Un reportage photo de Hong Kong

Lueur d’espoir

Manifestants à Hong-Kong le 10 août
Foto: Jose Lopes Amaral
d'Lëtzebuerger Land vom 16.08.2019

Samedi, 10 août, je viens d’arriver à Hong Kong. Soulagé d’avoir pu passer la douane sans problèmes, je traverse la porte automatique qui s’ouvre sur le hall des arrivées avec curiosité. Je me demande combien ils sont ? Je sais qu’ils sont là assis depuis hier et qu’ils nous attendent, nous les voyageurs. Ils occupent une bonne partie du Hall, ils sont là, calme et nous accueillent chaleureusement avec un « Welcome to Hong Kong ! »

Mais ils ont aussi des pancartes à la main avec des phrases comme « Hong Kong Police shoot us » ou « Shame on Hong Kong Government ». Oui, ils ont un message à nous faire passer. Un message d’une haute importance. Il en va de leur vie, de leur avenir, de leur liberté. Ils espèrent que nous prenions conscience qu’ils sont en danger et que nous puissions les aider. Ils sont désespérés et ils en profitent de nous le faire savoir tant qu’il en est encore temps.

Je les écoute, prends quelques photos et essaye d’avoir quelques renseignements qui pourraient m’aider les deux prochains jours. Je suis pressé, je leur ai dit au revoir et bien entendu, je les encourage. Dans trois heures, il va y avoir une manifestation interdite par le gouvernement et je dois arriver à temps afin de la photographier.

À ce moment-là, je n’ai aucune idée de ce qui pourrait bien arriver, mais sachant que la police a en quelque sorte pacté avec les triades « Pro-CCP» (Parti Communiste Chinois) pour faire le sale boulot à sa place et punir les manifestants qui militent pour un Hong Kong démocratique par un tabassage à l’aide de barres de fer et de bâtons de bambou ne me met pas très à laise.

La dernière fois que je suis venu à Hong Kong. c’était il y a moins d’un mois, la police était déjà brutale à ce moment-là (comparé aux manifestants), mais la situation a empiré depuis. Les manifestations de ce weekend ont été à les plus violentes depuis que le mouvement a commencé. D’une part, j’ai vu des manifestants plus déterminés, plus enragés et mieux organisés. Et du côté de la police, rien ne va plus. Lors des dernières manifestations du 10 et 11 août, la police a perdu tout contrôle en visant les têtes des manifestants avec l’intention de les blesser, sans égards pour les journalistes. Une jeune femme a perdu la vue par un tir en plein visage avec un projectile en sachets. En arrêtant arbitrairement des personnes innocentes, sans oublier de leur offrir un tabassage à la matraque de la tête aux pieds. En gazant les gens innocents qui rentraient chez eux dans des endroits à huis clos (stations de métro), et cela avec des munitions périmées. Sans oublier les membres de triades qui ont attaqué manifestants, innocents et journalistes.

Aujourd’hui, mardi 13 août, à 23:31 heures, l’heure à laquelle je suis en train d’écrire ce texte, ces mêmes jeunes qui m’ont accueilli à mon arrivée avec ce sourire généreux et avec cette lueur d’espoir dans leurs yeux qui étaient en train de protester de manière non agressive, se sont fait asperger avec du spray au poivre par la police anti-émeute qui s’est introduite dans l’un des aéroports les plus fréquentés au monde.

Hong Kong est en train de devenir un « État policier » réprimant fortement les droits d’expression des Hongkongais. Des nouvelles apparaissent comme quoi des membres de la police chinoise se seraient introduits entre les manifestants à l’aéroport International de Hong Kong afin de causer la pagaille. Après ces évènements, je me demande si l’État chinois aurait délibérément choisi de ne pas respecter l’accord (loi fondamentale de la région administrative spéciale de Hong Kong) passé avec le Royaume Uni qui courait de 1997 à 2047.

José Lopes Amaral
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