Laboratoire de recherche sur la médecine du sport

Saison III

d'Lëtzebuerger Land du 11.11.2011

Quatre ans après sa création, le Laboratoire de recherche en médecine du sport (LRMS) du CRP-Santé cherche la notoriété auprès du grand public, après avoir acquis ses premières lettres de reconnaissance auprès de la communauté scientifique pour les travaux qu’il mène depuis 2009 sur les blessures chez les coureurs.

Pour bien faire la démonstration du rôle et de la finalité d’un centre de recherche public, dont les travaux se concentrent sur la recherche appliquée au service du plus grand nombre, la plateforme développée s’est démocratisée pour s’ouvrir désormais à la population lambda, qui dispose ainsi d’un outil extrêmement performant pour effectuer un monitoring de ses activités physiques : de la promenade matinale du chien au jogging du dimanche, il est maintenant possible d’encoder ses heures de sortie en baskets.

L’outil de suivi des coureurs a été redéveloppé et optimisé pour devenir beaucoup plus convivial et ergonomique, tout en y intégrant ce que la science fait de mieux. La troisième saison du recrutement des coureurs de longue distance, à six mois du marathon de Luxembourg, a démarré au début du mois et le LRMS espère obtenir autant de succès, sinon davantage, que la saison précédente en 2010-2011, où 457 volontaires (dont un quart de novices) se sont enregistrés initialement à l’étude Running related injury (RRI), marquant la seconde phase d’une recherche prospective sur l’incidence des blessures liées à la course à pied lors de la préparation d’épreuves sportives. Comme lors des deux précédentes saisons, le suivi durera six mois, du 1er décembre 2011 au 31 mai 2012.

L’équipe du Laboratoire tablait en 2010 sur le recrutement de 800 coureurs. Au final, il y a eu moins d’inscrits qu’escomptés, malgré les nombreux émules que fait la course à pied dans la population adulte. Ce qui décuple les risques de blessures, tous les participants n’ayant pas la préparation ni les conditions physiques requises. Ce qui explique aussi l’intérêt de l’équipe de Daniel Theisen à opérer un suivi de ces coureurs du dimanche, qui ne s’entraînent souvent qu’une seule fois par semaine et de les intégrer dans leurs recherches. L’idée du Laboratoire, en « monitorant » et en définissant l’incidence des blessures et leur gravité, étant avant tout de les prévenir.

Les chercheurs restent peu diserts sur les résultats préliminaires, réservant les conclusions à des revues scientifiques avant de les vulgari-ser. On sait toutefois que les six mois de suivi des sportifs sur la saison dernière a montré que près de 30 pour cent d’entre eux ont subi au moins une blessure et que les coureurs novices ont deux fois et demie plus de risques que les coureurs expérimentés de subir une blessure. Autre constat : les athlètes ayant subi des blessures avant le début du programme d’entraînement ont 2,6 fois plus de risques de se blesser à nouveau. Sur les 457 inscrits de la seconde phase de l’enquête RRI, l’échantillon s’est réduit à 171 personnes. Les chercheurs du Laboratoire ont fait un tri pour que la qualité des données et les risques d’erreurs, suite par exemple à de mauvais encodages de données, n’affecte pas les résultats de l’étude. « Nous nous sommes montrés très sévères et nous sommes les premiers à le faire, mais c’est une garantie de sérieux des données et de solidité de nos conclusions », indique Daniel Theisen.

Le logiciel de suivi Training and injury prevention plateform for sports développé par le LRMS peut également être utilisé par les coureurs novices en « roue libre ». Il devrait aussi se mettre à la portée des clubs et des fédérations sportifs pour établir un meilleur suivi des jeunes athlètes. Les premiers contacts ont été pris avec les responsables de la fédération de karaté et de basketball et le Laboratoire n’exclut pas une exploitation commerciale de la plateforme, qui pourrait devenir un outil au service des coachs sportifs.

Ce qui est certain, c’est que les recherches du LRMS, qui ont démarré il y a quatre ans au Lycée du Sport, ont permis, grâce au suivi des jeunes, de diminuer les risques de blessures. Et en un an, le Sportlycée est passé de 4,51 à 2,81 blessures pour mille heures d’entraînement.

Véronique Poujol
© 2017 d’Lëtzebuerger Land