Les scandales avant les Communales

Territoires

d'Lëtzebuerger Land vom 07.10.2011

Tous les yeux seront braqués sur Roeser dimanche. Les quelque 2 800 électeurs inscrits dans cette petite commune du Sud du pays auront à choisir entre le LSAP, actuellement au pouvoir, et son maire Tom Jungen, fortement contesté pour sa gestion du dossier du projet de Livange (voir pages 6 et 14), et le CSV, dont le candidat tête de liste Robert Weber, député et président démissionnaire du syndicat LCGB, a tout le mal du monde pour sauver l’initiative pour l’emploi du LCGB, Proactif, à laquelle un audit externe certifie une comptabilité un peu trop créative (voir d’Land 39/11). Or, les deux principaux scandales qui ont éclaboussé le monde politique durant cette campagne pour les élections communales 2011 ont des retombées qui dépassent largement la commune de Roeser. Ils expriment et engendrent plusieurs phénomènes.

En premier lieu, l’affaire du projet immobilier de deux promoteurs privés à Livange, mais aussi les éclats à Sandweiler ou à Dippach, où les maires furent soupçonnés de vouloir valoriser leurs propres terrains en abusant de leur pouvoir à la tête de la commune, ont accéléré le ras-le-bol des électeurs sur la mélodie du « tous pourris », déclinant leur refrain sur des termes aussi chantants que « conflits d’intérêts » et « abus de pouvoir ». C’est peut-être une des raisons pour lesquelles il s’avère de plus en plus difficile de trouver des candidats qui soient prêts à s’engager dans leur commune ; dans quatre communes votant selon le scrutin majoritaire (Schieren, Nommern, Weiler-la-Tour et Consdorf), il y en a même moins ; dans plusieurs communes, comme Eschweiler ou Tandel, les électeurs n’ont pas à se déplacer, le nombre de candidats correspondant au nombre de postes à pourvoir.

Or, derrière l’affaire de Livange se profilent aussi des questions plus larges, qui dominent depuis toujours toutes les politiques communales : ce sont celles du territoire, de sa propriété, de sa gestion, de son exploitation ou de sa protection. Les thèmes qui occupent le devant de la scène y ont tous trait : la rareté des terrains constructibles, l’accès à la propriété et au logement, la protection des ressources naturelles, la gestion des flux de trafic entre le lieu d’habitation et le lieu de travail... Où la discussion ne se limite pas uniquement aux territoires locaux, mais a des effets centrifuges en s’étendant à l’international quand on parle d’implantations de commerces et d’entreprises (de Verband qui migre à Perl en Allemagne, par exemple), ou centrifuges, en considérant l’immigration, avec le refus des édiles locaux d’accueillir des demandeurs de protection internationale dans leur commune.

Or, et les raisons pour cela sont à chercher dans un changement d’attitude (encouragé par les politiciens-managers), les citoyens considèrent de plus en plus leur commune comme un prestataire de services et de moins en moins comme détentrice de leur souveraineté politique. L’approche vis-à-vis de la commune est donc davantage celle d’un recours contre une décision qui leur serait imposée par une entitée anonyme qu’une revendication de partage de la responsabilité et de participation à la prise de décision démocratique.

Si cette campagne électorale s’annonçait paisible avant les vacances, elle s’est terminée en véritable bourbier dans lequel tous les partis coulent bien bas. Le LSAP s’était promis de, au moins, défendre sa suprématie politique locale, mais les affaires peu nettes de plusieurs maires ou échevins ont jeté l’opprobre sur le parti. Ce dont entendent bien profiter le CSV, voulant conquérir du terrain, en revenant au pouvoir dans les principales villes, Luxembourg, Esch-Alzette ou Differdange, et surtout des partis qui s’érigent en alternatives, DP, Les Verts ou La Gauche.

josée hansen
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