Uber

Uber se la joue ASBL à Delhi

d'Lëtzebuerger Land vom 30.01.2015

Connue pour son attitude inflexible, voire arrogante, et son recours presque systématique aux tribunaux lorsque son modèle d’affaires est mis en question, Uber, l’application mobile qui met en contact passagers et chauffeurs, a changé son fusil d’épaule à Delhi après un incident sérieux le mois dernier : la firme, valorisée à quelque 18 milliards de dollars, s’est alignée sur un concurrent et opère comme une association sans but lucratif en attendant l’émergence d’un nouveau cadre réglementaire et l’obtention d’une licence en bonne et due forme.

Dans un certain nombre de grandes villes des pays émergents, Uber n’a pas été en mesure de rééditer la marche triomphale qui a été la sienne dans bien des villes des États-Unis et des pays occidentaux où elle s’est implantée. À São Paulo, la start-up de San Francisco a dû restreindre pour l’heure son offre à son service Uber Black, qui propose des limousines avec chauffeur, ce dernier prenant la peine d’ouvrir la porte de son véhicule au passager. Ce faisant, elle

opère aux limites de la loi : selon un responsable du département des transports de la métropole brésilienne cité par Motherboard, son activité est même « complètement illégale ».

Dans la capitale indienne, l’entreprise californienne a choisi une autre voie. Plutôt que de risquer d’irriter les autorités judiciaires locales en opérant en suivant son modèle d’affaires habituel, Uber a choisi de reprendre à son compte un modus operandi inventé par un émule local, PoochO, en intervenant comme place de marché entre passagers et chauffeurs, mais à la différence que ces derniers disposent tous d’une licence commerciale et d’un badge fourni par les autorités de la ville, et qu’Uber n’empoche aucune commission sur ces courses.

Clairement, il s’agit pour Uber de s’incruster dans le paysage local, même à fonds perdus, en attendant que les autorités lui délivrent une licence pour exercer selon son modèle d’affaires. Les ennuis d’Uber en Inde ont commencé sérieusement en décembre dernier lorsqu’on a appris qu’un de ses chauffeurs aurait violé une passagère à Delhi. D’après les médias indiens, ce chauffeur avait débranché le GPS de son téléphone portable lors de la course et avait disparu après les faits, pour être arrêté peu après, avec l’aide d’Uber qui avait juré après l’incident qu’il ferait amende honorable et aiderait à identifier le chauffeur présumé violeur. Mais les autorités, déjà ébranlées par les récents scandales à répétition survenus lorsque des violeurs étaient restés impunis, avaient alors purement et simplement banni l’application mobile.

Pour préserver ses chances, Uber se voit donc aujourd’hui contrainte de renoncer à ses commissions dans cette mégalopole, histoire de préserver ses chances de décrocher malgré tout une licence. Dans les onze autres villes du sous-continent où elle opère, dont Mumbai, Bangalore et Hyderabad, la firme s’en tient cependant à son modèle d’affaires habituel.

Compte tenu de la problématique des viols qui reste aiguë en Inde, un des concurrents d’Uber a équipé ses voitures d’un système de GPS qui ne peut pas être débranché : les passagers y disposent donc d‘une garantie de sécurité additionnelle. Certains ont suggéré que pour améliorer ses chances que son service soit accepté dans ce pays, Uber devrait ajouter à son app un bouton SOS qui permettrait au passager d’envoyer en moins d’une seconde au central d’Uber un message contenant les données relatives au passager et à la course, y compris les données de géolocalisation. Une amélioration qui pourrait d’ailleurs servir aussi dans d’autres pays – un chauffeur d’Uber avait été accusé de viol à Washington en 2012, sans être poursuivi, et un autre avait été condamné début 2014 pour avoir peloté une passagère.

Jean Lasar
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