« Maach d’Aen zou an denk u Lëtzebuerg ! »

Un si beau mariage

d'Lëtzebuerger Land vom 26.10.2012

Le banquet aura duré plus de vingt-six heures et les convives rivalisèrent d’élégance et d’éloquence. Les vins et les mets stimulèrent l’intelligence de ces aristocrates qui se donnèrent en spectacle devant une assistance nombreuse et ravie. Ert cet hymen a donc été célébré à un moment où l’institution du mariage est en crise et où il n’y a plus guère que les curés, les homosexuels et … les princes qui veulent se marier.
Je vous parle bien sûr du mariage de la philosophie et du vin, parfaitement réussi par Massimo Furlan dans sa performance Les héros de la pensée donnée le week-end dernier au Théâtre de la Cité Universitaire à Paris. Huit philosophes, dont Marc Augé le vieux complice du plasticien, débattaient pendant 26 heures de tout et de rien, entrecoupant leurs débats de libations et de musique. Le mariage d’Apollon et de Dionysos en somme, comme les Grecs savaient si bien le réussir dans leurs symposiums, dont le banquet sur l’amour de Platon reste le plus bel exemple.
Le canevas fut donné par les 26 lettres de l’alphabet, mais Yvan ne pouvait s’empêcher de penser que ce fut en fait le mariage princier qui servait de trame à ce véritable kaléidoscope de la pensée. Oyez plutôt : De A comme affinités à Z comme Zorro, en passant par B comme bégue,  D comme danse, F comme farce, G comme généalogie, L comme légende, U comme utopie, tous les grands thèmes de la Cité et de sa monarchie défilaient dans ce show où les spectateurs déléguaient aux acteurs l’acte de penser et d’agir. Le vin aidant, cette pensée se mit à tourner à vide, à fonctionner comme un disque rayé qui enveloppa l’assistance dans une douce torpeur. L’ivresse guettait les performeurs et le sommeil envahit la salle. Le spectacle fut parfait. CQFD. Le parallèle avec le système monarchique ne devait rien, bien sûr, au hasard.
Avec la lettre Z, enfin Zorro est arrivé. Et ce personnage masqué, n’est-il pas un peu la métaphore du monarque ? Omniprésent, mais impuissant ! Célèbre et inconnu ! Vie publique exhibée urbi et orbi, cape et couronne brandies face à un peuple bon enfant ; vie privée jouant à cache cache avec le secret et les paperazzi. Zorro gesticule avec son épée et imprime son logo, le fameux Z, sur les corps de ses adversaires et les murs de sa ville. Mais l’épée reste ridicule comme le phallus, car son propriétaire est un héros romantique finalement impuissant, car sans descendance. Et voilà la différence avec le monarque. S’il inonde, comme Zorro, le pays de son logo, que ce soit sur les voitures de police et autres magasins estampillés « fournisseur de la Cour », il garde cependant sagement l’épée rangé dans son fourreau. Dans le secret de l’alcôve, il fait son devoir de souverain  et assure sa (très nombreuse) descendance en sussurrant à l’oreille de la grande-duchesse : « Maach d’Aen zou an denk u Lëtzebuerg ! » Une fois, le grand-duc Henri a gesticulé, comme Zorro, avec son épée-phallus-stylo. Mal lui en prit, car après son refus de signer la loi sur l’euthanasie, les députés « voulaient même lui couper la chose, par bonheur il n’en avait plus. »
Zorro gagne toutes les batailles, mais perd la guerre, condamné qu’il est à répéter les mêmes gestes à chaque nouvel épisode. Reconnaissons-le sans ambages, le couple héritier a brillamment gagné la bataille du mariage, et la grande-duchesse héritière est indéniablement une bonne nouvelle pour la monarchie et une calamité pour les démocrates, contrairement au couple grand-ducal qui, de par ses maladresses, est une aubaine pour les républicains et une catastrope pour les monarchistes. Mais il est vrai aussi que les mariages, de nos jours, se terminent souvent par le divorce avec le marri. Yvan

Yvan
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