenant l’occasion de voir les films de la série sans savoir déjà qu’il est à la fois le père de Luke et son ennemi, passé du côté obscur.

Du coup, côté scénario, c’est un peu comme dans les James Bond, même sans rien n’y connaître avant la sortie, on peut se faire une idée sans doute pas trop éloignée du résultat final en suivant la recette consacrée : on prend les ingrédients traditionnels, on les mélange un peu, on rajoute deux ou trois pincées d’effets spéciaux et c’est parti. On peut parier que les méchants porteront des masques, que la musique sera signée John Williams, qu’il y aura des rebelles, des Sith et des Jedi, et qu’ils se battront à coup de sabres laser. Les fans ne devraient pas être déçus. On l’espère pour le réalisateur, J.J. Abrams, qui s’est déjà attiré les foudres de tous les adeptes de Lost pour ne pas avoir su terminer correctement une série pourtant admirablement commencée. Là, s’il nous fait le coup des ours polaires errant sur l’étoile de la mort ou du Jedi qui descend à la cave pour déplacer une planète dans le temps en tournant un gouvernail planté dans un mur, on ne donne pas cher de sa peau sur les forums de spécialistes. La vraie question, puisque c’est un film Disney, c’est « est-ce qu’il va y avoir une chanson phare, avec une belle chorégraphie, comme dans la Reine des Neiges ? » Ce supplice devrait nous être épargné, si l’on part du principe que les enfants de Spillschoul ne constituent pas le cœur de cible de cette superproduction, d’ailleurs déconseillée aux moins de douze ans (ce qui n’interdit pas aux enfants de six ans de venir accompagnés de leurs parents, si ça leur dit de passer une nuit de folie).

Avec un tel matraquage, on se prendrait presque d’envie d’acheter d’ores et déjà des billets en prévente, en partant du principe qu’on profite quand même mieux d’un film assis dans une salle de cinéma (même si c’est coincé entre deux adolescents déguisés en storm troopers) que lorsqu’il vous est raconté par les collègues devant la machine à café. Ce qui ne manquera sans doute pas d’arriver dès le lendemain de la sortie. De là à poser une matinée de congé pour aller voir la séance du mercredi 16 à 10 heures du matin, il ne faut peut-être pas exagérer. D’autant que le prochain épisode est annoncé pour la fin mai 2017, ce qui laissera tout juste le temps de se remettre de l’indigestion qui s’annonce.

Cyril B.
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