Cette semaine dans le Land: Supplément Musées

La Une du supplément
Photo: d'Lëtzebuerger Land / Bizou Futé
Actualité du 18.05.2018 07:35

Si 335 000 personnes ont visité les sept musées de la capitale en 2017, est-ce un gros succès ? En comparaison : le Centre Pompidou-Metz à lui seul en a accueilli 10 000 de plus la même année. Grâce à un programme aussi pointu que diversifié, pour lequel il peut avoir recours aux riches collections du Centre Pompidou central à Paris. C’est aussi ce que compte faire la région Bruxelles-capitale avec le projet Kanal-Centre Pompidou, qui vient d’ouvrir ses portes pour une année de préfiguration. 

L’institution musée est un enjeu politique, à Bruxelles, à Metz et au Luxembourg. L’immixtion incongrue du Premier ministre et ministre de la Culture Xavier Bettel (DP) dans l’affaire Lunghi au Mudam il y a un an et demi le prouvait bien. Pour lui, le Mudam, le musée le plus prestigieux du pays, doit rayonner pour une certaine classe sociale, les High Net Worth Individuals. Est-ce pour cela que Suzanne Cotter, qui dispose d’un CV prestigieux, a été recrutée ? Parce qu’elle pourra distribuer des cartes de visite avec Let’s make it happen dessus à New York, Abu Dhabi ou à Dubai ? Dans un long entretien avec le Land, elle explique sa vision pour le musée luxembourgeois et fait une profession de foi en faveur du service public. 

Parce que les débats sur combien d’événements privés sont acceptables dans une institution publique, ont passionné le milieu depuis deux ans – dîners de luxe ? mariages ? réceptions des sponsors ? – nous avons voulu discuter ce concept de « service public » dans ce supplément. Comment le délimiter ? Faut-il faire du chiffre, augmenter le nombre d’entrées pour prouver qu’on remplit sa mission de service public ? Ou cette mission est-celle moins immédiatement chiffrable ? 

Autrement dit : quelques foodtrucks avec des repas végans pour hipsters urbains suffisent-ils pour aguicher le grand public, faire venir ceux qui se sentent exclus des temples de l’art ? Ou est-ce qu’il faut suivre toutes les modes, d’une politique offensive des nouvelles technologies avec un déluge de hashtags stupides – genre #museumselfieday –, jusqu’au musée mobile qui s’installerait dans les quartiers défavorisés pour montrer aux enfants à quel point l’art est sympa ? 

Il se pourrait que le service public soit loin, très loin de cela. L’idée du musée comme lieu de contemplation, mais aussi de collection et de conservation de l’art de notre époque afin de mieux la comprendre, même avec le recul, semble disparaître. Si des événements comme les Museum Days de ce week-end ou la Nuit des musées en automne ont certes toute leur raison d’être, car ils permettent de s’approprier de manière festive et décontractée ce patrimoine culturel vivant, ils ne peuvent jamais être une fin en soi. Mais que « la partie émergée de l’iceberg » du travail muséal, comme le définit Suzanne Cotter dans ce supplément. 

La récupération politique de la chose culturelle est une pente glissante, car elle demande un effet de show-off immédiat pour faire mousser un gouvernement ou un parti. L’exemple de la ruine de la Volksbühne à Berlin, où Tim Renner voulait radicalement moderniser une institution centenaire afin de paraître lui-même comme visionnaire, en recrutant une star internationale, le curateur Chris Dercon, venu de la Tate mais n’ayant pas la moindre idée de ce que c’est que le théâtre, devrait être un avertissement pour toutes les politiques culturelles. Le public, lui, ne s’y trompe guère : Les dessins de Bizou Futé le montrent dans les expositions au Luxembourg. Rarement intéressé, parfois contemplatif – souvent vraiment ennuyé 

josée hansen
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