Youth for Climate Luxembourg

Donnez-nous une chance de vieillir sur cette planète

d'Lëtzebuerger Land du 23.08.2019

Avez-vous récemment été heurté par des mots évoquant une réalité trop douloureuse, sur une pancarte fièrement brandie par un lycéen dans la rue ? Si oui, vous savez de quoi il va être question ici. Dans le monde entier, les jeunes défilent et militent pour la nécessité d’agir contre le réchauffement climatique. Au Luxembourg, les demandes de la jeunesse ne passent pas inaperçues.

Il y a bien longtemps que les preuves du réchauffement climatique sont établies.

Aujourd’hui, il en devient difficile de se projeter dans le futur sans imaginer un environnement méconnaissable et dangereux; sans compter que l’agitation autour du climat se manifeste plus dans la rue que dans le monde politique. Et comme rares sont les jeunes qui sont atteints par cette vilaine maladie qu’est le fatalisme, il en ressort chez nous une volonté forte de se mobiliser. En février, inspirés par le mouvement des écoliers en Belgique, nous commençons à nous rassembler et à discuter.

Les premières réunions de Youth for Climate Luxembourg donnent lieu pour nous à des tâtonnements dans un univers inconnu. Tous ceux présents sont animés d’une même détermination à se faire entendre. Et nous prenons conscience de notre chance : la vie politique est bien moins mouvementée ici que dans d’autres pays, et nous savons que nous avons au moins une chance que notre voix soit écoutée.

La première marche que nous organisons le 15 mars est un succès, mais la réaction des responsables politiques est décevante. Nous repassons à l’action le 24 mai en occupant le Pont Rouge. À nouveau, on nous adresse un gentil baratin, mais aucune action concrète n’est proposée. Nous les adolescents et jeunes adultes de Youth for Climate, organisateurs comme participants des marches, avons généralement bénéficié d’une certaine bienveillance de la part des adultes, trop heureux de voir leur progéniture s’affairer autour de sujets sérieux. Et même si elle est bienvenue, cette bienveillance s’accompagne trop souvent d’une distanciation par rapport aux propos que nous tenons, qui sont applaudis pour être aussitôt mis au placard.

Mais nous ne saurions être plus sérieux. Aujourd’hui, il n’est simplement plus possible de parler du changement climatique sur le même ton nonchalant utilisé depuis une trentaine d’années. Il ne s’agit plus d’aborder ce problème comme une insécurité éventuelle, un désagrément aux conséquences floues : les effets du réchauffement climatique sont clairement listés par la communauté scientifique et nombreux sont les pays du Sud et du Nord qui en souffrent déjà. Les pays les plus vulnérables aux catastrophes naturelles découlant du changement climatique en sont d’ailleurs aussi les moins responsables. Alors la jeunesse s’en mêle, propulsée par cette angoisse grandissante à chaque nouvel article traitant de la défaillance des écosystèmes, de la fonte des glaces, de la pollution des océans, de la sixième extinction de masse et de tant d’autres conséquences de l’inaction climatique. Aux côtés d’autres mouvements tels que Extinction Rebellion ou Rise for Climate, nous tentons infatigablement de transmettre cette inquiétude aux responsables politiques car, usée à bon escient, elle peut être à l’origine des changements nécessaires. Il n’y a plus une seconde à perdre pour déclarer l’urgence climatique.

Dans le cadre de ce combat, nous sommes souvent confrontés aux mêmes objections. Il nous faut jongler entre les adultes qui nous aident, nous soutiennent ou nous inspirent, ceux qui vont jusqu’à être climato-sceptiques, et ceux qui se contentent de ramener la responsabilité sur le consommateur de diesel, plastique et téléphones portables. Mais réduire la politique climatique à l’encouragement des efforts individuels n’est plus une option valable, car elle est largement insuffisante. On nous demande souvent « Triez-vous vos poubelles ? Avez-vous réduit votre consommation de viande ? ». Des engagements personnels essentiels qui nous semblent évidents mais paraissent presque risibles face à l’immensité du problème contre lequel l’humanité doit se dresser. À quoi bon s’y tenir si les géants financiers continuent à investir dans des énergies fossiles qui nous mènent tout droit à l’apocalypse ? C’est d’un bouleversement de notre système politique, économique et social dont nous avons besoin. L’indifférence, le greenwashing et le laxisme climatique sont les ennemis des générations futures. L’humanité est en péril et il est facile de se laisser gagner par la peur devant un avenir aussi menaçant mais la clé reste de « penser globalement, agir localement ». La politique menée aujourd’hui au Luxembourg, loin d’être suffisante pour pallier l’augmentation incessante des émissions de carbone, contribue en réalité à les amplifier à l’échelle globale. Souvent, le message de panique que les manifestants passent n’est pas apprécié. On nous assure, d’un ton condescendant, que « des actions sont déjà menées, il n’y a pas urgence », des mots consensuels venant de ceux qui sont trop attachés au confort qu’apporte la vie au Luxembourg. Une attitude contre laquelle la jeunesse entreprend de lutter. N’y voyez pas d’insolence, mais il s’agit tout de même d’une critique. Nous sommes convaincus que notre civilisation doit puiser son essence-même dans le respect de la nature, et la génération de nos parents a, bon gré mal gré, raté le coche. À présent, notre génération ne peut plus fermer les yeux : nous sommes conscients qu’un avenir sans action climatique efficace et immédiate n’est rien d’autre qu’une dystopie. Nous avons tous les outils nécessaires pour prévenir une détérioration irréversible de la planète, mais ces outils se révéleraient inutiles si nous laissions filer le temps. C’est à ceux qui sont aux commandes aujourd’hui, tous des adultes, qu’il incombe d’agir maintenant. Donnez-nous une chance, à nous et à toutes les espèces vivantes, de vieillir et persister sur cette planète.

Prochains rendez-vous : le 20 septembre pour une nouvelle marche des étudiants, puis le 27 septembre pour une grève mondiale, avec entre les deux une semaine d’actions pour la justice climatique.

Thaïs Lasar est membre de Youth For Climate Luxembourg.

Thaïs Lasar
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