WikiLeaks

Grand déballage de câbles diplomatiques

d'Lëtzebuerger Land du 25.11.2010

WikilLeaks s’apprête à frapper à nouveau. Le site, qui a fait récem-­ment sensation en publiant des rapports militaires dévoilant les horreurs de la guerre en Irak au jour le jour, lève à présent un voile sur la realpolitik des États-Unis, telle que la révèlent des câbles diplomatiques échangées à travers le monde entre ambassades, antennes d’agences et instances washingtoniennes. Autant dire l’envers du langage diplomatique, l’interprétation au quotidien par les officiels américains des rapports de force nationaux et internationaux. Ce sont quelque 150 000 de ces courriers confi-dentiels qui seraient prochainement mis sur la place publique, dès ce vendredi selon l’agence Bloomberg.

Ce nouveau coup de WikiLeaks, initialement annoncé sur Twitter par le site, donne manifestement des sueurs froides au Pentagone, qui l’a qualifié par avance d’« irresponsable ». Cette publication est susceptible de « déstabiliser la sécurité mondiale » et « me-nace potentiellement des vies », s’est inquiété le ministère de la Défense dans un courrier adressé aux commissions des affaires militaires des deux branches du législatif. D’autres gouvernements ont également été prévenus de l’orage qui se prépare. La vice-secrétaire aux Affaires législatives du Pentagone a précisé que le New York Times, le Guardian et le Spiegel travaillaient avec WikiLeaks sur une publication coordonnée des câbles du Dépar-tement d’État : ce sont les mêmes journaux qui ont collaboré avec WikiLeaks sur la publication des rapports rédigés à chaud, sur le terrain, par les troupes américaines déployées en Irak.

Alors que dans les précédentes ré-vélations de WikiLeak, c’était surtout son fondateur et dirigeant australien, l’ancien hacker Julian Assange, qui était sur le devant de la scène, les pro-jecteurs se dirigent cette fois-ci plutôt sur celui qui, selon différents témoignages, est directement à l’origine de cette fuite : Bradley Manning, un jeune analyste du renseignement de l’Armée, arrêté depuis le printemps dernier. Manning s’était vanté auprès d’un hacker que la sortie de ces câbles causerait une « attaque cardiaque » à Hillary Clinton et plusieurs milliers de diplomates à travers le monde. Manning, qui a été dénoncé par ce confident, semble animé par des considérations politiques, puisqu’on lui prête l’affir-mation que ces courriers diplomatiques révèlent des années de « manigances politiques quasi criminelles ».

Cette nouvelle salve de WikiLeaks risque d’avoir un retentissement d’autant plus étendu et diversifé que ces courriers pourraient mettre à jour du linge sale dont la presse n’a jamais eu vent, ou à défaut révéler des tractations hautement embarrassantes pour les autorités d’autres pays et provoquer moult scandales nationaux. Le cas échéant, ces pays auraient bien du mal à se défausser sur le Département d’État ou sur WikiLeaks.

Manifestement, le risque d’arrestation qui pèse sur Julian Assange, qui fait l’objet depuis quelques jours d’un mandat d’arrêt inter-national délivré par Interpol à la demande de la Suède dans une affaire de harcèlement et de viol dont il est accusé, ne fait pas re-culer WikiLeaks. Assange s’est déclaré innocent de ces accusations. Après avoir trouvé refuge un moment en Islande, le site semble envisager aujourd’hui de s’installer en Suisse : Julian Assange a émis cette hypothèse lors d’une conférence de presse le 4 novembre à Genève. De toute façon, compte tenu de l’organisation décentralisée et hautement sophistiquée du réseau de serveurs qui hébergent les contenus de WikiLeaks, plutôt qu’une base technique, ce qu’Assange et son équipe recherchent est avant tout un lieu où ils pourraient travailler sans être harcelés par des policiers ou des barbouzes.

Jean Lasar
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