Gestionnaire en logistique, un nouveau métier

Faire tourner le monde

d'Lëtzebuerger Land du 23.09.2010

C’est fascinant, un supermarché avant son ouverture le matin. Bien avant que les premiers clients, souvent des habitués du lieu, n’arrivent sur le parking, les équipes s’affairent pendant des heures à l’intérieur pour réapprovisionner les rayons, notamment tous les rayons frais, fruits, légumes, poissonnerie, boucherie, boulangerie, fleurs... qui sont démontés tous les soirs. L’achalandage doit être parfait lorsque les portes s’ouvrent. « Oui, je me lève à quatre heures pour commencer à cinq heures, dit Marco Tocha de Maros, mais cela ne me gêne pas. Au contraire, je suis super-motivé ! »

À 21 ans, Marco Tocha vient de terminer son apprentissage de gestionnaire qualifié en logistique et fait désormais les trois-huit dans le stock de Cactus Ingeldorf – là où il a également fait sa formation durant les trois ans d’apprentissage, parallèlement aux cours théoriques au Lycée technique de Bonnevoie. Sa promotion n’était que la deuxième de ce type de formation professionnelle, introduite en 2006 suite à une demande émanant des entreprises, relayée par la Chambre de commerce et dont le cursus fut élaboré en collaboration avec les principales sociétés demanderesses.

« J’étais au lycée à Ettelbruck, où on m’a dit qu’il y avait cette nouvelle formation qui pouvait m’intéresser, raconte-t-il, alors je me suis renseigné et cela m’a tout de suite plu. Pour moi, la logistique, c’est l’avenir ; sans elle, le monde ne pourrait pas tourner comme il le fait. » Marco Tocha est enthousiaste de son métier, à tel point qu’il essaie même de motiver sa petite sœur de suivre sa voie, « avec tous les débouchés qu’il y aura dans ce domaine, car le Luxembourg veut devenir une ­véritable plate-forme logistique... » Trouver un produit à l’autre bout du monde, savoir comment il faut l’emballer pour l’affréter par air, eau, rail ou route sur la voie la plus rapide, le chemin le plus court et le moyen le moins cher est pour lui une véritable passion.

Donc, le matin, lorsqu’il arrive à cinq heures, les gestes de son équipe de sept personnes sont toujours les mêmes : décharger les camions de produits en provenance de l’extérieur, notamment du dépôt central du groupe à Windhof, contrôler la marchandise, la saisir dans le système informatique et la dispatcher vers les chefs de rayon, voire parfois la rediriger vers d’autres destinations externes. Avec comme principal mot d’ordre la rapidité. « Il y a trois endroits où on peut perdre de l’argent dans ce métier-là : lorsque la marchandise arrive, dans la facturation et quand la marchandise quitte le dépôt » explique Steve Faber, membre de la direction locale du supermarché, en charge notamment de l’encadrement des apprentis. Il est d’ailleurs lui-même un bel exemple de la philosophie de la société, qui, malgré ses presque 4 000 employés, la plaçant à la deuxième place des principaux employeurs privés au Luxembourg, a gardé un côté entreprise familiale : « Nous, on recrute toujours avec une perspective de carrière, cela fait partie de ce que nous considérons être notre responsabilité sociale » la définit Mannette Kremer, responsable de la formation au sein du groupe Cactus.

Chaque année, vers mars, elle sonde les besoins de recrutement des différentes filiales du groupe. Traditionnellement, il offre des formations dans la vente pour l’alimentation, le textile, le hobby, les articles de ménage, les jouets, le multitech, et forme aussi des fleuristes, des boulangers, des pâtissiers et des décorateurs – mais dans ces domaines-là, les postes sont plus rares. Plus ces nouveaux gestionnaires en logistique. Les magasins lui font part de leurs besoins à moyen et long terme, puis elle fait une première sélection sur dossier des candidats, « mais j’essaie toujours d’en voir autant que possible, car les notes ne disent pas tout ».

Cette année, elle a reçu 350 candidatures pour 28 postes à pourvoir à travers le pays, et elle a interviewé elle-même 150 candidats. Les responsables des filiales font eux-mêmes une deuxième sélection. En trente ans de métier toutefois, elle a vu le niveau scolaire des candidats baisser, avec des lacunes en langues, notamment française, et en mathématiques lorsqu’ils quittent une neuvième. Des déficits que la formation professionnelle a du mal à rattraper, puisque ces trois années doivent être avant tout consacrées à l’apprentissage spécifique, pratique et théorique, des métiers.

Une des principales compétences, que tous, de l’apprenti aux responsables de la formation, soulignent, c’est le contact social et l’intégration dans l’équipe : si le gestionnaire en logistique doit être rapide dans le traitement de la marchandise, savoir en gérer la quantité, la qualité et la propreté, il doit aussi savoir s’adresser à ses premiers interlocuteurs que sont les chefs de rayon, se service facturation, ses collègues de travail, la direction, et, plus occasionnellement, les clients directs. « Sans oublier, souligne Steve Faber, qu’il faut aussi être débrouillard et précis. »

L’exactitude et la ponctualité sont d’ailleurs parmi le B-A-Ba de ce que leur apprend l’école, raconte Marco Tocha, pour qui le régime concomitant deux jours par semaine à l’école et trois en entreprise (pour une indemnité d’apprentissage qui va de 507 euros par mois la première année, à 667 la deuxième, puis 871 euros la troisième) est une bonne formule. Car il voulait avant tout une chose : travailler tout de suite, trouver un emploi qui lui permette de devenir indépendant, d’avoir son appartement d’ici deux ou trois ans – et une perspective de carrière à moyen et long terme.

« L’apprentissage est la voie la plus directe vers l’emploi, estime-t-il, car il te permet de décrocher un diplôme tout en travaillant. Ici, j’ai pu commencer à zéro et je pourrai avancer jusqu’à devenir chef moi-même ». Son rêve professionnel serait de devenir un jour gérant de toute la logistique du groupe. « Tu sais, sourit Steve Faber : les seules limites pour achever ce rêve sont chez toi. »

josée hansen
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