Maux dits d’Yvan

Greta Thunberg : le syndrome de Tintin

d'Lëtzebuerger Land du 30.08.2019

Contrairement à ce qu’affirment avec aplomb ses détracteurs, Greta Thunberg n’a pas de symptômes, elle est un symptôme. Le symptôme d’un monde au bord du gouffre qui préfère casser le thermomètre plutôt que de soigner la fièvre et disqualifier le messager pour ne pas entendre le message.

Parmi les nombreuses pathologies que les Diafoirus climatosceptiques lui ont diagnostiquées il y a le fameux syndrome d’Asperger, un syndrome que les psychiatres sérieux n’utilisent pas, pour la simple raison que son existence même relève de la supercherie scientifique. Dans le meilleur des cas, il désigne une personnalité intravertie, timide, peu capable d’empathie par rapport aux autres, parfois dotée de capacités intellectuelles extraordinaires, bref un tableau qui relève plus des Caractères de La Bruyère que d’un traité sérieux de psychiatrie. Dans le pire des cas, il s’agit d’une forme bénigne de psychose, genre schizophrénie dite simple. On le constate, l’Asperger n’a que peu de choses à voir avec l’autisme, décrit utilement par le pédopsychiatre américain Leo Kanner.

Ce n’est pas la première fois d’ailleurs que ce pseudo-diagnostic est synonyme de mise à mort, médiatique aujourd’hui, effective sous le nazisme. Kanner comme Asperger sont nés dans l’Empire austro-hongrois. À la montée du nazisme, le premier choisit d’émigrer aux États-Unis, le second collabore avec les nazis. Psychiatre réputé à Vienne, Hans Asperger décrit des formes de psychopathies infantiles, dont son fameux syndrome dans lequel il distingue schématiquement deux formes : d’une part une forme bénigne, curable ou du moins traitable qui ouvre droit à des soins, d’autre part une forme grave et incurable qui signe, en ces temps-là, un arrêt de mort via les chambres à gaz qui équipent un certain nombre d’hôpitaux pour « euthanasier » les malades mentaux. En toute connaissance de cause, Asperger n’hésite pas à poser de nombreuses fois le diagnostic mortifère, comme le rappelle Edith Sheffer dans son livre Asperger’s Children : The Origins of Autism in Nazi Vienna.

On reproche encore à la passionaria suédoise son aspect physique, son côté ni enfant ni adulte, ni homme ni femme, son côté neutre donc, comme l’écrit avec une bonne dose de mauvaise foi le « philosophe » médiatique Michel Onfray. Eh bien, c’est justement cette «neutralité» qui permet à la jeune activiste de capter son énorme popularité. Rappelez-vous la confidence de De Gaulle à Malraux : « Au fond, vous savez, mon seul rival international, c’est Tintin. »

Et le succès de Tintin s’explique en grande partie par son côté neutre, son asexualité et sa position ni enfant, ni adulte. Greta Thunberg est le Tintin de notre époque, elle lutte comme le célèbre reporter contre les injustices et les méchants et, comme Tintin, elle nous offre une image dont la neutralité même est garante d’une surface de projection pour des identités contradictoires. Les climatosceptiques, facilement enclins aux théories complotistes, voient en elle une marionnette malade aux mains des lobbies verts, quand les jeunes et moins jeunes défenseurs de la planète la considèrent comme une géniale lanceuse d’alerte. Laissons alors les conspirationnistes penser que Greta fait des montagnes de tune et espérons avec les hommes de bonne volonté que ses alertes ne fassent pas tintin.

Paul Rauchs
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