Chronique Internet

Huawei lance son système d’exploitation

d'Lëtzebuerger Land vom 16.08.2019

Accusé d’espionnage parce que ses routeurs sont suspectés de moucharder à Pékin, menacé par les sanctions de la guerre commerciale sino-américaine, le groupe de technologie chinois Huawei a annoncé début août le lancement de son propre système d’exploitation. Une démarche grâce à laquelle il espère pouvoir continuer d’écouler ses produits si ces sanctions devaient le priver d’accès à l’omniprésente plateforme mobile Android de Google. En présentant ce système, baptisé HarmonyOS, Hongmeng en mandarin, lors d’une conférence à Dongguan, le responsable du segment électronique grand public du géant chinois, Richard Yu, a mis en avant son utilisation dans les accessoires de l’Internet of Things (IoT).

Pour l’instant, Huawei continue d’installer Android sur ses téléphones, suggérant que ce serait également le cas pour son prochain modèle haut de gamme. Mais la perspective que les sanctions contraignent Google à couper définitivement les ponts a poussé Huawei à travailler sur une solution de repli, initiée il est vrai il y a quelques années lorsque les États-Unis ont commencé à

accuser l’entreprise d’espionnage par le truchement des infrastructures des réseaux 5G et d’opérations commerciales avec l’Iran contraires aux sanctions américaines à l’encontre de ce pays. L’incertitude continue de régner à ce sujet, puisque le secrétaire au commerce des États-Unis, Wilbur Ross, a indiqué que Washington pourrait émettre des licences pour permettre à des entreprises américaines de travailler avec Huawei lorsque cela ne représente pas de « risque pour la sécurité nationale ».

D’un autre côté, après la récente annonce de 300 milliards de droits de douane supplémentaires sur des produits chinois, on ne peut pas vraiment prétendre assister à une détente dans le conflit commercial. Dans cette perspective, Huawei risque de se retrouver sans accès aux mises à jour d’Android, un handicap pratiquement insurmontable pour son activité smartphones.

HarmonyOS est présenté par ceux qui ont pu le tester comme une solution intéressante et innovante. Richard Yu a souligné sa versatilité, sa rapidité et sa sécurité. Huawei affirme que HarmonyOS gère mieux qu’Android les priorités d’accès aux ressources. Voilà pour les avantages que le géant chinois peut espérer tirer de HarmonyOS. Mais il ne faut pas sous-estimer les conséquences négatives qui pourraient en découler. L’univers des mobiles est dominé par iOS, la plateforme d’Apple, et Android, qui est piloté par Google, et leurs écosystèmes d’applications mobiles respectifs, App Store et Play Store. Les autres systèmes d’exploitation ont des parts de marché négligeables. Quelles que soient leurs performances techniques, cela représenterait un tour de force pour Huawei de faire en sorte que ses smartphones bénéficient d’un bouquet d’apps un tant soit peu équivalent.

Huawei, dont les smartphones sont présentés par son marketing agressif comme des challengers des iPhones et Samsung de dernière génération, joue donc gros avec HarmonyOS. Si la firme devait, du jour au lendemain, se résoudre à vendre ses appareils sans Android, elle risquerait de voir partir bon nombre de ceux qui ont été séduits, notamment par leurs performances en matière de photographie. Devenant ainsi une victime très visible de l’affrontement entre les États-Unis et la Chine.

Jean Lasar
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