Le taux de réussite des vœux que vous avez reçus l'année dernière

Bilan

d'Lëtzebuerger Land vom 03.01.2014

Lesquels de vos vœux de l’année dernière se sont réalisés ? Plus flippant, encore, quel est le taux de réussite des vœux que vous avez reçus l’année dernière ? Statistiquement parlant, il n’est pas possible que, tous les ans, l’année qui arrive soit meilleure que celle qui vient de s’écouler. Qu’on soit tous en meilleure santé, avec plus d’amis, tous plus heureux et plus riches est évidemment impossible. Alors, maintenant que 2013 est terminée, et juste avant de réfléchir à ce qu’on pourrait bien souhaiter pour 2014, on pourrait essayer de vérifier si, objectivement, l’année qui vient de se terminer a été, ou non, meilleure que 2012 ; ce qui serait déjà extrêmement satisfaisant.

À l’heure des bilans, pas question ici de retracer les révolutions arabes ou le feuilleton qui a conduit à la défaite de Jean-Claude Juncker, mais, plutôt, de s’attarder sur ce qui a eu un impact sur le commun des mortels, en partant du principe que peu de proches de feu Nelson Mandela, de l’ex-roi Albert II ou de l’ex-pape Benoît XVI lisent ces lignes. En ces temps mouvementés où les cigarettes sont devenues électroniques, les voitures électriques et où les lasagnes pur bœuf sont préparées avec de la viande de cheval, il n’est pas évident de voir si les années qui passent sont vraiment synonymes de progrès.

Côté cinéma, grâce à ce qui restera peut-être comme le premier film qui vaut la peine de s’affubler de lunettes ridicules et de payer un supplément pour être vu en 3D, Gravity nous a transformés pendant une heure et demie en véritables astronautes, à la merci de débris en orbite et de navettes spatiales avec des commandes en chinois, alors qu’en 2012 on s’était embêté devant Skyfall, le nouveau James Bond que tout le monde prétendait pourtant avoir trouvé génial. Comme l’agent secret 007 ne devrait pas faire son retour avant 2015, on espère pour 2014 que le vrai héros de 2012, l’autrichien Felix Baumgartner, qui avait sauté de 36 000 mètres d’altitude, remonte dans son ballon et nous fasse partager son prochain saut en vue subjective, en 3D, et en cinéma dynamique.

Côté tube de l’été, qui fait sans doute partie des éléments qui marquent le plus les années d’un sceau particulier, avec l’endroit où l’on est parti en vacances au mois d’août, on aura également largement préféré 2013 et le Get Lucky de Daft Punk, plutôt que l’insupportable Gangnam Style de Psy en 2012. Impossible de prédire ce qui marchera en 2014, les caprices du hit-parade étant aussi impénétrables que ceux de la météorologie. Pour ce qui est de l’été lui-même, justement, si 2014 pouvait être un peu meilleur que 2013, ce serait parfait. Depuis des années qu’on entend parler de réchauffement climatique, il serait temps que cela se traduise par quelques heures d’ensoleillement supplémentaires, et pas seulement par des tornades et des tempêtes à l’autre bout du globe.

Côté technologie, rien de fulgurant : grâce à la 4G et à la fibre optique, on peut accéder de plus en plus vite à des contenus qui se sont de plus en plus rétrécis. Les articles de blogs sont devenus des tweets. Pour ce qui est du matériel, on compte toujours un numéro de retard entre Apple et son 5S et Samsung et son S4. Avec un peu de chance, la firme coréenne devrait sortir son S5 avant que l’américaine ne sorte son prochain iPhone et on aura alors atteint le sommet de l’absurde avec des appareils qui s’achètent à crédit sur 2 ans, via les abonnements, alors qu’ils sont dépassés au bout de dix mois. C’est là qu’on voit où se niche le vrai progrès dans le domaine high-tech : la publicité. En 2012, les annonces sur Internet me proposaient soit les produits que je venais tout juste d’acheter sur Amazon, soit de gagner beaucoup d’argent en tradant sur le Forex. L’utilité de tout ceci semblait limitée, mais c’était toujours mieux que d’avoir une fenêtre qui clignote pour me faire croire que j’avais gagné des millions au poker (ou que j’allais les gagner, je n’ai jamais cliqué pour vérifier). En 2013, soit que les algorithmes des publicitaires se soient améliorés, soit que ces derniers aient eu accès à des enregistrements effectués par la NSA via ma webcam, ils m’ont désormais proposé de retrouver un ventre plat. Ce qui, effectivement, correspond mieux à mes attentes (et à celles de mon épouse). Ceci dit, si les révélations effectuées par Edward Snowden en juillet dernier sont exactes, le système PRISM devrait faire l’objet de quelques tours de vis, car le ventre flasque qui apparaît sur la publicité n’est pas (encore) le mien. En 2014, comme il semble qu’il ne faille donc plus rien attendre des autoroutes de l’information, on peut souhaiter que les avancées proviennent des autoroutes de la circulation, toutes bêtes, et, par exemple, qu’on nous annonce l’ouverture prochaine de la Nordstrooss.

En réalité, que 2014 soit bonne ou mauvaise, il est probable que les fondamentaux demeurent. Comme en 2012 et en 2013, on ira à la Schueberfouer. On entendra les klaxons pendant la coupe du Monde, comme pendant celle de 2010 et la coupe d’Europe de 2012. On ira au travail, à la piscine, chez le dentiste. On oubliera ses clés. On cherchera des cadeaux à offrir pour Noël. Et, si tout va bien, on se souhaitera une excellente année 2015.

Cyril B.
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