Maggie's Mom Is a Pirate

Pirate à la conquête du verbe

d'Lëtzebuerger Land vom 04.05.2006

Troisième chorégraphie pour Dania Antinori d'environ 45 minutes exécutée en solo et première composition musicale pour Pascal Meyer, pianiste, Maggie's Mom is a Pirate, créée les 30 et 31 mars dernier à l'Abbaye de Neumünster était programmée vendredi 28 avril à la Maison de la culture de Mersch devant un public malheureusement très clairsemé. La pièce sera aussi dansée le 28 mai prochain lors du festival Saveurs culturelles du monde de Mondorf-les-Bains dans une version revisitée par la chorégraphe-danseuse et le compositeur-pianiste. Cette version adaptée sera vraisemblablement plus courte. Agréable surprise que ce tandem d'exécutants danseuse-pianiste et de créateurs chorégraphe-compositeur que l'on croît habitués à travailler ensemble alors qu'ils viennent de collaborer pour la première fois sur ce spectacle ! Dania Antinori a donné un blanc-seing à Pascal Meyer pour le choix de sa composition et il ressort de cette confiance une pièce musicale colorée, rafraîchissante et variée. Ce choix délibéré de Dania Antinori pour une musique interprétée en direct confirme une intention artistique pertinente et une appréhension globale de son art.Maggie's Mom is a Pirate est une co-production luxembourgeoise sur le thème d'une jeune mère en apparence parfaite mais en réalité frustrée et dépendante du fait de son illettrisme. Confrontée à la demande de sa fille Maggie de lui raconter un livre, elle invente un monde imaginaire, mais se retrouve simultanément obligée de réagir et de faire face à son problème. La fin de ce combat personnel reste ouverte, mais en décidant de partir à l'aventure tel un pirate prêt à combattre, on songe à une certaine universalité de la problématique abordée. Les femmes concernées ne sont-elles pas tels les équipages de pirates d'origines diverses et destinées au combat qui semble être dans l'ordre des choses ? Alors Maggie's Mom est-elle Ann Bonny, pirate du XVIIIe siècle, laquelle, de bonne famille, s'habille en homme, boit et fume et ne se laisse pas marcher sur les pieds ? Ou bien Mary Read, membre de l'équipage du célèbre Jack Rackham reconnue pour être une duelliste redoutée ? Binôme scénique « redoutable » pour l'occasion qui fonctionne admirablement bien, chacun dans son univers mais à l'appui de l'autre, l'ensemble est réellement valorisé par les lumières conçues par Karim Saoudi et les costumes de Solange Botz. L'atmosphère scénique de la pièce de danse n'est pas sans rappeler les teintes de la tournée de Bashung ou celles des coloris des créations de Christian Lacroix. Musicalement, Philip Glass, Keith Jarreth ont été écoutés et appréciés… même si le mélange des genres musicaux est précieusement utilisé du classique, au jazz avec des clin d'oeils à la musique répétitive. Le scénario de la pièce de danse est très bien rendu par la chorégraphie et l'exécution de celle-ci par Dania Antinori elle-même, laquelle évoluant pendant une période en des mouvements, appliqués, contrôlés correspondant à l'image de la mère parfaite et frustrée, se déchaîne et se libère sur un rythme jazzy dans des enchaînements vifs, rythmés, percutants et dynamiques. Mélange intéressant des genres là-aussi dans la technique dansée, ballet classique ou post-moderne, Cunningham, Graham … pour y puiser son propre style et réaliser cette pièce de danse. Dania Antinori a su combiner créativité sur tous les plans.

 

Emmanuelle Ragot
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