Sport

Platoche repasse par le Luxembourg

d'Lëtzebuerger Land vom 14.10.2010

À l’évidence, il y avait autant de fierté que de bonheur au sein des responsables de la Fédération luxembourgeoise de football et du ministre des Sports, Romain Schneider (LSAP), à l’occasion de la cérémonie d’ouverture du nouveau bâtiment administratif et sportif de la FLF à Mondercange, samedi dernier. C’est qu’une bonne partie de l’événement résidait dans la présence de Michel Platini, le président de l’Uefa et vice-président de la Fifa, de sa personnalité bonhomme et de ses origines lorraines. Platini était au temps de sa splendeur footballistique un « Fab four » à lui tout seul, capable de mettre des attaquants sur orbite à quarante mètres avec une précision digne des meilleurs ordinateurs de la Nasa. Ses coups francs étaient plus diaboliques que les dribles kabyles de Zidane et trouvaient la lucarne deux fois sur trois. Ses pieds produisaient des pensées du football comme « le foie secrète la bile » (Lénine). On l’appelait Platoche et c’était notre idole. Il s’était hissé à quelques encablures du roi Pelé, quelque part entre Johan Cruyff et Maradonna.

Une partie de cet aura nimbait en-core l’atmosphère de Mondercange, d’autant que Platini s’est empressé de se présenter comme un pur produit de la grande région, de ses histoires de frontières et d’immigrés, de ses virées à Vianden, à l’âge de treize ans avec les enfants de chœur de Joeuf jusqu’à ses visites régulières à Nancy auprès de son père et de sa mère. « Si mes grands-parents (italiens) s’étaient arrêtés quarante kilomètres à côté, j’aurais été Luxembourgeois ». À Mondercange, il avait le sentiment de se retrouver « en famille », il a donc choisi « de parler avec son cœur », renvoyant l’assistance, avec beaucoup d’humour, à son discours d’il y a deux ans, « toujours valable ». On aura finalement appris peu de choses, sinon la satisfaction officielle des milieux sportifs luxembourgeois quant à la construction du futur stade national à Livange et la somme de huit millions d’euros que l’Uefa attri-bue tous les quatre ans à chacune de ses 53 associations nationales pour l’aide au développement du football. Une goutte d’eau pour de grands pays comme l’Allemagne ou l’Espagne une somme importante pour les petites associations comme la FLF (les discours sont disponibles sur youtube.com).

La conférence de presse était logiquement plus austère et moins drôle. Entre deux banalités sur le caractère éminemment populaire et « irrationnel » du football pour justifier les enjeux financiers colossaux, Platini avouera que la Champions League, dans son fonctionnement actuel et sa valorisation promotionnelle à outrance, est devenue « un monstre ». De quoi faire du football luxembourgeois – centré de manière méthodique et rigoureuse sur la formation des enfants – un anti-modèle européen et l’envers exact de l’image du pays. Avec ses amateurs et ses bénévoles, ses immigrés et ses prolétaires, son mini Kop de supporters ultra-fidèles, le football luxembourgeois change un peu des figures spontanément associées au grand-duché, paradis fiscal des traders pépères, des grosses fortunes égoïstes, des fonctionnaires européens grassement payés et des pratiquants de la préférence nationale.

Mardi à Metz, les amateurs luxembourgeois ont perdu 2 à 0 contre les ultras-professionnels français, tout en jouant à dix une bonne partie de la rencontre. En soi, c’est une forme d’exploit. Dans les tribunes, les supporters luxembourgeois chantaient : « On est chez nous ! ». Certainement des enfants de Joeuf et de Vianden.

Fabrice Montebello
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