DeeDee

Pop up, non éphémère

d'Lëtzebuerger Land du 03.01.2014

DeeDee, de son vrai nom Dorota Ostrowska, n’aura fini d’étonner ceux qui feraient l’erreur de la sous-estimer, peut-être à cause de son prénom mimi. Ex-employée aux institutions européennes, maman, étudiante et fondatrice d’une boîte de design… Sous la stature frêle de la petite Polonaise se cache une femme de volonté, et une mer de talent. Son pop-up studio de design a beau n’exister officiellement que depuis le
1er octobre, elle cultive depuis plusieurs années une communauté de clients qui s’est agrandie encore après le marché Lët’z go local en octobre dernier, où le Popup Studio a présenté ses vêtements de bébé, jouets, coussins et co.
« J’ai commencé à créer des vêtements pour mon fils quand il était bébé. Je n’ai jamais été une fétichiste du bleu bébé garçon et ne lui trouvais pas de vêtements à mon goût. Je les ai donc faits moi-même ». Maintenant qu’elle fait également de jouets et des objets de design d’intérieur, son fils reste son modèle. « Je teste beaucoup de choses sur lui, les matières, les couleurs. C’est fascinant ! Je l’observe de près quand il joue pour arriver à identifier ce que les bébés aiment, parce qu’ils n’ont évidemment pas du tout la même vue des choses que les adultes ». Parmi les leçons issues de ces expériences : les petits aiment les couleurs vives (chiche les pastels !) et préfèrent les jouets à leur taille (exit les nounours surdimensionnés  qu’ils n’arrivent pas à embrasser).
« J’ai dû enregistrer mon entreprise en Pologne », raconte DeeDee, qui fait partie de cette communauté polonaise parmi les plus créatives. « Malheureusement il s’est avéré trop difficile ici d’enregistrer une firme sans diplôme ou d’expérience dans le domaine », alors qu’elle détient déjà un diplôme de graphisme qu’elle étend actuellement au design et à l’innovation via l’Open University. Cette limitation, point faible de la législation luxembourgeoise en matière d’entrepreneuriat, n’empêche pas DeeDee de réussir. « La demande pour mes produits va croissante, et j’ai atteint un point où je suis obligée de faire du outsourcing ». Elle fait par exemple imprimer ses textiles en Belgique. La plupart de ses tissus, mais aussi les petites pièces utilisées pour confectionner les jouets, elle les commande en ligne, souvent aux Pays-Bas. « J’aime chiner, mais à l’échelle que je travaille actuellement, avec bébé et études, jamais je n’aurais le temps de trouver mes objets si je devais me déplacer physiquement ». Tout ça dans une approche éthique le plus possible (« des fois le choix est dur entre le prix et l’exigence bio/fairtrade») ; le coton pour les bodies bébé est bio et vient d’Afrique, les éléments que DeeDee intègre dans les jouets sont volontiers issus du recyclage.
Où s’inspire-t-elle ? « Partout. Quand je marche dans la rue, je vois des motifs de couleurs, des assemblages de matériaux et de formes. Mon esprit travaille en permanence. Face à un tissu, je sais tout de suite si je peux l’utiliser ou pas. Je ne peux pas travailler avec tout. Ce qui m’inspire le plus est du registre du folk ou du vintage, ou ce sont des motifs liés au constructivisme ».
Comme l’achat des matières premières, la vente de produits se passe surtout en ligne (son site qui intégrera une possibilité de paiement est en cours de finalisation), les loyers exorbitants en ville étant une donnée avec laquelle tous les nouveaux entrepreneurs créatifs doivent composer. « Ceci dit, mes clients veulent pouvoir toucher les objets,…surtout quand il s’agit de cadeaux pour leur progéniture ». D’où la présence d’un choix d’objets dans des boutiques telles que Ben and Pepper, avenue de la Liberté, autour de laquelle s’est noué un réseau de designers locaux ou, en période de Noël, dans d’autres boutiques participant au Lët’z go local X-mas Shopping. « On manque cruellement d’un show room pour les jeunes créateurs, dit DeeDee. Tout le monde a le même problème ». Pourquoi pas un shop en plein centre-ville, se situant sur les circuits touristiques pour que ceux qui viennent acheter les sacs de Louis Vuitton ne ratent pas la création locale et puissent repartir avec une idée du Luxembourg qui défie les clichés. Surtout que parmi ces jeunes créateurs règne une joyeuse entente ; la concurrence se situe plutôt au niveau des grandes chaînes qui vendent à prix d’or des objets fabriqués à la chaîne et souvent en Chine dans des conditions tout sauf équitables, à des prix ridicules. « Mes créations sont uniques. Je fais d’ailleurs beaucoup de commandes personnalisées ».
DeeDee fait finalement aussi partie de cette trempe de gens qui se sont lancés, contre vents et marées et malgré la crise, pour faire ce qu’ils aiment vraiment, en abandonnant parfois une position bien confortable.

Béatrice Dissi
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