Pearls of the North

Benelux VS Perret

d'Lëtzebuerger Land du 21.10.2011

Ils sont trois, comme sortis d’une vidéo de Su-Mei Tse, mais elle ne participe pas à l’exposition. Trois balayeurs parisiens, dans leur tunique fluorescente, qui ont dû se dire de loin que voilà encore du boulot, enlever cet entassement sur le parvis du Conseil économique et social, en plus maintenant qu’on y a ajouté le qualificatif d’environnemental. Arrivés plus près, les voici rassurés : ils touchent, ils tâtent, c’est des blocs de « polyurethane foam », une masse de mousse, souple, interdit d’y monter, trop dangereux, et puis il est vrai, c’est de l’art, donc d’autres se chargeront du transport.

Le Grand Soufflé – Fine Selection, de Simone Decker, le lecteur du Land le sait (voir numéro 29/11 du 22 juillet 2011), vient de la base sous-marine de Saint-Nazaire. Devant le palais d’Iéna, ses éléments sont comme des morceaux de glace colorés, de la rudesse face à la rotonde de l’entrée du bâtiment d’Auguste Perret. Et le contraste aurait été plus vif encore, proprement renversant à l’intérieur, une photo en simule l’effet dans le catalogue, mais il n’y aurait plus eu d’exposition, cette pyramide aurait suffi à elle toute seule pour remplir la galerie.

C’est dire aussi combien le lieu est difficile, compliqué pour recevoir dans le choix des commissaires et de telles galeries et institutions dont le Casino Luxembourg et Nosbaum [&] Reding, une trentaine d’artistes des pays du Benelux. Un écrin de béton, du monumental qui pèse et en impose. Outre Simone Decker et son entassement sur le parvis, y prennent part du côté luxembourgeois Tina Gillen, Vera Kox et The Plug. La première avec deux peintures sur les cimaises installées le long des deux rangées de piliers, des peintures de dimension différente, qui ouvrent un même espace si caractéristique de l’artiste, avec des objets qui en surgissent, semblent y flotter, moments en suspension, au bout une peinture de grande précision et plasticité, et pourtant un fort impact poétique.

Vera Kox a plaqué contre le mur comme l’agrandissement foncé d’un patron de tailleur qu’entoure une plaque de verre, et devant il se trouve deux objets, deux sculptures, dans un état plus rudimentaire, au coloris attrayant, comme des excroissances, l’une qui prend possession du sol, l’autre qui s’élève en hauteur. The Plug, en ce moment, pour notre plus grand plaisir, façon également de nous rendre attentifs et sensibles à la situation des toxicomanes, des marginaux, c’est la traduction tellement réussie en néon de la ligne de vie d’une personne ; malheureusement, dans l’exposition, celle de Daniel se trouve bien esseulée.

À l’entrée de l’exposition, une projection de diapositives de Marcel Broodthaers s’efforce de donner le ton. Mise en condition pour une suite qui réunit des artistes de deux à trois générations, à commencer par les Jacques Charlier, Lili Dujourie ou Ger Van Elk, qui confronte des artistes de notoriété très diverse, avec Jan Fabre et ses dessins au stylo bille dont un époustouflant Sword, des épées voletant dans l’espace du papier qui dans notre regard prennent peu à peu l’air d’animaux qui nagent ou qui rampent.

Multiplicité de techniques, de styles, où le visiteur est appelé à se concentrer sur les œuvres, prises les unes après les autres, dans une sorte d’anéantissement de leur entourage. Y font exception les chevaux de bois féminisés de Madeleine Berkheimer, enveloppés de collants et de bas, placés devant l’escalier monumental de Perret, tels des gardiens, avec une distanciation certaine à la majesté de l’architecture.

L’exposition Pearls of the North – On n’a pas perdu le Nord dure encore jusqu’à dimanche, 23 octobre, au Palais d’Iéna, 9, place d’Iéna à Paris seizième ; pour plus informations, consulter : www.pearlsofthenorth.com.
Lucien Kayser
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