Présence de RTL à Luxembourg

Symboles en béton

d'Lëtzebuerger Land du 27.08.2009

Étonnant, ce bout de phrase en haut de la page 10, rubrique « Médias et communication » de l’accord de coalition CSV-LSAP : « dans le but de consolider et pérenniser la présence de RTL à Luxembourg », le gouvernement veut « accompagner les initiatives concourant à la mise en œuvre de cet objectif », et pour cela il «  ncourage RTL Group à mettre en œuvre un nouveau projet immobilier au Plateau du Kirchberg ». Étonnant, parce que les deux bâtiments actuels ne datent que du début des années 1990, le KB1 qui abrite le siège administratif ainsi que les studios radio ayant été achevé en 1990 et le KB2, avec les studios de télévision et les infrastructures du Broadcasting Centre Europe, en 1995 (tous les deux conçus par le bureau Georges Reuter architectes).

Alain Berwick, Chief Executive Officer de RTL Radio et Télé Lëtzebuerg, confirme les projets, « mais on en est encore au stade d’avant-projet ». Une première version des gabarits possibles a été dessinée par le bureau d’architecture P.arc, une association de bureaux suisses, néerlandais et des luxembourgeois Schemel [&] Wirtz, travaillant internationalement et ayant par exemple transformé l’aéroport de Zurich ou développé le masterplan du ban de Gasperich. Actuellement, l’idée serait de démolir les infrastructures existantes pour les remplacer par un seul complexe, abritant le siège administratif, les rédactions restantes ainsi que toute la technique. Alors que KB1 et KB2 font une surface brute de 13 500 mètres carrés chacun, le futur bâtiment devrait rester dans les mêmes parages, maximum 35 000 mètres carrés, pour quelque 600 personnes y travaillant (sur 9 200 pour tout le groupe). 

Au-delà de la qualité architecturale, qui peut certes être améliorée, Alain Berwick voit aussi plusieurs avantages fonctionnels dans une nouvelle construction : les principes du green building – isolation, basse consommation d’énergie, recyclage de la chaleur générée au BCE… – devraient contribuer à diminuer les frais d’énergie conséquents pour des équipements techniques comme les leurs ; les frais d’entretien des bâtiments actues risquent d’exploser dans les cinq années à venir, vu leur état ; creuser plusieurs étages en sous-sol permettrait d’optimiser la surface au sol utilisée en construisant un volume compact et le regroupement de toutes les activités dans un seul bâtiment favoriserait les synergies, par exemple des rédactions radio, télévision et Internet luxembourgeoises. 

Or, si le directeur des activités luxembourgeoises de RTL Group se prononce encore au conditionnel, c’est que plusieurs questions n’ont pas encore trouvé de réponse. Certes, le terrain choisi appartient au groupe – le nouveau complexe longerait la forêt derrière l’actuel parking –, mais le projet demanderait un reclassement des terrains. En outre, le Fonds d’urbanisation et d’aménagement du Kirchberg a d’autres projets pour le quartier attenant dit Kuebebierg, où il a défini une dernière grande réserve foncière du plateau de 45 hectares qu’il aimerait attribuer à 70 pour cent à l’habitat. C’est probablement pour cela que RTL imagine tout à fait une combinaison avec des logements, pourquoi pas dans un deuxième bâtiment, à construire dans une deuxième phase – à entamer après l’achèvement possible du premier vers 2012 seulement, probablement sur le site des immeubles actuels – et qui pourrait, par la vente ou la location d’appartements et autres surfaces, contribuer à financer le nouveau siège de RTL Group. Vu sous cet angle, le projet étonne moins : alors que le chiffre d’affaires de RTL Group est en chute libre suite à la crise des marchés publicitaires1, l’immobilier constitue une valeur encore assez sûre au Luxembourg et la réserve foncière du Kirchberg gagne en intérêt avec l’urbanisation prochaine du quartier, qui, jusqu’ici gardait un côté bucolique.

Les « encouragements » du gouvernement pour le projet toutefois ne devraient pas être financiers. Mais la sauvegarde du siège historique de RTL Group au Luxembourg a toujours été une des priorités de la politique grand-ducale dans le domaine des médias. Si Jean-Louis Schiltz (CSV), le précédent ministre en charge, s’était empressé de renouveler précipitamment le contrat de concession, qui vaut maintenant jusqu’en 2020, la convention fixant les « infrastructures [audiovisuelles] de base » – caméras, studios, cars de retransmission ou autres équipements techniques que BCE garde à disposition du gouvernement contre un subside annuel de 950 000 euros – va être prolongée, annonce également le programme gouvernemental. Mais il se pourrait aussi que l’attrait du Luxembourg reste avant tout son approche libérale des marchés de l’audiovisuel, et le gouvernement de promettre aussi que, en ce qui concerne la transposition de la nouvelle directive européenne « Services de médias audiovisuels », et dans l’intérêt de la compétitivité, « les règles luxembourgeoises ne vont pas au-delà de ce qui est exigé ». 

1 Moins 9,6 pour cent à 2,588 milliards d’euros au premier semestre 2009 par rapport à celui de 2008, selon le bilan publié mercredi.

josée hansen
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