Pudique exposition

Foto: Martin Linster
Aktuelle Meldung vom 04.10.2019 14:48

Avec un retard de quatre mois sur les festivités, le C2DH (prononcez à l’anglaise : « Si-tou-di-aitch »), l’institut d’histoire des temps présents de l’Université du Luxembourg, vient de mettre en ligne son exposition digitale sur l’histoire de la BGL entre 1919 et 2019 (depuis100ans.lu). Coordonnée par l’historien Benoît Majerus (qui avait co-signé, au lendemain de Luxleaks, une tribune libre intitulée « Pas en mon nom »), l’exposition ne livre pas de grandes révélations. L’époque dorée du secret bancaire est ainsi traitée de manière… furtive. Il faut « scroller » jusqu’au bout de l’expo pour voir brièvement apparaître le sujet sulfureux. Et encore, ce n’est que sous forme d’un court extrait d’interview avec un ancien employé bancaire qui évoque les « Coupons-Zich » amenant les « dentistes, bouchers, boulangers ou restaurateurs ».

Le poisson de l’évasion fiscale low-cost, pourtant un des piliers de la place bancaire des années 1980-2000, est donc noyé. Les auteurs reprennent en grande partie le discours lénifiant des dirigeants bancaires. Les fraudeurs du fisc auraient certes été attirés par le secret bancaire et « l’attractivité du régime fiscal luxembourgeois de l’époque » (bel euphémisme). Mais, lit-on, également par les « coûts compétitifs » et « le multilinguisme et la pluri-qualification du personnel ». Une timidité qui pose la question de la plus-value scientifique de recherches financées par ceux qui en sont l’objet. Dans un communiqué de presse envoyé par la BGL, Andreas Fickers, le directeur du C2DH, évoque la « réussite » d’une « coopération » qui aurait permis d’« accompagner la BGL dans la commémoration de son 100e anniversaire ». Une thèse de doctorat devra suivre, mais la banque se réserve un droit de regard sur toutes les citations issues de ses archives, dont l’accès sera « one-shot ». Il existe donc un risque que ne se crée une « corporate history » irréfutable car non-vérifiable, à laquelle l’Uni.lu apporterait son crédit.

Mais revenons à l’expo. Parmi les dossiers thématiques « Architecture », « Marque BGL » et « Les Métiers », c’est le deuxième qui retient l’attention. D’abord par l’angle innovant, ensuite par la variété des sources et enfin par les implications politiques. Les chercheurs évoquent ainsi les liens tissés par la BGL avec le monde politique. À commencer par la maison grand-ducale dont un membre (en la personne du prince Guillaume) siège depuis 1993 dans le CA. Qui serait également devenu « un lieu de passage pour de futurs ou anciens ministres » : Colette Flesch, Pierre Werner, Lydie Polfer, Marcel Mart, Pierre Gramegna. Tous, à l’exception de Werner (CSV), des pontes du parti libéral. La BGL a également dominé le lobby bancaire : sur les vingt présidents de l’ABBL, huit sont issus de la BGL.

L’exposition digitale présente la BGL comme un des principaux financiers de la politique économique luxembourgeoise. La banque a pris des participations dans quasiment toutes les entreprises publiques ou d’intérêt national : de la Bourse (1928) à la Cegedel (1995), en passant par CLT, Cargolux et SES. Durant la crise sidérurgique des années 1970-1980, la BGL montera au front et participera aux « restructurations » des filiales agonisantes de l’Arbed à Gand et à Athus.

Signée Paul Zahlen, une ligne du temps croise les histoires socio-économique, politique et bancaire. Très précise et condensée, on peut y consulter des encarts sur les présidents de la banque, mais également sur la réduction du temps de travail (abaissé de 45 à 41,5 heures en 1956) ou l’introduction des premiers distributeurs Paymatic. Depuis les monographies de Carlo Hemmer (1969) et Gilbert Trausch (1994) sur la BGL, voici donc une exposition digitale qui traite le sujet de manière plus variée, mais toujours avec beaucoup de pudeur. bt

Bernard Thomas
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