« Je déteste tellement le Luxembourg... »

Le théâtre Marini

d'Lëtzebuerger Land du 30.09.2010

Décidément, la classe politique française ne se montre pas très classe en cette fin d’été et, en forçant sans modération sur le rom, elle hésite entre le vaudeville et la tragédie. La scène du Sénat vient de proposer ainsi, avec dans le rôle titre l’obscur Philippe Marini, une très libre adaptation du succès de François Mauriac : « J’aime tellement l’Allemagne que je préfère qu’il y en ait deux ».

« Je déteste tellement le Luxembourg que je préfère qu’il n’y en ait pas ! » clame pour sa part le sénateur de l’UMP, de l’Union des Minables Popu­listes. Inconscience politique pour in­conscient freudien, en évoquant la situation très confortable des mandataires du Luxembourg, le politicard a donné libre cours à ses instincts, on n’ose dire ses pensées profondes. En effet, siègeant depuis 1992 comme représentant de l’Oise au Palais du Luxembourg, le pauvre Marini, par un simple lapsus linguae, a seulement attiré l’attention sur la « situation très confortable » dont jouissent les élus de la deuxième chambre française. Le train de sénateur a donc déraillé, mais force est de constater que c’est un orfèvre en la matière qui a déclaré que le Luxembourg « n’a même pas besoin de recouvrer ses impôts ». N’a-t-il pas voulu en 2008, autoriser les particuliers à déduire de leur revenu imposable les pertes boursières issues de la crise financière ? À l’époque, même les défenseurs du bouclier fiscal trouvaient que le maire de Compiègne, ville par ailleurs jumelée à Vianden, y allait un peu fort de la cuillière en argent.

Originaire de Corse, Marini est un homme de clan, pour qui le centre, cher à ses amis politiques, s’apparente plutôt au milieu. Étudiant à Sciences Po et à Assas en 1968, il trouva la révolte étudiante « ridicule, inconsistante et violente ». On comprend que ce fils d’un admirateur de l’Algérie française « n’aime pas Giscard et encore moins les socialistes ».

Mais peut-être faut-il aller chercher dans son admiration pour Alexis Carrel, ce médecin ayant professé l’eugénisme, son obstination à vouloir rayer le Luxembourg de la carte. Car enfin, en prenant quelques libertés avec la vérité historique et en regrettant que Napoléon III et Bismarck aient accepté l’État du Luxembourg, Marini suggère simplement que la sélection naturelle n’ait pas joué son rôle. La droite catholique a toujours abhorré la philosophie de Darwin, ce qui ne l’a jamais empêché d’en faire ses choux gras et nauséabondeux en matière de politique et de social.

Admirons cependant l’artiste qui, sommé de se défendre sur rfi, a délaissé la langue de bois pour une volée de bois vert à faire pâlir d’envie son viril (dixit Juncker) président en personne : « Il n’en demeure pas moins que ce n’est pas un pays qui a la taille d’un confetti sur la carte du monde qui va me casser les couilles ! Ok ? Donc je dis fuck you ! » Mâle élevé va, et honni soit qui mâle y pense ! À voir et revoir sur You Tube qui a lancé ce fake you au Nabotléon de Compiègne !

Quoiqu’il en soit, en soufflant sur la braise des feux de camp des tsiganes, Viviane Reding n’a assurément pas fini de tirer le fil de la pelote des phantasmes de la Sarkozye.

Yvan
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