L’affaire est dans les sacs

d'Lëtzebuerger Land du 07.12.2018

Saint Nicolas est derrière nous, il est maintenant possible de se concentrer sur le plus difficile, les cadeaux pour les adultes. Eux ont malheureusement passé l’âge de croire au Père Noël, de lui adresser une lettre détaillant très précisément ce qui leur ferait plaisir, et de s’émerveiller devant un train miniature. Il reste quelques jours pour se creuser la tête afin de trouver le cadeau qui fera plaisir, ou au moins qui sauvera les apparences. Parmi les classiques de Noël, à côté des indémodables « box-cadeau-j’ai-pas-d’idée », bijoux, foulards, livres illustrés et bouteilles de vin ou spiritueux, il est un classique toujours renouvelé : le sac.

Comme une voiture, outre son utilité première (à savoir, y ranger les clés de ladite voiture) le sac permet également d’afficher son statut social aux voisins, aux collègues de travail et même aux inconnus dont vous croisez le chemin. Du coup, offrir un sac à quelqu’un, c’est une façon de lui faire savoir dans quelle catégorie vous le classez. Stratégie peut-être payante avec votre petite copine, sans doute un peu plus risquée avec votre belle-mère…Vu d’un homme de quarante ans, voici une typologie approximative, dans l’ordre décroissant du montant à investir.

Le sac bling bling : style Louis Vuitton, Dior, Chanel ou Gucci. Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’étiquette. L’essentiel est qu’il y ait un gros logo imprimé, brodé ou, encore mieux, métallique et doré. Le genre qui vous fait sonner comme une ambulance quand vous passez sous le portique de l’aéroport. Avec un cadeau comme cela, vous affichez la couleur (de l’argent). Si vous voulez faire à la fois plus discret, et plus exclusif, reste le choix du sac si chic et si cher : Hermès Kelly ou Birkin. Les prix peuvent atteindre, à peu près, ceux d’une voiture. L’avantage c’est que vous ne payez ni assurance ni essence. L’inconvénient, c’est que, une fois que vous aurez placé la barre aussi haut, plus question de décevoir l’année prochaine avec deux places pour le concert de Pascal Obispo au Casino 2000.

Le sac de starlette : style Michael Kors, Moschino ou Guess. Difficile de savoir ce que va penser de vous la dame, ou plus vraisemblablement la demoiselle, à qui vous allez offrir ce genre d’accessoire. Suivant les mêmes principes que le sac bling bling, mais avec un budget un peu plus abordable, qu’ils compensent par des finitions encore plus tape-à-l’œil, ces sacs sexy s’exposent. Pas seulement dans la rue, mais aussi et surtout sur Instagram. Aussi discrets que la publicité pour le PMU sur le maillot vert du meilleur sprinteur du Tour de France, ils donneraient presque l’impression d’être un homme sandwich (une femme sandwich ça existe ?), qui aurait payé pour avoir le droit de faire la publicité pour une marque. Ça tombe bien, le but est justement de ressembler à une page de magazine.

Le sac du bobo : style Fjällräven Kånken. Si vous avez l’impression que c’était déjà le nom de votre table de salle à manger, c’est normal, cette marque vient de Suède. Un peu plus jeune qu’Ikea, elle se base sur le même modèle économique. Un design simple mais séduisant, des matériaux de qualité moyenne (du nylon en l’occurrence), une production de masse (le modèle a été produit à plusieurs millions d’exemplaires depuis 1978). Pour une raison inexplicable, peut-être liée à son tarif manifestement exagéré (autour de 80 euros le bête sac à dos), c’est un succès depuis quelques années. Si le géant de l’immobilier n’est pas vraiment un symbole de distinction, la marque au logo en forme de renard des neiges a détrôné chez les jeunes, et ceux qui se sentent encore appartenir à cette catégorie d’âge, des marques comme East Pack ou l’originale Freitag, qui continue à créer de nouveaux modèles à base de bâches de camion et de ceintures de sécurité recyclées.

Le sac de l’écolier : style Satch, Ergobag ou Kipling. À réserver aux classes d’âge inférieures, parmi la population qui ne croit plus au Père Noël. Les tarifs ne sont pas forcément bien inférieurs aux catégories précédentes. C’est un cadeau qui aura le mérite de donner bonne conscience à celui qui l’offre. L’enfant est ainsi, comme par magie, protégé des scolioses, des chocs, muni de bandes réfléchissantes et conforté dans son individualité par le fait qu’il a le même modèle que 80 pour cent de ses camarades. Avec un peu de chance, vous aurez choisi une couleur qui n’était pas encore trop portée dans la cour de récréation.

Le sac de l’écolo : style le tote bag en tissu sans marque. Avec l’interdiction du sac plastique, tout le monde a eu besoin de disposer de sacs réutilisables et, si possible, moins moches que les modèles multicolores en plastique tressé de chez Valorlux. Rajoutez la multiplication des moyens de transport alternatifs (hoverboard, vélo électrique, trotinette ou monocyles) qui vous imposent de devoir ranger vos affaire dans un sac que vous pourrez porter sur le dos ou à l’épaule. Les conditions étaient réunies pour que le bête sac en toile utilisé par les porteurs de journaux devienne un succès inattendu. Comme les T-shirts, l’intérêt de la chose est de trouver l’imprimé qui fera toute la différence : le message qui fait mouche, la typographie sympa ou le graphisme rigolo. Du coup, vous allez pouvoir chercher le modèle qui correspondra vraiment à la personne à qui vous l’offrez. Et puis, vu le prix, vous pourrez surtout ajouter un second cadeau, un peu plus original qu’un sac, et le glisser dedans !

Cyril B.
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